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Le très commode pessimisme des budgets cantonaux

Entre leurs prévisions pour 2025 et leurs comptes, les cantons se sont trompés de près de 4 milliards de francs. Et c’est la population qui paie la facture, dénonce l’USS.

Chaque année, c’est le même manège. Les gouvernements cantonaux, au moment de présenter leurs budgets, tirent la sonnette d’alarme en annonçant d’importants déficits. Lesquels servent à justifier des coupes tous azimuts dans leurs dépenses. Et un an plus tard, lorsqu'ils font leurs comptes, Ô miracle!, ceux-ci sont nettement meilleurs que prévu. Pourtant, dénonce l’Union syndicale suisse (USS), les excédents restent dans les caisses de l’Etat alors qu’ils pourraient être utilisés pour soulager la population frappée par la hausse du coût de la vie et des primes d’assurance maladie.

En 2025, l’écart entre budget et comptes est bien plus grand que ces dernières années. Pour l’ensemble des cantons (excepté le Tessin, qui n’a pas encore présenté ses comptes), l’USS souligne qu’ils tablaient sur un déficit total de plus d’un milliard de francs mais qu’au final, ils affichent un excédent de plus de 2,8 milliards. Soit une différence de près de 4 milliards... La faîtière syndicale rappelle qu’en 2024, l’écart n’était «que» de 2,4 milliards.

Reto Wyss, secrétaire central de l’USS, explique dans un article que presque tous les cantons justifient cela par des recettes inattendues, en l’occurrence des rentrées fiscales plus élevées et la redistribution des bénéfices de la Banque nationale (BNS). «S’agissant des impôts, écrit l’économiste, on ne peut pas parler de surprise: ces recettes supplémentaires découlent d’une pratique récurrente, selon laquelle les cantons sous-estiment délibérément les recettes, alors qu’ils ne font pas preuve de la même prudence pour les dépenses.» Quant à l’effet BNS, qui a aussi été sous-estimé, selon Reto Wyss, il n’est pas décisif. Même en le mettant de côté, l’écart entre les budgets et les comptes cantonaux atteint encore 2,58 milliards de francs. 

 

A qui profite l’excédent?

Si en soi, cet excédent est plutôt une bonne nouvelle, le problème, c’est qu’il ne profite pas à la population, car il est soit utilisé pour réduire la dette, soit mis en réserve. «C’est la logique de la politique budgétaire voulue par la droite, déplore Reto Wyss. Et quand l’excédent est quand même utilisé, c’est pour accorder des baisses d’impôts qui bénéficient avant tout aux plus riches.» 

Le responsable de l’USS estime pourtant qu’il ne manque pas de domaines où les cantons pourraient employer cet argent à meilleur escient. En particulier celui des subsides à l’assurance maladie, «le moyen le plus simple et le plus rapide» de soulager les finances de la population. «En 2025, […] la somme totale des primes a augmenté de 2,6 milliards de francs par rapport à l’année précédente. Avec leurs excédents, qui atteignent 2,83 milliards de francs, les cantons auraient donc les moyens d’absorber entièrement cette hausse, tout en restant dans les chiffres noirs.»

Reto Wyss remarque que la question de ces excédents récurrents est actuellement au cœur du débat à Fribourg, où la population doit se prononcer sur la politique d’austérité (voir l'article sur notre site), au moment même où sont publiés les comptes de l’Etat. Pour lui, les cantons doivent renoncer à leurs paquets d’économies. «Continuer à économiser sur le dos de la population est non seulement indécent du point de vue des finances publiques, mais également totalement malvenu au regard de la conjoncture actuelle.» 

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