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Bilan positif pour le salaire minimum genevois

Manifestants à Genève.
© Olivier Vogelsang/archives

Le bilan du salaire minimum cantonal genevois, introduit en 2020, est globalement bon. Mais la motion Ettlin menace de placer les CCT nationale au-dessus des normes cantonales.

Selon une étude, non seulement la mesure a fait du bien aux bas revenus, mais elle n’a pas eu les effets négatifs que ses opposants craignaient.

La catastrophe que certains prédisaient ne s’est pas produite. L’introduction d’un salaire minimum dans le canton de Genève, fin 2020, s’est non seulement avérée bénéfique pour les bas revenus – c’était son but – mais elle n’a pas déclenché les effets secondaires indésirables que redoutaient ses opposants, patronat en tête.

Voilà ce qui ressort du quatrième et ultime rapport d’évaluation de cette mesure, approuvée à 58% en votation populaire en septembre 2020. Cette étude, présentée à la presse ce 29 janvier, a été effectuée par la Haute école de gestion (HEG) et l’Université de Genève (UNIGE). Ces dernières se sont penchées sur les salaires, tandis que leurs précédents rapports avaient analysé les impacts sur l’emploi et le chômage, là aussi avec un bilan globalement positif.

 

Bas salaires en hausse de 15%

Concrètement, les bas salaires dans le secteur privé ont augmenté en moyenne de 15% entre 2020 et 2022, année dont datent les dernières données actuellement disponibles, issues de l’Enquête suisse sur la structure des salaires. Et s’il reste malgré tout des personnes qui touchent moins que le salaire minimum légal, leur proportion a diminué depuis son entrée en vigueur, passant de 7,4% à 4% sur la période étudiée. Les auteurs du rapport supposent que cela a continué de s’améliorer après 2022, les entreprises ayant sans doute eu besoin d’un temps d’adaptation.

La progression est plus forte chez les femmes (de 10,7% à 5,3%) que chez les hommes (de 5% à 3%). «Cela est dû au fait que ce sont plus souvent elles qui occupent les emplois les moins bien rémunérés», explique José Ramirez, professeur d’économie à la HEG. Pour la même raison, les jeunes de moins de 25 ans font aussi partie des principaux bénéficiaires de l’adoption du salaire minimum, ainsi que, sans surprise, les travailleurs les moins qualifiés et ceux effectuant des tâches manuelles. En matière de statut, ce sont les permis B et L qui figurent parmi les gagnants sur le plan de l’évolution salariale.

 

Différences selon les secteurs

Notons par ailleurs que le salaire minimum a été moins respecté dans les secteurs où il y a des conventions collectives de travail (CCT) nationales fixant des rémunérations inférieures à la norme genevoise, comme la restauration, le nettoyage ou la coiffure. Or, bien que le Parlement fédéral soit saisi d’une motion visant à faire primer les CCT nationales sur les salaires minimums cantonaux (motion Ettlin), en l’état ce sont encore ces derniers qui doivent s’appliquer. «Il s’agit de s’en tenir au principe du fédéralisme et de ne pas empiéter sur le droit cantonal, juge Delphine Bachmann, conseillère d’Etat en charge du Département de l’économie, de l’emploi et de l’énergie. Le Conseil d’Etat genevois a été extrêmement clair sur ce point et la plupart des cantons sont opposés à cette motion.»

Les agences de voyage ont été particulièrement bonnes élèves, puisque toutes leurs rémunérations sont désormais égales ou supérieures au salaire minimum, alors que 8% y étaient encore inférieures en 2020. En revanche, cette proportion n’a pas changé d’un iota dans le secteur de l’hébergement (19%), même si les salaires y ont quand même été tirés vers le haut, comme le montre l’écart entre les plus basses rémunérations et le salaire minimum légal, passé de 8,6% à 3%. Ce différentiel s’est d’ailleurs notablement réduit dans de nombreuses branches professionnelles (en moyenne 6,9% en 2022, contre 14% en 2020). 

 

Pas trop généreux

Enfin, le rapport tord le cou à une idée reçue, selon laquelle le salaire minimum genevois, qui est de 24 fr.59 en 2026, serait trop généreux en comparaison avec d’autres normes. Mais en fait, il s’établit à 60% du salaire médian, ce qui est inférieur aux standards internationaux du seuil de bas salaire (66% du salaire médian), selon José Ramirez

Pour Pierre-Alain L’Hôte, président de l’Union des Associations Patronales Genevoises, le fait que le salaire minimum ait eu un effet positif sur les plus basses rémunérations est une évidence. Il avoue en revanche une certaine frustration sur la période étudiée, qui s’étend sur seulement deux années. «Nous ne remettons pas le salaire minimum en cause, mais il faudra continuer d’observer ses effets et lui apporter des adaptations si nécessaire.»

Ce qui l’inquiète en particulier, c’est un éventuel «effet de débordement», que les données actuelles ne permettent pas d’analyser. En clair, il s’agirait de savoir si des employeurs ont compensé le salaire minimum de leur personnel en réduisant celui des nouveaux embauchés.

 

Contrôles renforcés et ciblés

Cet aspect préoccupe aussi Delphine Bachmann, qui précise que certaines exceptions ont déjà été apportées, par exemple pour les stages d’insertion. Et la magistrate de rappeler l’importance des inspections, puisque 4% des salariés continuent d’être payés en-dessous de la norme légale: «Nous allons renforcer les contrôles et voir si de nouvelles études sont nécessaires.» Pour Christina Stoll, directrice générale de l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail, ce rapport est très précieux puisqu’il permet de mieux cibler les contrôles sur les secteurs qui posent problème.

Du côté des syndicats, Davide De Filippo, président de la Communauté genevoise d'action syndicale, ne se dit pas non plus surpris par le résultat. «Nous sommes satisfaits. Cela montre que le cataclysme économique annoncé par les opposants au salaire minimum pendant la campagne de votation n’a pas eu lieu. Mais nous allons rester attentifs à ses effets.» Et de glisser qu’en cas de doute, les travailleurs peuvent demander à leur syndicat de vérifier leur salaire.

 

Pour consulter le rapport complet, cliquez ici.

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