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Les écarts salariaux continuent de se creuser

pauvreté
© Thierry Porchet

Pour les syndicats, il ne devrait plus y avoir en Suisse de salaires inférieurs à 4500 francs par mois pour un plein temps.

Le dernier rapport de l’Union syndicale suisse sur le sujet montre qu’en Suisse, le système profite toujours plus aux gros revenus.

On gagnait mieux sa vie il y a dix ans qu’aujourd’hui. Du moins si l’on fait partie des travailleuses et des travailleurs à bas ou moyens salaires. Pour les gros revenus, c’est exactement l’inverse. C’est ce qui ressort du nouveau Rapport sur la répartition de l’Union syndicale suisse (USS). Ce document souligne par ailleurs qu’il existe toujours un «énorme fossé» entre les sexes dans ce domaine.

Alors que les revenus disponibles (ce qu’il reste une fois qu’on a payé toutes ses charges) des personnes à bas et moyens salaires ont légèrement reculé entre 2016 et 2025, les personnes les mieux rémunérées disposent, à la fin du mois, de nettement plus d’argent qu’il y a dix ans.

Pour l’USS, c’est la politique suisse en matière de revenus et de fiscalité qui creuse toujours plus les écarts salariaux: «Les salaires médians stagnent malgré les gains de productivité enregistrés. Tandis qu’autrefois, ces gains étaient répercutés sur les salaires réels et se traduisaient par des hausses salariales, cette règle n’est plus respectée depuis 2016». La faîtière syndicale déplore le fait que, dans de nombreux cas, le renchérissement ne soit même plus compensé. «Ces dernières années, les principaux bénéficiaires ont été les employeurs et les actionnaires, qui ont profité de manière disproportionnée des gains de productivité à la faveur de dividendes élevés et de marges importantes.»

Les femmes continuent en outre d’être sensiblement moins bien payées que les hommes. Une sur deux gagne moins de 5000 francs par mois, contre un homme sur deux qui gagne moins de 7000 francs. Plus la tranche de revenus est élevée, plus cet écart salarial est important.

Changement de cap réclamé
A la politique salariale s’ajoutent les baisses d’impôts, qui favorisent avant tout les riches. «Une lutte pour la répartition se joue dans de nombreux cantons, loin des projecteurs, remarque l’USS. Depuis 2024, les projets cantonaux de baisses d’impôts se sont multipliés. Au niveau fédéral également, la progressivité fiscale est remise en cause par les récentes votations sur la valeur locative et l’imposition individuelle.»

Et c’est sans compter l’explosion des primes d’assurance-maladie, qui pèse de plus en plus sur le porte-monnaie des ménages. «Le contre-projet à l’initiative d’allègement des primes devait y remédier en obligeant les cantons à assumer leurs responsabilités. Mais sa mise en œuvre peine encore à se concrétiser sur de nombreux points», dénonce l’USS, qui réclame un changement de cap.

«Les salaires réels bas et moyens doivent augmenter nettement plus fortement. Ces dernières années ont clairement mis en évidence que, dans les négociations salariales, de nombreux employeurs ont balayé des acquis longtemps considérés comme allant de soi, tels que la compensation du renchérissement ou la participation des salarié-e-s à la croissance économique.» Et la faîtière d’en appeler à une réponse plus ferme des syndicats. Pour elle, la compensation automatique du renchérissement doit redevenir la règle. De plus, l’USS estime que toute personne ayant achevé un apprentissage devrait toucher au moins 5000 francs par mois pour un emploi à 100% et que, d’une manière générale, il ne devrait plus y avoir en Suisse de salaires inférieurs à 4500 francs par mois pour un plein temps.

Enfin, l’USS considère qu’au lieu de baisser les impôts, les cantons devraient réduire les primes d’assurance-maladie, ainsi que l’a décidé le peuple avec le contre-projet à l’initiative d’allégement des primes entré en vigueur en 2026. 

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