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Les maçons sont descendus dans la rue

manif
© Olivier Vogelsang

Samedi 17 mai, les maçons romands ont manifesté à Lausanne. Leurs camarades tessinois et suisse-alémaniques à Zurich.

Plus de 10000 travailleurs ont manifesté à Lausanne et à Zurich sous les drapeaux d'Unia et de Syna pour exiger de meilleures conditions de travail. Récit dans la capitale vaudoise.

En ce samedi 17 mai, le soleil tape fort, tout comme les tambours qui sortent de la gare de Lausanne. Des fanfares de Monthey et de Genève, ainsi que le groupe folklorique Provincias de Portugal, ont fait le déplacement pour soutenir de leurs rythmes entraînants les revendications des maçons romands de tous les cantons. Les boules Quies sont de mise pour atténuer les sifflets, les airs tonitruants de la sono et les slogans hurlés à tue-tête tels que: «Pas de maçons, pas de maison»; ou encore: «Les patrons sont foutus, les maçons sont dans la rue!» Le rouge domine avec les drapeaux d’Unia; viennent ensuite le blanc de Syna et le bleu des Syndicats chrétiens du Valais.

Le cortège s’ébranle peu après 14h et va animer le centre-ville pendant deux heures. Des banderoles relaient les revendications telles que le paiement d’une pause de 15 minutes et du temps de déplacement, des journées de travail moins longues et la compensation automatique du renchérissement. 

Certains travailleurs sont accompagnés de leur famille. «Il est tout le temps fatigué et stressé. J’en ai marre de le voir arriver à la maison comme ça, souligne une épouse de maçon. Et je veux qu’il vive très vieux.» Son mari ajoute: «C’est pour garder notre convention que nous sommes là. On vit un stress de fou. On travaille vite, on court. En Suisse, on est un pays de robots. Chaque travailleur est un chiffre. On n’a même pas un quart d’heure de pause payé!» Et d’ajouter: «Je suis bientôt à la retraite, donc c’est surtout pour les autres que je suis ici aujourd’hui.» A ses côtés, sa petite-fille l’accompagne, casquette d’Unia vissée sur la tête: «Ça se voit qu’il est fatigué.»

«Des demandes élémentaires»

Un autre manifestant témoigne: «On est là parce que les patrons veulent tout pour eux, alors que c’est grâce à nous qu’ils gagnent leur argent. On travaille sous la pluie et sous la neige, mais on a aussi nos droits. On est beaucoup aujourd’hui, mais on n’est jamais assez.» 

Au micro, Pierre-Yves Maillard, président de l’Union syndicale suisse, assène: «La pause payée, le temps de déplacement payé, le week-end protégé pour être avec sa famille et des salaires qui suivent le coût de la vie sont des demandes élémentaires. Ce n’est pas la révolution. C’est du bon sens et de la décence.» Et d’ajouter: «Ce sont 127 maçons qui sont morts de leur travail ces dix dernières années. En moyenne, un travailleur de la construction meurt chaque mois sur sa place de travail. Face à ces chiffres honteux, faire baisser la pression des délais est essentiel.» 

Juste avant sa prise de parole, une minute de silence est demandée en hommage à ces maçons qui ont perdu leur vie à la gagner. Des délégués syndicaux de tous les cantons s’expriment aussi en français, en portugais et en italien, pour rappeler les revendications de la profession. L’un d’eux souligne: «Le temps, ce n’est pas de l’argent, c’est de la vie. Il s’agit de justice que le temps de déplacement soit reconnu. Nous voulons du respect.» 

A l’issue de la manifestation, sur la place Saint-François, la présidente d’Unia, Vania Alleva, rappelle: «Au cours des dix dernières années, le chiffre d’affaires a augmenté de 20%, avec moins de personnel. Les journées s’allongent et pourtant, les salaires stagnent. Pas étonnant qu’il manque de la main-d’œuvre. Il faut que cela change. A Zurich et à Lausanne, nous sommes plus de 10000... Lors du renouvellement de la Convention collective nationale, nous avons besoin d’améliorations. L’enjeu est grand! L’automne sera chaud, mais nous gagnerons!» Et de conclure avec force: «Uniti siamo forti!» 

 

Une vidéo réalisée par Virginie Zimmerli et Planfilms.

Les maçons ont fait du bruit. Reportage audio. © AA

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