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La Suisse face à son destin

Après des mois de débat enflammé, l'heure du verdict a bientôt sonné. Ce 14 juin, jour de mobilisation pour les droits des femmes et contre le G7, représente aussi une date cruciale pour l'avenir de notre pays. Car si l'initiative de l'UDC «Pas de Suisse à 10 millions!» passe la rampe, ce sera un séisme d'une magnitude au moins aussi forte que celui du 6 décembre 1992, quand le peuple avait dit «non» à l'entrée dans l'Espace économique européen. Ce serait un nouveau dimanche noir, entre autres pour les droits des travailleuses et des travailleurs. 

Signe qu'il s'agit là d'un enjeu capital, rarement autant de moyens auront été déployés dans une campagne de votation. Notamment par le camp du «non» qui unit, une fois n'est pas coutume, la gauche et les syndicats à la droite libérale et aux milieux économiques. En dépit de ce large front commun contre la prétendue «initiative pour la durabilité», et de l’isolement de l’UDC dans la bataille, il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. En matière d'initiatives et de référendums, l'électorat ne suit pas toujours les consignes de vote des partis qu'il a élus…

On ne peut en effet pas exclure que de larges pans de la population, tous bords confondus, soient séduits par les arguments démagogiques de l'UDC qui, tout en prétextant se soucier de durabilité et défendre les intérêts des classes modestes, s’oppose en réalité systématiquement à toute mesure allant dans ce sens. Comme, par exemple, au salaire minimum sur lequel le canton de Vaud votera aussi le 14 juin.

Martelons-le encore une fois: l'initiative du chaos ne frapperait pas seulement les travailleurs étrangers mais dégraderait les conditions de travail de tous les salariés du pays. Car la fin de la libre circulation des personnes qu'elle induit, et celle des mesures d'accompagnement qui vont avec, ouvrirait grand la porte à la sous-enchère salariale.

Mettre tous nos problèmes sur le dos des étrangers, c'est un écran de fumée

Il peut être tentant de mettre tous nos problèmes sur le dos des étrangers – la tactique éculée du bouc émissaire –, mais c’est un écran de fumée pour dissimuler le fait que, si les loyers et les primes d'assurance maladie explosent, et si notre pouvoir d’achat se réduit comme peau de chagrin, c’est avant tout à cause des politiques ultralibérales prônées par l'UDC, parmi d'autres. Dénonçons également la vieille rengaine malthusienne en rappelant que, si notre empreinte écologique s’alourdit, c’est moins en raison d’une supposée surpopulation que de notre mode de vie consumériste et capitaliste. 

Enfin, n’oublions pas les leçons du passé. Mettre fin à la libre circulation des personnes avec l’Union européenne, c’est remettre au goût du jour le statut indigne de saisonnier, dans lequel on maintenait jadis de nombreux travailleurs et travailleuses pourtant essentiels à notre économie. C’est rouvrir l’une des pages les moins glorieuses de l’histoire de la Suisse contemporaine, quand ces hommes et ces femmes n’avaient le droit de rester chez nous que neuf mois par an, en étant contraints de laisser leur famille au pays ou de faire vivre leur progéniture dans la clandestinité, privée de scolarisation.

Et quand le soir, ils sortaient discrètement faire prendre l’air à ces «enfants du placard», il leur arrivait encore de lire, à la devanture de certains établissements publics, des pancartes «Interdit aux chiens et aux Italiens». Tout cela paraît impensable aujourd’hui mais, pourtant, c’était hier. Et ça pourrait être demain, si l’initiative de l’UDC remporte l’adhésion des urnes. Alors n’oubliez pas de voter. Le 14 juin, il faut opposer un «non» clair et net à cette initiative xénophobe et dangereuse!

Pour aller plus loin

L’initiative du chaos à travers les yeux d’un secundo

Homme portrait

Fils d’immigrants italiens, metteur en scène et artiste, Massimo Furlan a fait de la question migratoire un thème nourrissant ses productions. Il s’exprime sur la proposition radicale de l’UDC.

Projecteur sur une mesure de justice redistributive

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La Haute école de travail social et de la santé Lausanne vient de publier un ouvrage collectif sur les politiques du salaire minimum en Suisse. Entretien avec Alessandro Pelizzari, codirecteur de la publication.

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