Aller au contenu principal
Menu

Thèmes

Rubriques

abonnement

«Avec Unia, c’est donnant-donnant»

Joao Alexandre
© Olivier Vogelsang

Une fois à la retraite, Joao Alexandre compte bien rester en Valais et continuer à s’engager pour le syndicat. 

 

Engagé et toujours prêt à défendre la cause des travailleurs, le plâtrier-peintre Joao Alexandre se livre à l’aube de ses 60 ans. Rencontre dans son Valais adoptif.

Habitant à Martigny, Joao Alexandre, plâtrier-peintre de presque 60 ans, est un fidèle militant d’Unia. D’origine portugaise, il débarque en Suisse en 2012 et se syndique rapidement. «Tout le monde dans mon entourage disait qu’il fallait se syndiquer pour être correctement informé de tout», raconte-t-il. Une évidence pour ce travailleur curieux. «J’aime comprendre les lois, les mécanismes du pays et il est fondamental pour moi de connaître mes droits.» Joao Alexandre comprend vite, et a à cœur de s’intégrer rapidement. «A Unia Valais, je connais tout le monde, je suis de toutes les manifestations, que ce soit à Sion, Lausanne, Berne ou Zurich. S’il y a besoin de moi, je suis toujours là.» Un membre sur lequel le syndicat peut compter, élu délégué au Comité central depuis 2016. «J’ai fait plus de 150 adhésions, surtout dans ma branche», souligne-t-il, pas peu fier. «Je suis toujours prêt à aider les collègues et ma communauté. Sinon, qui va les aider?»

Heures sombres
Comme dirait Joao Alexandre, c’est donnant-donnant avec Unia, qui a été une sacrée béquille pour lui à plusieurs moments de sa carrière. «Serge (Aymon, secrétaire syndical à Unia Valais, ndlr) m’a toujours accompagné et a été là en cas de doute. Grâce à Unia, quand l’un de mes anciens patrons a fermé l’entreprise, j’ai pu récupérer une partie des salaires et des heures supplémentaires impayés. Le syndicat m’a aussi guidé à la suite d’un accident de travail lors duquel je me suis sectionné deux tendons à l’épaule.» La vie n’a pas toujours été tendre avec Joao Alexandre. Après un divorce difficile, ce grand solitaire – élevé par un père qui lui inculquait la nécessité de travailler dur pour s’en sortir – a cumulé un deuxième emploi de sécurité privée le soir après avoir terminé sur les chantiers. Sa santé l’a rattrapé. «Un deuxième accident a touché mon autre épaule et j’ai été mis à l’arrêt fin 2025. Les médecins disent que ce n’est pas opérable, mais j’ai perdu beaucoup de force dans les bras. N’étant pas habitué à ne rien faire chez moi, j’ai proposé à mon patron de reprendre le boulot en janvier dernier et voir de quoi j’étais capable. J’y suis retourné et il m’a licencié le lendemain...» 

Pour des chantiers dignes
Si Joao Alexandre estime que la Suisse est le meilleur pays pour travailler, il admet volontiers que tout n’est pas rose. «Nous ne sommes que des numéros pour certains patrons!»
Ce qu’il aimerait améliorer dans sa branche du second œuvre romand? La dignité sur les chantiers. «Il arrive souvent qu’on doive se changer dans des containers ou autre local à vélo. Quand aux toilettes, il n’y en a pas du tout parfois, donc on va au café d’à côté, c’est inadmissible. Une fois, j’ai contacté Unia, car on avait un WC pour 95 travailleurs.» Le travail au noir et la sous-traitance sont aussi un fléau selon le plâtrier-peintre. «J’ai fait venir le syndicat sur le chantier d’un hôtel à Verbier où une trentaine d’Italiens travaillent sept jours sur sept pour 12 francs l’heure, un scandale!»
Quant à l’avenir de la profession, il est obscur. «A la fin des années 2010, il y avait une cinquantaine d’apprentis inscrits en plâtrerie-peinture en Valais, et ces dernières années, il n’y en avait que trois ou quatre. Les jeunes ne veulent plus faire ce métier qui est trop pénible, avec des charges lourdes. Ça va être très compliqué de recruter dans la profession...»

La Suisse dans le cœur
Pour Joao Alexandre, l’heure de la retraite anticipée sonnera en juin 2027. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne mettra pas définitivement les voiles une fois à la retraite. «Je refuse de tourner le dos à la Suisse. J’ai pris goût à ce pays, à sa rigueur, et même si la plage, la pêche et la chasse me manquent dans ma région natale de Lisbonne, je ne me vois pas repartir complètement au Portugal. J’y passerai quelques mois par an, mais je garderai un pied en Valais, ne serait-ce que pour continuer à travailler un peu, tant que j’ai la santé, car ma rente ne me permettra pas de vivre décemment.» Unia pourra toujours compter sur son engagement. «Je continuerai évidemment à m’investir pour le syndicat et à aider pour tout ce que je peux!» 

«N’étant pas habitué à ne rien faire chez moi, j’ai proposé à mon patron de reprendre le boulot en janvier dernier et voir de quoi j’étais capable. J’y suis retourné et il m’a licencié le lendemain...»

Une vidéo de Olivier Vogelsang.