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Un 1er Mai contre le chaos

En observant l’actualité récente liée à l’UDC, il est difficile de nier un fait inquiétant. De toute évidence, il existe, au cœur même du parti de la droite dure, une pulsion irrésistible, un désir incompressible de saborder les fondements qui garantissent l’équilibre et la stabilité de la Suisse. L’attaque frontale menée par les urnes contre le service public, visant à réduire drastiquement la redevance de la SSR, en a constitué, il y a un peu plus d’un mois, un exemple éclatant — avec le résultat que l’on sait. À peine cette page tournée, celle des «200 francs, ça suffit!», qu’en voici une nouvelle, également soumise au verdict populaire, qui réactive une marque de fabrique des agrariens: une ligne politique plaçant le ras-le-bol et les solutions à l’emporte-pièce au centre du débat. Nous voilà ainsi confrontés à l’initiative — constitutionnelle, il faut le rappeler — «Pas de Suisse à 10 millions!», dont la dangerosité atteint des niveaux rarement observés.

On passera sur la fraude intellectuelle et le mensonge éhonté qui ont consisté à assortir ce libellé d’un sous-titre fallacieux: «initiative pour la durabilité». L’UDC n’a soutenu aucune proposition de loi à orientation écologique aux Chambres fédérales ces dernières années, sinon décennies. On passera tout aussi rapidement sur le fait que le parti se retrouve, une fois encore, isolé dans la défense de sa cause: Conseil fédéral, cantons, partis — toutes orientations confondues — et partenaires sociaux ont expliqué, et expliqueront encore, pourquoi ils s’opposent à cette proposition.

Les raisons doivent être rappelées, car un «oui» au soir du 14 juin prochain engendrerait des conséquences dramatiques pour l’économie nationale. La Suisse, seul pays au monde à envisager un plafonnement de sa population, contreviendrait alors aux traités qui la lient à son environnement international. La voie bilatérale avec l’Europe, si escarpée et si durement négociée, serait tout simplement torpillée. Par effet miroir, le demi-million de ressortissants suisses vivant dans l’UE assisterait, impuissant, à une remise en question de son statut juridique. Dès lors, ce serait la fin de la libre circulation des personnes et de l’accès privilégié au marché de l’UE — auquel est destinée plus de la moitié des exportations suisses. Ce serait aussi la disparition des mesures d’accompagnement qui protègent aujourd’hui les salaires. Les mesures de contingentement envisagées par l’UDC, sur lesquelles il faudrait légiférer dès que la population atteindrait 9,5 millions d’habitants, priveraient ainsi le pays d’une main-d’œuvre précieuse dans des secteurs tels que les soins, la construction ou l’hôtellerie-restauration, qui peinent déjà à recruter du personnel qualifié. Par conséquent, la voie serait grande ouverte à une précarisation accrue du travail (l’ombre du statut de saisonnier planerait à nouveau), avec des risques importants de dumping salarial. Cerise sur le gâteau: alors que la population ne cesse de vieillir et que le nombre de départs à la retraite devrait fortement augmenter d’ici à 2050, la limitation de l’immigration affaiblirait considérablement le financement de l’AVS.

Les préoccupations légitimes de la population — pénurie de logements, loyers en hausse, embouteillages, trains bondés — méritent des réponses concrètes: des investissements dans les infrastructures et des mesures d’accompagnement adéquates, et non des propositions qui ne répondent en aucun cas à ces urgences. C’est pourquoi Unia et l’ensemble des syndicats appellent à lutter contre cette initiative du chaos et à défiler le 1er Mai pour dire «Non au repli sur soi. Défendons les salaires et les emplois.»