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«C’est le retour au statut de saisonniers»

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©Thierry Porchet

Lors du 1er Mai à La Chaux-de-Fonds, l’appel à voter «non» à l’initiative du chaos a été la revendication principale. 

VOTATIONS Les Colonies libres italiennes appellent à voter «non» à l’initiative de l’UDC le 14 juin. Une rencontre pour expliquer les enjeux s’est déroulée à Neuchâtel. Récit.

Plus d’une trentaine de personnes sont présentes dans le chaleureux café de la Colonie libre italienne du littoral neuchâtelois en ce mardi soir 19 mai. Beaucoup de personnes d’un certain âge, italiennes d’origine pour plusieurs. Thomas Fachinetti, figure de l’intégration des immigrés, anime la rencontre sur les risques et les défis de l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!». Il rappelle en préambule que les Colonies libres italiennes se mobilisent contre cette initiative au niveau national, comme elles l’ont déjà fait dans les années 1970 contre d’autres textes xénophobes, notamment celui de Schwarzenbach.

Le modérateur donne la parole à la Conseillère d’Etat socialiste Florence Nater. Celle-ci souligne l’alignement très large, de la droite à la gauche et aux syndicats contre cette initiative dite «de durabilité» par l’UDC. Le Conseil d’Etat s’est même positionné officiellement contre, fait rare pour les objets fédéraux. «Elle a cependant des chances d’être accepté, parce qu’elle touche à des ressentis légitimes, avec la problématique de l’accès au logement par exemple. Or derrière son emballage de durabilité, cette initiative veut réduire les droits des personnes étrangères et entamer une rupture avec l’Union européenne», explique la Conseillère d’Etat en charge de l’économie et de la cohésion sociale. «Nous risquons une pénurie de main-d’œuvre, notamment dans le secteur de la santé, et une dénonciation des accords bilatéraux, ce qui risque de mettre à mal nos exportations. Des délocalisations sont à prévoir, avec des risques par conséquent de baisse de rentrées fiscales.» Elle indique par ailleurs que «les personnes immigrées cotisent bien plus à l’AVS qu’elles ne reçoivent» et «contribuent donc à notre solidarité sociale». 

«Plus de 8 milliards de francs», précise à ses côtés Silvia Locatelli, membre du comité directeur d’Unia. Elle martèle: «Il n’y a rien de durable dans cette initiative xénophobe qui limite le droit d’asile, le regroupement familial, et remet en cause les accords bilatéraux et donc les mesures d’accompagnement.» 

Moins de droits pour tous les travailleurs

La responsable syndicale rappelle que, depuis 2002, soit la fin du statut de saisonnier, ces mesures sont «cruciales» pour protéger les salaires et les conditions de travail. C’est grâce à elles que les commissions tripartites et paritaires peuvent surveiller l’application des conventions collectives de travail (CCT). «L’UDC sait très bien que sans immigrés, les EMS ne tournent pas. Il ne veut pas moins d’étrangers, mais des étrangers avec moins de droits. C’est le retour au statut de saisonnier et à l’augmentation des frontaliers. Cette initiative veut seulement diminuer les droits des travailleurs et des travailleurs. C’est la porte ouverte aux dérégulations et au dumping, comme en Grande-Bretagne depuis le Brexit.» Silvia Locatelli souligne encore le double-jeu et l’irresponsabilité de l’UDC. «C’est l’UDC qui se bat contre les CCT, contre les logements à loyer abordable, contre les investissements ferroviaires, contre le droit du travail, contre le salaire minimum, la durabilité et la biodiversité. C’est le premier parti de Suisse, mais il agit comme s’il était dans l’opposition.» 

Antoine Weber, enseignant à la retraite, évoque son action solitaire dans les rues neuchâteloises, avec son panneau proposant aux jeunes UDC de construire leur avenir en devenant infirmier, soignant en EMS, enseignant, homme de ménage ou ouvrier agricole… Une action décalée qui a la grande qualité de susciter les discussions, les débats. C’est ce qu’appelle de ses vœux également Inès Nakhaaï, présidente du Parlement des jeunes de Neuchâtel. Celle-ci regrette que les discussions se cantonnent aux réseaux sociaux qui ont pour effet d’accentuer les clivages et ne favorisent pas l’entente collective. Le Parlement des jeunes travaille donc à créer des espaces d’échanges «dans la vraie vie». La jeune présidente ajoute craindre que de nombreux jeunes de droite voteront pour cette initiative. «Alors que mes amis de gauche ont plutôt tendance à s’abstenir de voter par défiance envers les politiques.» Une situation que Silvia Locatelli explique ainsi: «Les jeunes et la population ouvrière se rejoignent dans l’abstentionnisme, car ils refusent un système qui les broie. Ils n’arrivent plus à joindre les deux bouts. La solution simpliste et fausse de l’UDC, avec toujours les mêmes boucs émissaires, peut les pousser à vouloir essayer autre chose. Or cela ne résoudra rien, bien au contraire.»

«L’UDC joue la peur de l’avenir», ajoute Sandra Barbetti Buchs, membre du comité «Les nommer par leur nom» et de la Colonia Libera italiana. Elle mentionne que ce plafonnement rigide entre en collision avec la politique d’asile. Plusieurs personnes du public prennent la parole allant dans le même sens. «Le oui et le non sont au coude à coude. Toutes les voix comptent», mentionne encore Silvia Locatelli. Et Thomas Fachinetti de conclure: «Il faut y croire jusqu’au bout! Restons dans la joie!» 

 

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