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Austérité et soins: une forte résistance qui vient d'en bas

Groupe de syndicalistes
©Robin Jolissaint

Les militants et syndicalistes de la branches des soins dans le siège d'Unia, à Berne.

Face à l'inaction politique, la Conférence professionnelle Unia trace la voie: l'austérité n'est pas une nécessité, mais un choix politique contre les travailleurs.

Le 28 février dernier, au secrétariat central d'Unia à Berne, des militants et des syndicalistes du secteur des soins de longue durée se sont réunis pour gérer une situation difficile. Malgré de nombreuses actions, manifestations, recherches, un manifeste sur les soins et, surtout, une initiative populaire approuvée à 61 %, la situation dans le secteur de la santé ne s'est pas améliorée. Au contraire, le Conseil fédéral a présenté un projet de loi insuffisant et le Parlement entend même le diluer. Le succès remporté par l'appel à agir immédiatement en respectant véritablement le mandat populaire témoigne du large soutien dont bénéficient les luttes du personnel soignant (signer.appel-personnel-sante.ch/maintenant)

L'austérité comme arme idéologique
Au cours des travaux, Noemie Zurlinden (économiste chez Unia) a introduit un concept que la célèbre économiste Clara Mattei a cristallisé dans ses recherches: l'austérité ne sert pas tant à assainir les comptes, mais est fondamentalement un outil pour contraindre les classes populaires à accepter des conditions de précarité et des salaires bas. Comme l'ont souligné de nombreux participants, l'épargne n'est jamais universelle; il s'agit d'une exigence unilatérale qui s'adresse exclusivement à ceux qui vivent de leur travail. En fait, c'est l'idée que l'austérité rime avec économie qui est remise en question : « Contrairement à ce que l'on pense, l'austérité coûte très cher, car elle ne prévoit pas seulement des réductions des dépenses, mais souvent aussi des cadeaux généreux aux classes les plus riches et aux grandes entreprises », a déclaré Mme Zurlinden. Paradoxalement, l'austérité est donc coûteuse, et pas seulement en termes sociaux: elle détruit le tissu social et la santé publique pour protéger les rentes et souvent, elle ne parvient pas à redresser les comptes. Dans le secteur de la santé, cela se traduit par des horaires épuisants et un personnel insuffisant, faisant de la profession un terrain d'affrontement politique où la qualité du service est sacrifiée sur l'autel de l'équilibre budgétaire.

Le modèle vaudois : quand la mobilisation l'emporte
Le cas du canton de Vaud a été présenté comme l'exemple concret de cette dynamique. Ici, la politique cantonale a tenté d'imposer des programmes d'économies dans le secteur public tout en accordant des avantages fiscaux aux classes les plus aisées. Un paradoxe insoutenable qui a déclenché une réaction unanime, notamment de la part du personnel de santé. La mobilisation menée par les syndicats et les mouvements sociaux n'a pas été seulement une protestation, mais aussi une victoire culturelle contre la logique des coupes budgétaires. Cela a démontré que l'austérité peut être endiguée si la base s'organise. Le secteur public lausannois a tracé une ligne rouge: on ne peut pas financer les privilèges fiscaux avec la sueur de ceux qui soignent ou, plus généralement, de ceux qui travaillent. Cette expérience sert de phare pour le reste de la Suisse, démontrant que le fatalisme économique peut être vaincu.

Objectif 2027: vers la grève des soins
La conférence ne s'est pas limitée à la théorie et à l'analyse. L'année 2026 sera marquée par une planification intense et la défense contre les attaques du patronat contre les droits des travailleurs (mot d'ordre principal: rejeter l'initiative chaotique de l'UDC du 14 juin 2026). Pour le personnel soignant, l'objectif à long terme est toutefois clair: la grève des soins du 14 juin 2027. Il ne s'agit plus seulement de demander des améliorations salariales, mais de revendiquer la valeur sociale du travail de soins. Si le système ne reconnaît pas la dignité de ceux qui soignent, alors le système doit s'arrêter. Pour ce faire, il faudra bien sûr tenir compte des personnes malades, mais les idées à ce sujet ne manquent pas. 

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