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Une initiative propre à aggraver des problèmes déjà connus...

Fronitère à Genève. Panneau de bienvenue.
© Olivier Vogelsang

L’initiative de l’UDC veut que la population résidente permanente de la Suisse ne dépasse par les 10 millions d’ici à 2050. L’adoption de ce texte remettrait en cause la voie bilatérale dans son ensemble.

Le Conseil fédéral et les partenaires sociaux font bloc contre l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» de l’UDC. Pour l’Union syndicale suisse, elle est totalement contre-productive.

Le 16 mars, le Conseil fédéral s’est adressé aux médias, aux côtés des représentants des travailleurs et des employeurs, pour mettre en garde contre l’initiative «extrême» de l’UDC qui, si elle passe la rampe le 14 juin prochain, remettrait en cause la voie bilatérale dans son ensemble.
Rappelons que ce texte exige que la population résidente permanente de la Suisse ne dépasse pas les 10 millions avant 2050, et pour ce faire, il prévoit des mesures restrictives afin de limiter l’immigration, allant jusqu’à la dénonciation de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE.

Besoin de stabilité
Beat Jans, conseiller fédéral et chef du Département fédéral de justice et police (DFJP) a ouvert la discussion. «Nous avons besoin de stabilité et de partenariats fiables, surtout pour un pays orienté vers l’exportation comme la Suisse. Nous ne devons pas couper les ponts avec l’Europe, or c’est exactement ce que cette initiative souhaite. Et cela engendre encore plus d’incertitude à une époque déjà incertaine.» 
Le conseiller fédéral a souligné les conséquences concrètes dangereuses que pourraient avoir cette initiative au sein de la société. «Aujourd’hui, près des trois quarts des nouveaux médecins ont terminé leurs études à l’étranger.» Sans oublier la pénurie de main-d’œuvre qui est déjà criante dans de nombreux secteurs. Beat Jans parle aussi de perte de crédibilité de la Suisse et d’atteinte à sa réputation. «Cette initiative met la Suisse sur la touche et le Conseil fédéral tout comme le parlement n’en veulent pas. Ce n’est qu’avec des travailleurs étrangers qu’on peut maintenir notre prospérité et notre financement social.»
Pour le Conseil fédéral, l’UDC fait des promesses en l’air. «Cette initiative ne rendra aucun appartement moins cher et ne libérera aucune place dans le train. Elle ne résoudra aucun problème, au contraire, elle en créera de nouveaux.»

Syndicats et employeurs d’accord
Pour le président de l’Union syndicale suisse (USS), Pierre-Yves Maillard, un regard sur notre histoire s’impose. «Cette initiative pose la question de la maîtrise de la croissance de notre population. La Suisse a connu des rares épisodes où la population commençait à décroître, lors de phases de crise économique. Est-ce que l’on veut vraiment provoquer une récession pour atteindre l’objectif de cette initiative, à savoir faire reculer l’immigration? C’est ce que l’UDC vise avec la rupture des relations avec l’Union européenne. De la même manière, on n’a pas attendu la libre-circulation des personnes pour avoir une immigration en Suisse. On n’a même jamais eu autant d’immigrés que pendant la période des contingentements!»
Pierre-Yves Maillard insiste par ailleurs sur les dangers que ce projet pourrait avoir sur notre système de prestations sociales, comme l’assurance-maladie, avec une population étrangère qui coûte 17% de moins que les Suisses. «L’impact sur les retraites sera tout aussi rapide et direct. Nos calculs parlent de 2000 francs par an en moins sur le 2e pilier.»
En résumé, cette initiative ne ferait qu’aggraver les problèmes que l’on connaît déjà, à savoir un pouvoir d’achat en berne, des loyers élevés, des assurances trop chères et du chômage chez les travailleurs plus âgés, dans un contexte de papy boom où l’on a besoin de force de travail jeune.
«Si l’on rompt les accords bilatéraux, on n’aura pas moins d’immigration mais une immigration précaire, sans droits, prête à accepter des salaires tirés vers le bas, explique le président de l’USS. La protection des salaires sera donc mise en péril, et la concurrence entre les salariés de notre pays accrue. Voilà pourquoi on s’engage avec force contre.»
Les patrons ont tout autant à perdre. «Plus de 99 % des entreprises en Suisse sont des PME, qui créent deux tiers des emplois du pays et font déjà face à des défis majeurs, à savoir trouver des travailleurs qualifiés, que ce soit dans la construction, l’industrie, les soins ou encore la restauration», s’est exprimé Fabio Regazzi, président de l’Union suisse des arts et métiers, qui estime que les 1,8 millions d’étrangers résidant en Suisse contribuent grandement au succès du pays. La balle est dans le camp des électeurs. 

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