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«Être jeune est valorisé chez Unia»

portrait noah etienne
©Thierry Porchet

Le vice-président d’Unia Fribourg estime qu’il serait positif qu’un maçon comme lui soit élu au Grand Conseil fribourgeois. «Les avocats et les patrons sont déjà bien représentés…»

C’est un militant en campagne qui nous accueille au Nouveau Monde, un bar accolé à la gare de Fribourg. «Bon, pour l’instant, c’est encore assez calme», sourit Noah Etienne. Le socialiste de 22 ans est candidat à l’élection au Grand Conseil fribourgeois, le 8 novembre prochain. Pour comprendre l’engagement politique du maçon, il faut d’abord remonter à son affiliation au syndicat Unia. Une adhésion qui était loin d’être inscrite dans le marbre. Fils d’un boulanger-pâtissier et d’une aide-soignante, Noah Etienne grandit dans une famille où on ne parle pas beaucoup de politique. Une discipline qui ne l’intéresse de toute façon pas encore. Non, ce que Noah a en tête, c’est de suivre les traces de son père et de se lancer dans un apprentissage de boulanger. «J’aimais beaucoup l’accompagner au travail, faire du pain avec lui. Mais quand ça devient un vrai job, c’est différent. Au moment de choisir un métier pour mon apprentissage, il a aussi attiré mon attention sur les aspects moins attrayants de la profession, notamment le travail de nuit.» Face aux mises en garde, l’écolier envisage un autre avenir professionnel.

Une chose reste sûre pour Noah Etienne: il veut effectuer un travail manuel. «Etre assis face à un ordinateur, c’était inimaginable pour moi.» Et l’idée du milieu de la construction fait son chemin. «J’ai toujours aimé construire. Petit, j’étais fan de Lego, se souvient celui qui a grandi dans la Broye vaudoise, entre Avenches et Payerne, avant de rejoindre le canton de Fribourg. Je me suis intéressé à ce monde et j’étais d’abord attiré par le métier de dessinateur-constructeur. Mais c’est un job difficile à obtenir quand on ne connaît personne dans le milieu… Du coup, j’ai effectué plusieurs stages en maçonnerie que j’ai beaucoup appréciés et je me suis lancé dans un CFC en 2020.» Un choix que Noah Etienne ne regrette pas. Il aime ce travail physique exigeant, mais aussi très gratifiant, surtout lorsqu’on arrive au terme du chantier. «Je regarde le bâtiment et je me dis que c’est nous, mes collègues et moi, qui l’avons construit. Il y a un résultat concret, qui rend heureux le propriétaire. C’est un métier qui me rend fier.»

Révolte contre l’injustice

Ce qui ne signifie pas pour autant que le maçon est prêt à tout accepter sur son lieu de travail. Sensible aux questions de justice sociale, le jeune travailleur est naturellement attentif au discours d’un secrétaire syndical d’Unia qui passe sur son chantier. «Il expliquait aux salariés les avantages du syndicat, pourquoi Unia se battait. Au début, ça m’a intrigué. Ce secrétaire syndical avait la tchatche! Il m’a convaincu, je me suis inscrit et j’ai participé à une réunion du comité de la construction.» La machine est lancée. Noah Etienne s’engage toujours plus au sein d’Unia Fribourg. Aujourd’hui, à 22 ans, il est vice-président de la section cantonale et délégué du secteur Construction pour la région de Fribourg.

«En s’investissant dans le syndicat, on découvre des situations qui sont révoltantes. Des personnes qui travaillent à 100% et qui n’ont pas assez d’argent pour vivre, par exemple. Ça ne correspond pas au monde dans lequel je veux vivre»
Noah Etienne, maçon et vice-président Unia Fribourg

Cet engagement, on l’a dit, suscite une prise de conscience politique plus large chez le jeune homme, qui rejoint les rangs du Parti socialiste. «Ma sensibilité politique, je la dois en grande partie à Unia, estime Noah Etienne. En s’investissant dans le syndicat, on découvre des situations qui sont révoltantes. Des personnes qui travaillent à 100% et qui n’ont pas assez d’argent pour vivre, par exemple. Ça ne correspond pas au monde dans lequel je veux vivre.»

Des générations complémentaires

Déjà élu en début d’année au Conseil général de Villars-sur-Glâne, dans le district de la Sarine, Noah Etienne vise désormais le Grand Conseil pour changer – à son échelle – ce monde. S’il parvenait à être élu, il serait l’un des plus jeunes députés de l’histoire fribourgeoise. Mais son âge est justement une force, dans ses combats politiques comme syndicaux. «Quand on a 20 ans et qu’on sort d’apprentissage, on voit les choses différemment d’un travailleur ou d’une travailleuse qui est plutôt vers la fin de sa carrière. Et les deux points de vue sont complémentaires. C’est aussi ce que j’aime à Unia: le fait d’être jeune est valorisé. On me prend au sérieux et j’ai mon mot à dire. Même si, c’est une réalité, il n’est pas facile de recruter des gens de mon âge dans un syndicat. Alors on tente d’innover, de proposer autre chose que les assemblées plus traditionnelles qui ne correspondent pas vraiment aux habitudes des personnes de ma génération.» Tournoi de jeux vidéo, quiz ou encore pique-nique: le vice-président d’Unia Fribourg se démène pour intéresser ses contemporains aux questions de droits du travail.

Ces moments passés à expliquer, à convaincre et à échanger sont fondamentaux pour le jeune élu. «Je suis convaincu de l’importance d’un syndicat, parce que j’ai vu les combats menés sur le terrain par Unia et les résultats obtenus pour les travailleurs. Seul face à un patron, un salarié n’a pas de poids. Le syndicat nous permet de discuter sur un pied d’égalité. Adhérer à un syndicat, c’est investir sur le long terme pour l’amélioration de nos propres conditions de travail et de celles de nos collègues.»

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