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En Toscane, la révolte des travailleurs immigrés du textile

Manifestants
©DR

Tête du cortège de soutien aux grévistes qui a eu lieu à Prato le 8 juillet dernier et qui a réuni 1500 manifestants. 

Le pôle de production de Prato, le plus important d’Europe et poumon de la fast fashion, est gangrené par la mafia chinoise et par des entrepreneurs véreux. Les exploités se soulèvent.

S’il fallait chercher, au cœur même de l’Europe, un exemple de ce que peut être l’enfer industriel, il suffirait sans doute de se rendre à Prato et dans ses environs. Ici, le secteur du textile est roi et irrigue une économie qui, à en juger par les chiffres d’affaires mirobolants publiés année après année – 2 milliards d’euros en 2025 –, conserve une prospérité apparente. Terre d’une tradition textile séculaire, cette partie de la Toscane connaît pourtant, depuis le dernier tiers du XXe siècle, une spectaculaire dégradation des conditions de travail pour des milliers de salariés du secteur. Au fil des décennies, des groupes chinois ont pris le contrôle de la distribution des tissus importés de Chine, transformant ce pôle – le plus important d’Europe – en une véritable zone de non-droit.

Cadences infernales
Poumon de la fast fashion, ou pronto moda, comme on la désigne en Italie, Prato est en outre tombée sous la coupe d’une mafia chinoise impitoyable, qui exploite la main-d’œuvre et fait preuve d’une remarquable capacité à contourner les règles et les lois italiennes. Un cas, en particulier, défraie la chronique depuis plusieurs mois et est devenu le symbole de cette grave dérive: celui d’Acca Srl. Cette entreprise spécialisée dans la logistique, filiale de la multinationale chinoise Xinsitong, fait l’objet, avec dix-sept autres sociétés, d’une enquête pénale pour une fraude fiscale estimée à 71 millions d’euros. Elle est également accusée d’exploitation de la main-d’œuvre, soumise à des cadences infernales – jusqu’à quatorze heures de travail par jour – dans des hangars à peine salubres, pour des salaires de misère.

Comme l’a révélé le quotidien en ligne Il Fatto Quotidiano, l’antisyndicalisme est omniprésent dans cet environnement, comme dans la quasi-totalité des 6 000 entreprises similaires de la province de Prato. Les agressions contre des ouvriers ayant osé se syndiquer ou faire valoir leurs droits sont loin d’être exceptionnelles. Cette armée de petites mains, venue autrefois de Chine et aujourd’hui principalement du Pakistan, d’Afghanistan, d’Inde ou d’Afrique subsaharienne, est victime de ce que l’on appelle le caporalato, un système de recrutement mafieux que l’on retrouve également dans d’autres secteurs, notamment dans l’agriculture du sud de l’Italie.

Subterfuge frauduleux
Comme tant d’autres entreprises, Acca n’a pas hésité à fermer du jour au lendemain son entrepôt lorsque les conditions lui sont devenues défavorables. Pourtant, à la suite d’une longue mobilisation menée par les salariés entre 2023 et 2024, la direction avait régularisé leur situation en leur accordant des conditions décentes: cinq journées de huit heures par semaine. Cette parenthèse, qui tient de l’exception, a toutefois été brutalement refermée. Une centaine de salariés ont été licenciés et l’entreprise a disparu du paysage industriel local. Du moins en apparence. Car Acca n’avait jamais eu l’intention de cesser ses activités. Fidèle à une pratique courante dans le secteur, elle projetait de se réinstaller à quelques encablures de là en recrutant une nouvelle main-d’œuvre soumise aux anciennes conditions d’exploitation, sans aucune protection syndicale. Disparaître pour mieux réapparaître sous une autre forme: tel est l’un des nombreux subterfuges frauduleux en vogue à Prato.

Fait plus rare, les victimes de cette stratégie ne se sont pas laissé faire. Avec le soutien du syndicat Sudd Cobas, elles ont installé un piquet de grève permanent et bloqué les marchandises entreposées, dont la valeur est estimée à 2 millions d’euros. Depuis, une bataille judiciaire, accompagnée de cortèges et de manifestations de soutien, s’est engagée et ne semble pas près de s’achever. D’abord délogés par la police, les grévistes ont ensuite réoccupé les lieux. Il y a quelques jours, ils ont obtenu une première victoire: le tribunal de Prato a estimé qu’il n’y avait aucune urgence à restituer les marchandises bloquées à leurs propriétaires. Le piquet de grève est donc maintenu, et les ouvriers affichent une détermination sans faille, résumée par un slogan aussi simple qu’éloquent: «Qui ne veut pas de piquets veut l’esclavage.» 

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