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Le travail tue aussi les apprentis

manif apprentis Berne
@ Manu Friederich

Le risque d'accident est deux fois plus important chez les apprentis. Ils étaient une quarantaine le 25 avril devant le Palais fédéral pour dénoncer le manque de protection de ces jeunes sur leur lieu de travail.

 

Un récent rapport révèle que des milliers d’apprentis sont victimes d’accident, causant parfois la mort. Les jeunes d’Unia se sont rassemblés à Berne pour exiger des mesures de protection urgentes.

«Pas d'avenir sans protection des apprenti-e-s!». C'est derrière ce slogan que plusieurs dizaines de jeunes se sont mobilisés à Berne le samedi 25 avril à l’occasion de leur Conférence Jeunesse annuelle, rassemblant des apprentis et des jeunes salariés d’Unia mais aussi la Commission Jeunesse de l'Union syndicale suisse (USS) et le Conseil Suisse des activités de Jeunesse (CSAJ). Lors de cette action, ils ont dénoncé une réalité trop souvent passée sous silence, à savoir que l’apprentissage en Suisse reste dangereux.

Trois morts par an
Le constat dressé par une récente enquête de la Suva sur les accidents durant l’apprentissage, mandatée par l’USS, est sans appel. En Suisse, un apprenti sur neuf subit un accident durant sa formation, autrement dit près de 23 000 apprentis sont victimes d’un accident du travail chaque année. Ainsi, le risque d'accident est environ deux fois plus élevé pour eux que pour les autres travailleuses et travailleurs. Plus tragique encore, trois apprentis y laissent leur vie, un chiffre constant depuis une dizaine d’années. «Derrière ces chiffres, il y a des jeunes dont les parcours sont brisés à peine après avoir commencé, souligne Félicia Fasel, secrétaire nationale à la jeunesse d'Unia. La formation duale suisse est une fierté, alors à nous d'être à la hauteur et de mieux protéger les apprentis.» Lors du rassemblement, un hommage a été rendu aux jeunes ayant perdu la vie sur leur lieu de travail.

Concrètement, les accidents les plus fréquents surviennent lors de travaux manuels ou avec des machines, à la suite de chutes, de trébuchements ou encore de projections de corps étrangers, notamment aux yeux et aux mains. Dans les secteurs de la construction, de l'agriculture ou de la sylviculture, les conséquences peuvent être dramatiques. «Pratiquement tous les décès ont eu lieu durant la première année d'apprentissage, souligne Félicia Fasel. C'est un signe évident que leur encadrement est loin d'être suffisant.»

Lois pas appliquées
Sur le papier, la protection des jeunes travailleurs et travailleuses est claire et les employeurs ont envers eux un devoir de diligence renforcé. Les travaux dangereux sont strictement encadrés.
Mais dans la réalité, c'est une tout autre histoire. Pression sur la productivité, manque de personnel, absence de supervision: trop d'entreprises formatrices considèrent encore les apprentis comme une main-d'œuvre bon marché plutôt que comme des personnes en formation.
C’est ce que confirme l'enquête de la Suva: 76 % des formateurs ne disposent d'aucun temps dédié à la formation et au suivi des apprentis…

Tombé du toit
Ali*, apprenti ferblantier, illustre cette triste réalité. Il a été victime d’un grave accident lors de sa première année de formation, et même le premier mois. «Je suis tombé du toit. Il n’y avait pas d’échafaudage, juste une échelle, c’était un toit avec de la mousse et j’ai glissé…À l’école, on nous apprend qu’on ne doit pas monter sur un échafaudage s’il n’est pas conforme. Mais chez mon premier patron, ils s’en moquaient. Il fallait travailler. Il n’y avait aucun contrôle, aucun suivi, personne ne nous encadrait.» Ali n’a pas non plus trouvé le soutien attendu auprès de l’Office cantonal de la formation. Il a donc trouvé seul un nouveau patron où finir son apprentissage, avec le sentiment de ne pas avoir été assez protégé. «S’il y avait eu un vrai contrôle, ils auraient vu que ça n’allait pas!»

Léonie*, apprentie dans les soins, rapporte le sentiment qu’ont beaucoup de jeunes. «La seule chose qu'on veut, c'est être entendus et que les choses bougent.» Car au-delà des risques physiques, la charge psychique pèse aussi lourd sur les épaules des jeunes. Stress, cadence, peur de mal faire ou de perdre sa place: ces facteurs augmentent aussi le risque d'accident.

Urgence d’agir
Face à ces constats alarmants, Unia exige des mesures immédiates. D’abord, plus de repos, à travers une hausse du nombre de semaines de vacances, pour prévenir l’épuisement professionnel, facteur majeur d’accidents. Aussi, un meilleur encadrement, c’est-à-dire une formation pédagogique et sécuritaire accrue pour les formateurs et formatrices en entreprise et de meilleures ressources pour encadrer au mieux les apprentis. Et enfin, des contrôles stricts, avec la mise en place de contrôles réguliers, indépendants et non annoncés dans les entreprises formatrices pour garantir le respect des normes de protection.

Les syndicats sont unanimes, renforcer la formation professionnelle implique de placer la protection des apprentis au centre. Car une formation professionnelle de qualité ne se mesure pas uniquement aux bénéfices qu'elle génère pour les entreprises. Elle se mesure d'abord à la manière dont elle traite celles et ceux qui apprennent un métier. C’est ce qu’ont revendiqué les jeunes à Berne haut et fort, il appartient maintenant aux employeurs et aux autorités de l’entendre… 

🎥 Julia Neukomm ✂️ Virginie Zimmerli

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