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Agir et donner une chance à la planète

portrait Aurélie Gateaud
© Olivier Vogelsang

Aurélie Gateaud est convaincue que c’est en répétant le message plusieurs fois qu’il infuse et que les comportements changent en matière d’écologie. 

Présidente de ZeroWaste Switzerland, Aurélie Gateaud appelle à une économie de sobriété, dans laquelle chacun peut trouver le geste écologique qui lui convient et être acteur du changement.

On retrouve Aurélie Gateaud en plein été caniculaire. Rendez-vous a été pris sur une terrasse à Morges. Notre invitée hésite, et commande un expresso. «Il faudrait que je me passe de café, mais je n’y arrive pas, donc je réduis la dose quotidienne.» Réduire, c’est l’un des cinq «R» de la méthode Zéro déchet conceptualisée par Béa Johnson: après Refuser et avant Réutiliser, Recycler et Rendre à la terre. La lecture de son livre a fini de convaincre Aurélie Gateaud, aujourd’hui présidente de l’association ZeroWaste Switzerland et cheffe de projets chez Valorsa, un site qui gère les déchets de 95 communes vaudoises. «Avant tout ça, je pensais avoir une conscience environnementale assez stricte, je triais mes déchets, je consommais bio et responsable. Et le déclic a eu lieu dans ma cuisine, un jour de livraison de courses il y a une dizaine d’années. Après avoir tout rangé, je me suis rendu compte que j’avais plus d’emballages que de courses, ça m’a paru insupportable.» A cette époque-là, Aurélie Gateaud vit dans son pays d’origine, en France, avec son mari, son fils et ses deux beaux-enfants. «On s’est challengé en famille, tout le monde a joué le jeu, et on a réussi. On est retourné au marché, dans les magasins en vrac, et on a drastiquement réduit nos déchets.»

Déménagement en Suisse
Son mari est muté en Suisse en 2019. L’ingénieure agroalimentaire de formation renonce alors à son poste de cadre chez Sodexo pour le suivre. «J’ai contacté ZeroWaste Switzerland quelques semaines après mon arrivée. Je suis devenue bénévole et j’ai ensuite partagé la codirection, avec Natalie Bino, la fondatrice de l’association.»
A la maison, tout est remis en cause. «On s’est lancé le défi “rien de neuf” pendant un an: on réparait nos chaussures, on achetait des produits de seconde main, on louait. On a réussi à tenir plus de deux ans sans voiture, en faisant tout en train et à vélo. J’ai pu expérimenter ce que je prône, et j’en connais les limites. On ne prend plus l’avion, sauf cas exceptionnel, mais on a dû reprendre une voiture, d’occasion et électrique.»
Aurélie Gateaud tombe alors sur l’annonce de Valorsa. «C’est peut-être grâce à mon expérience dans l’association que j’ai décroché le poste. Au final, j’avais les mêmes interlocuteurs, à savoir les communes, que j’accompagne dans différents projets en matière de collecte et de gestion des déchets.» Ainsi, après avoir occupé la codirection trois ans, elle a brigué le poste de présidente chez ZeroWaste Switzerland, plus compatible avec son emploi.

«Le boulot est tellement énorme qu’on a besoin de tout le monde et, en agissant, on donne une chance aux générations futures»
Aurélie Gateaud, présidente de ZeroWaste Switzerland

Celle qui se sentait impuissante face à l’ampleur des problèmes environnementaux et du réchauffement climatique a fini par trouver son champ d’action. «La méthode Zéro déchet semble extrémiste, mais elle est plutôt non culpabilisante et ludique. Elle rend acteur, car on a le choix: si on ne peut pas refuser, on réduit. Ça doit rester compatible avec le mode de vie de chacun. Sur notre site internet, on peut s’évaluer, faire son bilan et agir sur son plus gros impact ou trouver le petit geste qui conviendra le mieux. Le boulot est tellement énorme qu’on a besoin de tout le monde et, en agissant, on donne une chance aux générations futures.» Le pouvoir est dans le choix des consommateurs et les initiatives individuelles. Les modifications de comportement peuvent agir de manière significative sur le changement climatique.

Se bousculer pour changer la donne
Pour Aurélie Gateaud, il y a urgence à faire évoluer les mentalités et à basculer d’une économie de possession vers une économie d’usages. L’ennemi numéro un à ce projet, c’est… la flemme! «L’être humain aime le confort, la facilité et la reconnaissance sociale. Dans notre société de surconsommation qui prône la croissance, on existe via ce qu’on a. Et pourtant, quelle richesse d’être plus léger, d’avoir moins de choses à posséder et à entretenir, ne garder que ce qui est vraiment utile. On se simplifie la vie et ça nous rend inventifs aussi! J’ai une qualité de vie incroyable. Pas besoin de voyager au bout du monde, il y a plein de choses à découvrir à quelques heures de vélo ou de train.» 

La sobriété détruirait des emplois, dénoncent ses détracteurs. Faux, répond Aurélie Gateaud. «Si on répare plus, qu’on réutilise davantage ou qu’on commence à partager, on créera des postes.» Selon elle, l’espoir est là. «Il y a un mouvement qui s’installe et qu’il faut poursuivre. En Suisse, à certains endroits, on constate une baisse des déchets et des émissions.» Sensible aux enseignements de Pierre Rabhi et à son Mouvement Colibris, elle reste convaincue que c’est en répétant le message plusieurs fois qu’il infuse. «Il faut installer des nouvelles croyances pour changer les comportements.»

Agir durablement
Ce qui la révolte, par contre, c’est l’injustice climatique, à savoir que ce sont les plus précaires qui souffrent le plus alors qu’ils polluent le moins. Tout comme l’immobilisme des politiques qui ne prennent pas les bonnes décisions face à l’ampleur de la catastrophe. «Le climato-scepticisme est désespérant, tout comme les retours en arrière en matière de nucléaire ou de mobilité. Après l’été qu’on vient de passer, entre canicules à répétition et incendies, les “écolos bobos extrémistes” soi-disant alarmistes que nous sommes avions finalement raison. Malheureusement, c’est dans ces moments-là où tout le monde souffre qu’on a une fenêtre pour tirer et être entendus. La climatisation peut faire partie de la solution, mais elle ne va pas refroidir les champs et les forêts: ce qu’il faut, c’est baisser nos émissions de gaz à effet de serre.»

Grâce à son mode de vie, Aurélie Gateaud dit tenter de soigner son écoanxiété. «Je fais ma part et je pourrai regarder mes enfants en face.» Ses petits bonheurs? Le jardinage, après une formation dans la permaculture, et… profiter de l’instant présent. «Tout est sous nos yeux, il suffit de le voir.» 

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