On croyait ce chapitre de l’histoire refermé. Celui où les grandes puissances recrutaient dans les colonies pour envoyer des jeunes Africains mourir dans des guerres qui n’étaient pas les leurs. Hier, la France envoyait les tirailleurs sénégalais en première ligne dans les tranchées européennes. Aujourd’hui, c’est la Russie qui va se servir au Cameroun, au Ghana, en Egypte ou encore au Kenya pour alimenter sa ligne de front en Ukraine. Au total, 35 pays du continent sont concernés et pas moins de 2500, voire 3000 hommes, ont été dupés. Car oui, ces jeunes gens se retrouvent enrôlés dans l’armée russe contre leur gré. Depuis plusieurs mois, des enquêtes révèlent le cynisme du mécanisme mis en place par Poutine, le grand nostalgique du siècle passé.
La Russie promet un visa, un emploi, des études, et parfois même la nationalité russe. Elle fait miroiter un salaire qui dépasse les 1500 euros pour appâter ces recrues confrontées à la pauvreté, au chômage et à l’absence de perspectives professionnelles. Et le tour est joué. Une fois sur place, la promesse d’un avenir meilleur se transforme en contrat militaire: le jeune homme est formé vite fait bien fait; on lui fournit uniforme et fusil, puis direction le champ de bataille. Il existe un autre cas de figure, celui d’Africains déjà présents en Russie dont le visa arrive à expiration. Les autorités russes leur posent un ultimatum: l’engagement dans les forces russes ou l’expulsion du pays. C’est ni plus ni moins que le business du désespoir, avec la complicité de réseaux de trafic d’êtres humains sur place en Afrique, corrompus jusqu’à la moelle.
A l’heure où l’Europe se replie sur elle-même, ferme ses frontières et rejette massivement l’immigration, ces «opportunités» offertes par la Russie apparaissent comme le graal pour cette jeunesse africaine instruite mais souvent bloquée dans une impasse économique. On exploite la misère, pour servir nos intérêts. Pour le Kremlin, ce ne sont que des soldats à usage unique, une variable d’ajustement dans une guerre qui coûte trop cher en vies humaines. Pour quelques milliers d’euros, ces jeunes Africains sont prêts à servir de chair à canon. Les chiffres sont pourtant clairs: la durée de survie sur le front en Ukraine varie entre un et six mois. Les corps ne sont jamais identifiés, encore moins rapatriés et les familles restent endeuillées. Manifestement, encore en 2026, la vie des jeunes des pays du Sud vaut moins que les ambitions des pays du Nord. Autour, c’est silence radio, comme si ces morts-là comptaient moins que les autres. Notre monde n’a pas besoin de nouvelles armées de pauvres mais d’une véritable solidarité internationale capable de faire front contre toutes les guerres.