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Salaire minimum: le comité unitaire dénonce «les tromperies du contre-projet»

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© Virginie Zimmerli

Nicole Vassalli, responsable industrie d’Unia Vaud, Gabriella Lima, co-présidente du comité unitaire pour un salaire minimum cantonal et Giangiorgio Gargantini, secrétaire régional d’Unia Tessin ont mis en lumière les «tromperies et erreurs du contre-projet». Ils appellent à garantir le débat démocratique et à voter oui à leurs initiatives le 14 juin prochain «pour le droit de vivre dignement de son travail», et non au contre-projet.

VOTATION L’alliance favorable au salaire minimum cantonal vaudois a invité la presse pour mettre en lumière «les mensonges» des tenants du contre-projet.

«A moins de trois semaines de la votation, nous reprenons la parole publiquement à la suite d’une accumulation de mensonges et de tromperies qui détournent le regard des véritables enjeux. Soit: accepte-t-on que des personnes travaillant à 100% n’arrivent pas à couvrir leurs besoins essentiels?» La question est posée par Gabriella Lima, co-présidente du comité unitaire, en introduction de la conférence de presse tenue le 28 mai dans les locaux d’Unia à Lausanne. Avec ses camarades de lutte, elle a rappelé que les salaires minimums dans les autres cantons n’ont pas détruit le partenariat social ni affaibli les conditions de vie. Loin des catastrophes annoncées, il n’y a eu ni faillite de PME, ni dénonciation de Convention collective de travail. «Le contre-projet est construit sur du sable. Il ignore les expériences positives dans les autres cantons», ajoute-t-elle. 

Apprendre des autres cantons

Dans le Jura comme au Tessin, les conventions collectives de travail (CCT) et contrats types de travail (CTT) priment jusqu’ici sur le salaire minimum cantonal, générant des effets délétères. Le président de l’Union syndicale jurassienne, Dominique Hausser, explique qu’à la suite de cas de dumping salarial, une initiative législative a été lancée, en janvier 2025, pour corriger cette erreur et, de surcroît, introduire une indexation automatique (lire aussi cet article). «Plusieurs dizaines ou centaines de travailleuses et de travailleurs à plein temps doivent recourir à l’aide sociale. Le salaire minimum devrait être aligné sur le montant de l’assistance publique», déplore-t-il, tout en se réjouissant que la récolte de signatures soit sur le point d’aboutir.

Du côté du Tessin, une étude de l’Institut de recherche économique tessinois, menée auprès de 8700 entreprises (soit 70% des sociétés), a permis de démontrer les effets positifs sur les salaires, même pour les revenus initialement plus élevés. «Il n’y a pas eu de baisse de salaire, ni d’augmentation du chômage – même chez les jeunes – ni de substitution de la main-d’œuvre résidentes par les frontaliers», explique Giangiorgio Gargantini, secrétaire régional d’Unia Tessin. Avec les paliers d’augmentation, le montant du salaire minimum tessinois est de 20,25 francs par heure. Ce montant va être revalorisé, grâce à l’initiative de la gauche et des syndicats. En avril 2026, un accord parlementaire a finalement été trouvé: le salaire passe à 22 francs de l’heure (comparable au 23,60 francs prévues par les initiatives dans le canton de Vaud) avec une indexation automatique, et la primauté des salaires minimums des CCT enterré. «Cet accord a été voté à la quasi-unanimité et devrait entrer en vigueur le 23 juin s’il n’y a pas de référendum d’ici là», se réjouit le responsable syndical. 

Une différence de 60 centimes au moins

Nicole Vassalli, responsable industrie d’Unia Vaud, regrette que le contre-projet vaudois ne prenne pas en considération les expériences des autres cantons et les études indépendantes. Elle rappelle également que le montant du salaire minimum vaudois du contre-projet n’est pas équivalent à celui des initiatives, mais nettement plus bas. «La Conseillère d’Etat Isabelle Moret n’a pas indiqué que le montant du contre-projet de 23 francs s’applique au moment de l’entrée en vigueur le 1er janvier 2027. Les initiatives prévoient au contraire que c’est au 1er janvier 2023, au moment du lancement du projet, qu’il se montait à 23 francs; il est donc de 23.60 actuellement, et sera plus haut encore début 2027. Cette différence de plus de 100 francs par mois n’est pas anodine pour une employée dans le nettoyage, la coiffure ou la blanchisserie! Je l’invite donc à revenir sur le chiffre qu’elle mentionne dans les médias et à le préciser, par respect pour la population.» 

Nicole Vassalli souligne par ailleurs la difficulté à augmenter les salaires dans les branches sous CCT. Elle précise les incohérences et les discriminations causées par le contre-projet. Par exemple, la CCT romande du nettoyage des textiles ou des blanchisseries ne s’applique qu’à partir de 5 personnes, les petits pressings n’y sont donc pas soumis. Ces derniers devront appliqués le salaire minimum du contre-projet au contraire des grosses entreprises qui pourront payer moins. Dans la vente, la CCT lausannoise permettra aux magasins qui y sont soumis de ne pas payer le salaire minimum proposé par le contre-projet, au contraire des autres régions et des entreprises de moins de trois employés.

La collectivité paie au lieu des patrons 

Le comité unitaire dénonce encore de la confusion entre salaires moyens et minimaux, nominaux et réels et cette notion de SMIC français qui n’a rien à voir avec les initiatives.

Gabriella Lima ajoute: «Les tenants du contre-projet, déconnecté des personnes défavorisées de ce canton, évoque le bon sens vaudois. Or, pour moi, ce bon sens est de ne pas laisser des familles vivre avec 3200 francs net par mois.» Avec comme corollaire que les travailleuses et les travailleurs touchent des subsides à l’assurance maladie voire l’aide sociale. «Cette sous-enchère salariale signifie que la collectivité paie à la place des milieux patronaux», renchérit Nicole Vassalli. Et de lancer un appel: «Est-ce que vous, Vaudoises et Vaudois, travailleriez-vous pour un salaire indigne qui ne vous permet pas de payer vos factures?» 

Ce vote pour les initiatives fait aussi figure de solidarité avec les plus précarisées, car la plupart n’aura pas le droit de s’exprimer dans les urnes le 14 juin prochain. Pour Dominique Hausser, il ne fait aucun doute que les initiatives «auront un impact positif, alors que le contre-projet aura surtout des effets pervers». Et d’appeler à une cohérence romande autour du salaire minimum.

 

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