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Jobs d’été à Genève: l’équation qui ne fonctionne pas

employée de voirie qui passe le balais
© Olivier Vogelsang - Image prétexte

Les jobs d’été dans les communes du canton sont toujours très prisés, malgré la baisse de salaire appliquée par certaines collectivités.

Depuis cet été, les patrons peuvent payer leurs employés étudiants à 75% du salaire minimum ordinaire. Mais la hausse des offres d’emploi promise n’est pas flagrante.

Julie* va bientôt quitter son canton de Genève pour effectuer des études en sciences de la Terre. Une aventure hors de Suisse qui s’annonce enrichissante, sur le plan intellectuel en tout cas. Parce que, côté porte-monnaie, la vie d’étudiant a un coût. La solution? Le job d’été. Durant deux semaines, l’universitaire de 20 ans s’est occupée à rendre plus propres les rues d’une commune du canton. Une activité à 100%... mais payée 75% du salaire minimum cantonal depuis que les Genevois ont voté le 8 mars dernier pour la baisse de la rémunération des jobs d’été (lire encadré). «C’est paradoxal: l’année dernière, j’étais répétitrice pour des élèves en difficulté et je gagnais plus en travaillant moins, constate la Genevoise. Normalement, les jobs à la commune sont prisés. Et l’année où on est enfin pris, le salaire minimum baisse. Avec mon collègue, on riait un peu jaune.»

Cette baisse du salaire minimum d’environ 25 à 19 francs par heure a un impact sur de nombreux étudiants. «Moi, j’ai de la chance, estime Julie. Mes parents paient pour mes frais vitaux, comme le loyer ou encore mon budget repas. Mais ce travail d’étudiant sert à financer les loisirs que j’ai à côté, qui sont aussi importants pour moi. Cette année, l’argent est plus une source de stress que l’année dernière.» A environ 6 francs de moins par heure qu’en 2025, Julie a «perdu» environ 480 francs en deux semaines.

Des jobs toujours rares
Mais si les Genevois ont été appelés à voter pour cette attaque contre le salaire minimum des étudiants, c’est notamment parce que – selon les défenseurs du projet – elle permettait de «sauver les jobs d’été», qui auraient été en danger à cause des salaires trop élevés des travailleurs. Mais malgré la votation, les offres d’emploi estivales n’ont pas plu sur le canton, observe Zora Holzer, secrétaire permanente de la Conférence universitaire des associations d'étudiant.e.x.s (CUAE), le syndicat des étudiants et des étudiantes de l’Université de Genève. «Nous n’avons pas noté une hausse substantielle des jobs d’été, qui permettrait de dire que la baisse du salaire offre une solution pour déboucher le marché. Dans les faits, c’est toujours aussi compliqué pour un étudiant de trouver du travail cet été, malgré la votation.»

«La modification législative a […] clairement joué un rôle dans notre décision de réintroduire ces jobs d’été»
Migros Genève

Reste que des entreprises comme Migros Genève ont annoncé avoir recommencé à embaucher des jeunes cet été. De 0 job d’été étudiant en 2024 et 2025, le géant orange est passé à 19 postes ouverts cet été. «La modification législative a […] clairement joué un rôle dans notre décision de réintroduire ces jobs d’été, explique Migros Genève par écrit. Nous y voyons une double opportunité: apporter ponctuellement un peu de souplesse et de soutien à nos équipes, mais surtout offrir à des jeunes qui étudient et vivent dans la région une première expérience professionnelle.» Une réponse qui nous a interpellés. Sans cette modification législative, Migros Genève aurait-elle dû engager d’autres personnes (payées, elles, au salaire minimum ordinaire) ou n’aurait-elle pas offert plus de souplesse et de soutien – selon ses propres mots – à ses équipes? Nous avons posé la question à la société. «Investir dans la relève fait partie intégrante de l’ADN Migros. Dans ce contexte précis, la modification législative permet de proposer aux étudiants une activité différente, dans un cadre précis et limité dans le temps, favorisant les dimensions d’apprentissage et d’expérience professionnelle», répète Migros Genève.

19 postes, 1300 candidatures
Pour le CUAE, la nouvelle loi laisse surtout planer un doute sur tous les emplois effectués par des étudiants. «C’est une première attaque contre le salaire minimum, assène Zora Holzer. Aujourd’hui, les périodes hors semestre sont concernées, mais doit-on prévoir qu’à l’avenir, les personnes en formation ne seront simplement plus protégées par le salaire minimum? C’est notre crainte.»

Julie fera sa rentrée dans un peu moins d’un mois. Pour l’instant, elle n’a toujours pas trouvé d’autre job d’été, malgré ses recherches. Il faut dire qu’il y a de la concurrence: Migros Genève nous a annoncé qu’en deux semaines, elle avait reçu 1300 candidatures pour ses jobs d’été. En suivant la logique des défenseurs du texte voté le 8 mars, il faudra encore de nombreuses baisses du salaire minimum pour satisfaire une telle demande… Ou considérer qu’attaquer des salariés précaires n’est pas la solution.

* Prénom d’emprunt

Que dit la nouvelle loi?

A Genève, le salaire minimum est de 24,59 francs brut par heure pour 2026. Le 8 mars dernier, à la suite d’une votation, les Genevois ont décidé de créer une exception pour les jobs d’été étudiants. Ceux-ci peuvent être payés à 75% du salaire minimum ordinaire, soit 18,44 francs en 2026. Sont concernés les étudiants de plus de 18 ans (le salaire minimum ne s’applique pas aux mineurs), inscrits dans un établissement de formation reconnu et dont le job d’été est effectué durant les vacances scolaires ou universitaires et pour une durée maximale de 60 jours par année. M.G.

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