Le Valais prêt à se défendre face à l’attaque contre les salaires minimums
Les syndicats et les partis de gauche valaisans lancent la campagne de récolte de signatures pour le référendum contre l'attaque des salaires minimums.
Les syndicats et les partis de gauche se mobilisent contre l’affaiblissement des salaires minimums voté par le Parlement. Dans les régions, la lutte commence aussi. Exemple en Valais, où la question est brûlante.
Toute la Suisse est touchée par l’attaque des patrons et de la droite contre les salaires minimums. En premier lieu, les cantons et les communes qui disposent déjà d’un tel outil, évidemment. Mais c’est aussi le cas de ceux qui aimeraient bien l’implémenter dans leurs textes de loi à l’avenir. C’est justement la situation du Valais, qui votera dans les prochains mois pour l’instauration d’un salaire minimum de 22 francs par heure.
C’est notamment pour protéger ce potentiel outil que les forces progressistes valaisannes se sont réunies le lundi 6 juillet pour lancer la campagne régionale sur le référendum «Pas touche aux salaires minimums!», soutenu entre autres par le syndicat Unia. «Si la loi votée à Berne devait entrer en vigueur, des milliers de salariés valaisans – et en grande majorité des femmes actives dans l’hôtellerie-restauration, les salons de coiffure ou le nettoyage – seraient privés de ce salaire minimum à 22 francs par heures, même si la population valaisanne venait à l’accepter», dénonce Blaise Carron, secrétaire régional d’Unia Valais et député.
Déni de démocratie
Les parlementaires fédéraux ont décidé de faire primer les conventions collectives de travail (CCT) de force obligatoire sur les salaires minimums cantonaux et communaux votés par la population. Très concrètement, pour les Valaisans cela signifie que si une CCT prévoit par exemple un salaire minimum de 20 francs par heure pour la branche, c’est bien ce salaire qui sera versé au travailleur, même si le canton vote pour un salaire minimum à 22 francs par heure. Un véritable déni de démocratie, dont le but est clair pour Emmanuel Amoos, conseiller national socialiste. «Le hasard du calendrier n’y est pour rien. La majorité de droite tente aujourd’hui d’affaiblir, voire de vider de son sens, un instrument démocratique au moment même où les Valaisannes et les Valaisans s’apprêtent à décider eux-mêmes de leur politique sociale. Cette loi ne protège ni l’économie, ni l’emploi, ni le partenariat social. Elle poursuit un seul objectif: faire baisser les salaires les plus bas de Suisse.»
Selon une étude de la HES-SO Valais réalisée entre 2018 et 2022, plus de 6% de la population est pauvre dans le canton. Cela représente 19 500 personnes, soit environ la population de Monthey. À celles-ci s’ajoutent 14 000 personnes qui vivent juste au-dessus du seuil de pauvreté. Une situation qui pourrait s’améliorer. «Les salaires minimums légaux sont une mesure de politique sociale, martèle Blaise Carron. Ils combattent la pauvreté et évitent à la collectivité de subventionner les entreprises par le biais de versement d’aides sociales.»
Pour le secrétaire régional d’Unia Valais, toutes les travailleuses et tous les travailleurs seraient bénéficiaires en cas d’acceptation de l’initiative valaisanne pour l’introduction d’un salaire minimum cantonal. «On considère qu’entre 13 000 et 15 000 personnes bénéficieront directement de cette mesure, chiffre Blaise Carron. Mais les salaires en dessus de ce seuil minimal seraient aussi valorisés. Même l’économie locale serait gagnante avec cet outil, puisqu’il permettrait d’augmenter le pouvoir d’achat des personnes les moins bien rémunérées.» Or ces personnes dépensent chaque franc supplémentaire gagné pour vivre plus dignement, réinjectant ainsi directement cet argent dans l’économie valaisanne.
Mais avant de se projeter sur une éventuelle acceptation du salaire minimum en Valais, encore faut-il que cette votation cantonale ait un sens. D’où la campagne menée par les syndicats et la gauche pour le référendum «Pas touche aux salaires minimums!». L’objectif est connu: récolter 50 000 signatures dans toute la Suisse d’ici le 8 octobre. Et les forces progressistes valaisannes sont bien déterminées à remplir leur part du contrat dans la lutte qui s’annonce.