En grève et en cortège, les services publics ripostent au Conseil d’État et à son plan d’austérité, qui sera dévoilé dans le détail le 17 septembre prochain.
C’est un signal fort envoyé à qui de droit – en pleine rentrée scolaire – par les syndicats, et en particulier celui de la fonction publique (SSP). A Genève, après une première salve le lundi 17 août, qui a vu descendre dans les rues plus d’un millier de manifestants, un deuxième coup de semonce, plus consistant, a retenti le lendemain dans la ville. Ils étaient près de 3000 — les chiffres de la police et des organisateurs concordent pour une fois — à dire non au plan d’austérité que le Conseil d’Etat entend mettre en œuvre au sein des services publics. Le montant des coupes envisagées donne le tournis: entre 2027 et 2029, il s’agira de biffer 500 millions de francs des lignes comptables à la charge de l’Etat. Un chiffre qu’il faudra ventiler essentiellement dans les secteurs des soins, de l’enseignement et de l’aide sociale. Dès lors, et en toute logique, les discours qui ont précédé le départ de la manifestation du 18 août, tout comme les nombreuses pancartes disséminées dans la foule, ont tiré à boulets rouges sur l’exécutif cantonal.
Stop aux faveurs fiscales
Les différents intervenants ont souligné les conséquences néfastes des économies annoncées. Ainsi, il faudrait compter, par exemple, avec 10 % de personnel infirmier en moins, alors que la demande de la population ne cesse de croître et que les hôpitaux sont depuis plusieurs années sous tension permanente. À cela s’ajoutent des coupes à hauteur de 140 millions de francs dans les structures des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et dans les soins. Autre situation pointée du doigt, symbole d’une dérive peu reluisante: des enfants en bas âge et des bébés subissent des hospitalisations sociales, faute de structures dédiées à ces cas complexes que l’Etat devrait concevoir et financer.
L’ensemble du tableau n’a rien d’engageant aujourd’hui et il va se dégrader avec l’application des coupes. Tout au long du cortège, les manifestants ont pourtant souligné que les ressources ne manquent pas à Genève. Il suffirait de ne plus accorder de faveurs fiscales aux grands groupes et aux grandes fortunes établis dans le canton, comme c’est le cas depuis plusieurs années déjà. Il suffirait, au contraire, de taxer ces entités à la juste hauteur pour donner de l’oxygène à celles et ceux qui œuvrent au service des citoyens.
D’autres cortèges en vue
À l’heure actuelle, sur les 58 mesures d’économie mises sur la table, l’exécutif en a écarté 17 — suppression de la gratuité des transports publics pour les aînés et les jeunes, relèvement du temps de travail des fonctionnaires, etc. Le fin mot de l’histoire, qui dira tout de l’ampleur des coups de ciseaux, sera rendu le 17 septembre prochain. «Dans la foulée de cette communication, nous allons nous réunir en assemblée générale, note Mathilde Mottet, secrétaire syndicale au SSP. On décryptera les décisions prises et on se déterminera sur la suite à donner au mouvement.»
En attendant, à l’aune de ce qu’ont montré les grévistes, la syndicaliste se dit satisfaite et confiante. «Cette mobilisation n’était pas évidente du tout, surtout dans le secteur de l’enseignement, pris par la rentrée et soucieux que tout se passe bien avec les élèves. Nous pouvons néanmoins nous réjouir de l’importance et de la détermination du noyau des grévistes. Il permettra de consolider les actions à venir et de générer un effet boule de neige.» À moyen terme, une grande manifestation contre l’austérité se prépare déjà pour la fin du mois de septembre. Elle s’élargira aux associations, aux collectifs, ainsi qu’aux usagers et aux citoyens du canton.