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Les syndicats ukrainiens veulent jouer un rôle dans la reconstruction

Immeuble détruit en Ukraine
©Dmytro Falkovskyi

Les syndicats ukrainiens entendent bien peser dans la reconstruction de leur pays, estimée à plus de 600 milliards de dollars.

Le dialogue social doit être au cœur du processus et la voix des travailleurs prise en compte, estiment leurs représentants, réunis à Kiev début septembre.

La guerre en Ukraine est toujours en cours et les enjeux de la reconstruction sont déjà énormes. Des infrastructures qui assuraient plus de la moitié de la production d’énergie ont été détruites, tout comme un million de foyers, 250 000 kilomètres de routes, 1200 hôpitaux et 3600 écoles du pays. Des dégâts dont les coûts dépasseront sans doute les 600 milliards de dollars, soit trois fois le PIB de l’Ukraine d’avant-guerre. 

Dans ce contexte, et lors d’une réunion à Kiev le 3 septembre dernier, les syndicats ukrainiens ont affirmé leur détermination à jouer un rôle dans la remise sur pied du pays. Quatorze organisations affiliées à IndustriALL ainsi que des représentants de l’Organisation internationale du travail (OIT) étaient présents lors de cette réunion hybride, organisée dans le cadre d’un projet financé par Union to Union. Les participants ont répété l’importance d’associer les travailleuses et les travailleurs aux décisions qui façonneront l’Ukraine d’après-guerre.

«Notre plus grand souhait est que la guerre prenne fin et que la reconstruction puisse débuter», a déclaré Atle Høie, secrétaire général d’IndustriALL, à distance, alors que des alertes aux raids aériens survenaient durant les échanges et qu’une grève nocturne se déroulait dans un entrepôt pharmaceutique. «Nous savons à quel point il est difficile de penser à la reconstruction lorsque l’on se bat pour sa vie et celle des membres de sa famille.»

Exclus du processus

Pour les syndicats, la reconstruction ne pourra être uniquement économique: elle devra aussi s’appuyer sur le dialogue social et la négociation collective. Ce qui n’est visiblement pas le cas aujourd’hui... Le Conseil économique et social tripartite national ukrainien ne s’est pas réuni depuis 2017, dénonce IndustriALL dans un communiqué de presse. Un nouveau projet de Code du travail est en cours d’élaboration, mais les syndicats n’ont pas voix au chapitre. «Nous nous attendions à ce que le gouvernement nous consulte avant la publication de ce projet, réagit Mykhailo Volynets, du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine. Cela n’a pas été le cas. Une fois de plus, cela indique qu’il n’y a pas de véritable dialogue social en Ukraine.»

Les syndicats accusent les employeurs de dissimuler des informations et d’ignorer les accords signés, sans parler de certains secteurs qui n’ont plus d’organisme patronal avec qui négocier. «Dans les secteurs minier et métallurgique, les frappes russes sur les principales usines se sont conjuguées à une nouvelle taxe européenne sur les émissions de carbone à la frontière et à des quotas d’importation d’acier. Seule une poignée d’entreprises fonctionne encore à un niveau proche de sa capacité maximale», explique Bogdan Overkovskyi, syndicaliste du secteur.

Bilan humain catastrophique

Au cours du premier semestre 2026, six travailleuses et travailleurs ont été tués et trente-six ont été blessés au travail lors de bombardements. «Nous devons réorganiser notre coopération avec les employeurs afin de créer des conditions plus sûres en cas d’attaques de missiles et de drones», a proposé l’un des syndicats présents. Les arriérés de salaires ont, quant à eux, dépassé l’équivalent de 1,5 million de francs suisses dans plusieurs entreprises, dont la raffinerie de pétrole d’Odessa. Il est par ailleurs souvent impossible de négocier de nouveaux accords en vertu de la loi martiale, qui contraint les syndicats à prolonger les accords existants.

Revendications pour l’avenir

Pour 2027, les syndicats ukrainiens réclament la relance du Conseil tripartite national et de structures similaires dans les secteurs d’activité. Ils veulent également renforcer la négociation collective, inclure l’égalité entre les sexes aux discussions – car de plus en plus de femmes intègrent des secteurs de l’industrie lourde – et mieux faire respecter les droits humains dans les entreprises internationales présentes en Ukraine.

«Le dialogue social n’est pas seulement un outil pour le marché du travail, conclut Kemal Özkan, secrétaire général adjoint d’IndustriALL. C’est également un élément important de la démocratie et de la bonne gouvernance.»

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