«J’ai vu qu’unis, les travailleurs peuvent obtenir des victoires»
Comme pour de nombreux travailleurs, c'est après un conflit au travail que Vincent Muller découvre sa fibre syndicale.
Vincent Muller cumule près de vingt ans d'expérience dans l'ameublement. Même s'il aime son travail, il veut que les conditions s'améliorent pour lui et ses collègues.
La première chose qu’on remarque chez Vincent Muller, c’est évidemment sa casquette. Colorée, style graffiti, elle laisse apercevoir la créativité du Vaudois de 44 ans. Un aspect fondamental dans sa vie professionnelle, depuis toujours. Haïtien d’origine, Vincent Muller est adopté à l’âge de 2 ans. La famille bouge au rythme du père ingénieur, de Neuchâtel à Monthey, puis dans la Riviera vaudoise. Son inventivité, c’est d’abord sur les toits qu’il la développe. «A la fin de mon école, je ne savais pas trop quoi faire. Mon père étant ingénieur, il avait des contacts dans la ferblanterie et j’y suis allé un peu par défaut.» Et s’il comprend vite que ce n’est pas là sa vocation, Vincent Muller garde de bons souvenirs de son apprentissage. «Mes collègues, c’étaient des ours! Alors que, moi, j’étais tout maigre, rigole-t-il. Par contre, j’ai beaucoup appris. Dans la ferblanterie, le but est de trouver une solution face à un problème. J’ai appris à être débrouillard.»
A l’époque, l’imagination du jeune ferblantier ne s’exprime pas uniquement sur les toits. Sur terre, il pratique le rock acrobatique. Et c’est justement grâce à son professeur, cadre à Ikea, qu’il trouve un nouveau poste où exercer ses talents. «J’ai gravi les échelons au sein de l’entreprise jusqu’à passer mon apprentissage de gestionnaire en commerce de détail. Je suis resté treize ans dans l’entreprise, où les conditions de travail étaient très bonnes. J’ai vraiment pu faire le tour de la boîte et j’ai découvert des disciplines super intéressantes.» Entre une Billy et une Kallax, le Vaudois trouve une autre manière de faire parler sa créativité. «Moi, vendre pour vendre… j’ai de la peine. Je me vois vraiment comme un conseiller de vente. J’écoute les clients, j’identifie leur problème et j’essaie de trouver une solution. Et c’est un lien qui reste. Certains reviennent même après avoir acheté les meubles pour me montrer comment ça donne dans leur salon!»
Nouveau départ
Ayant passé dix ans au sein du géant suédois, le désormais résidant de Pompaples (VD), veut tenter une autre aventure, dans la vente de référencement sur internet. Mais celui qui est aujourd’hui père d’une fille de 13 ans déchante vite. Dans ce milieu, il n’y a pas de place pour les vendeurs qui mettent l’écoute du client au-dessus du rendement. Trois mois plus tard, il se retrouve au chômage et une lente descente aux enfers commence. S’ensuit un divorce et deux ans où il enchaîne les entretiens sans jamais obtenir un poste. Puis, il retrouve du travail là où il s’était épanoui durant treize ans… dans l’ameublement. «J’ai commencé chez Lipo, à Morges, en 2019, grâce à un ami. Je suis reparti de tout en bas, comme chez Ikea. Mais avec mon expérience, j’ai pu évoluer plus rapidement.»
Chez Lipo, la fibre syndicale de Vincent Muller se révèle – comme souvent – après un conflit au travail. «Un nouveau directeur est arrivé quelques mois après mes débuts dans la boîte. On sentait qu’il avait les dents longues et plusieurs personnes ont été licenciées, puis d’autres, proches de ce directeur, engagées. Les employés qui étaient là avant ont senti une inégalité de traitement, par exemple sur le nombre de nuits à faire. Ça m’a choqué.» Le responsable meuble commence alors à se renseigner sur ses droits, notamment auprès d’Unia. «Avec beaucoup d’autres collègues, on a décidé d’écrire une lettre au siège pour dire tout ce qui n’allait pas.» Le directeur est finalement licencié. «C’est là que j’ai vu que, si on est nombreux, on peut obtenir des victoires. Cet épisode a renforcé les liens entre tous les employés.»
Mais Vincent Muller n’est pas dupe, il sait que la lutte se joue en permanence. «Dans la vente, on a vraiment droit au minimum de ce que propose la loi. En m’engageant chez Unia, en côtoyant les secrétaires syndicaux et d’autres travailleurs délégués, je me suis rendu compte que la loi n’est pas du côté des employés. En plus, nous sommes formatés pour courber l’échine et ne pas nous plaindre.» Désormais syndiqué à Unia, il est devenu une référence pour ses collègues. «Ils viennent de plus en plus vers moi pour savoir s’ils peuvent demander telle ou telle chose à leur supérieur. Ça va des soucis liés à l’horaire aux demandes de vacances, c’est très varié. J’aime être cette aide pour eux.» Examiner des problèmes et trouver des solutions… encore.
Le sens du partage
Si le Pompaplois se bat, c’est donc aussi pour ses collègues, et pour son métier. «J’aime ce job et j’aime le faire correctement. Lorsqu’on analyse les passages des clients, qu’on décide de mettre en avant un article en le positionnant au bon endroit et qu’ensuite on voit les ventes augmenter, c’est très valorisant.» Mais pour donner envie aux employés de s’investir sur la durée, il faut des changements. «Les conditions de travail doivent s’améliorer. C’est pour ça que j’essaie de transmettre ce que j’apprends à Unia à mes collègues, mais ce n’est pas facile de faire passer le message. Les personnes qui bossent ici me disent qu’elles sont déjà contentes d’avoir un job… En Suisse, nous avons tendance à vouloir rester très discrets.» Parfois, aux dépens des salariés.
Mais il en faut plus pour désespérer notre grand vendeur! Qui a déjà une liste pratique pour tous ceux qui souhaiteraient en connaître plus sur leurs droits et qui ne savent pas par où commencer. «Déjà, la première chose à faire en cas de souci, c’est de lire la loi. Les textes ne sont pas trop compliqués si on recherche quelque chose de précis. Ensuite, c’est d’aller sur le site d’Unia. Il y a beaucoup d’informations disponibles destinées directement aux travailleurs. Et enfin, c’est de venir à l’assemblée des délégués de la branche dans laquelle on travaille. Discuter avec les autres, qui vivent les mêmes choses que nous et qui ont déjà de l’expérience, c’est la meilleure manière d’apprendre. Et surtout, ça nous permet de voir qu’on n’est pas seul.»
Une vidéo de Thierry Porchet.