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Un 1er Mai de tous les combats

Banderole du 1er Mai à Genève: Tout augmente, sauf les salaires et les rentes.
© Olivier Vogelsang

Manifestant pour de meilleurs salaires et des rentes plus élevées, ainsi que pour l’égalité entre les femmes et les hommes, des dizaines de milliers de personnes ont participé à la Fête du travail célébrée dans une cinquantaine de localités du pays. Temps forts en Suisse romande


Lausanne: Le second œuvre romand en tête du cortège

1er Mai à Lausanne

 

Plus de 500 personnes ont défilé dans les rues de la capitale vaudoise en fin d’après-midi. Un cortège particulièrement bruyant et festif, entre revendications, tambours, sifflets et chorale anarchiste. La manifestation était aussi intergénérationnelle, féministe avec la grève du 14 juin en ligne de mire, anticapitaliste et écologiste. Les syndicats, les partis de gauche et les collectifs solidaires ont appelé à un renforcement de l’AVS, à l’égalité salariale, à un salaire minimum cantonal, à la solidarité internationale notamment avec le peuple kurde... En tête de cortège, les Tambours de Monthey étaient suivis d’un camion transportant une râpe géante à l’intention du patronat du second œuvre, ainsi qu’une toilette ToiToi accompagnée d’une banderole: «Voilà où finissent nos revendications salariales depuis 10 ans».

Peu avant le cortège, une assemblée générale a réuni plus d’une centaine de charpentiers, de menuisiers, de plâtriers-peintres, de carreleurs et de poseurs de sol de toute la Suisse romande. Un petit air de grève de la construction planait dans l’assemblée écœurée par les conditions de travail délétères dans la branche et la stagnation des salaires depuis une décennie. En préambule, Aldo Ferrari, coresponsable du secteur des Arts et métiers et responsable du second œuvre romand d’Unia, a rappelé les origines de la fête du 1er Mai. Soit la grève des 400000 travailleurs et travailleuses à Chicago en 1886, dont certains ont payé de leur vie pour avoir défendu les droits syndicaux.

Le responsable syndical a fait un état des lieux du début des négociations avec le patronat dans le cadre du renouvellement de la Convention collective de travail du second œuvre romand (CCT-SOR), à laquelle sont soumis quelque 25000 salariés des métiers du bois et de la peinture. Il a souligné l’importance d’une meilleure CCT pour lutter contre la pénurie de travailleurs qualifiés, pourtant essentiels dans la transition énergétique pour faire face au défi climatique. Or, la branche manque de main-d’œuvre, comme l’a rappelé Bruna Campanello, coresponsable du secteur des Arts et métiers au niveau national et membre du comité directeur d’Unia, en précisant qu’un tiers des places d’apprentissage restent vides.

Yannick Egger, membre de la direction du secteur des Arts et métiers d’Unia, a renchéri: «C’est déjà un acte de résistance que d’être là. Votre mobilisation, dans la rue et dans vos entreprises, est essentielle pour faire avancer les négociations! Aujourd’hui, ce n’est qu’une première étape.»

Guillaume Racloz, charpentier et président du comité romand d’action des salariés du second œuvre, a pris la parole devant ses collègues attentifs: «Cela fait longtemps que j’attendais ce 1er Mai unitaire. Nous pouvons ainsi montrer nos exigences et notre détermination à nos patrons et à nos collègues qui ne sont pas venus aujourd’hui. Nous irons jusqu’au bout.» Plus tard, au cœur de la manifestation, sur la place de l’Europe, il s’est fait le porte-parole de ces ouvriers qui, «depuis plus de dix ans, voient leurs conditions de travail se détériorer sous le coup de la pression des cadences, des délais et du manque de moyens techniques, qui pourraient soulager la rudesse des conditions de travail», comme «porter à répétition des charges lourdes sur des terrains accidentés, voire carrément acrobatiques, et cela qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige! Sans oublier l’exposition au bruit, à la saleté et aux risques d’accidents, trop souvent augmentés par le manque d’organisation, la volonté d’économies stupide et le manque de considération total sur ces problèmes!»

Guillaume Racloz a aussi exigé une véritable revalorisation des salaires, une amélioration des conditions de travail et une meilleure protection sur les chantiers «des effets délétères de la concurrence irraisonnée et des profits à tout prix». Ce néolibéralisme a été dénoncé tout au long de la manifestation.

Texte Aline Andrey
Photo Olivier Vogelsang


Fleurier: Une guerre des classes toujours valable

1er Mai à Fleurier

 

«Travailleurs, travailleuses, ne nous laissons pas faire!» Le 1er Mai a pris des accents très combatifs dans le Val-de-Travers. Salariée de la manufacture horlogère ValFleurier et déléguée syndicale d’Unia, Catherine Comte a donné le ton durant son allocution sur la place de la Gare: «Il ne s’agit pas de fêter le travail, comme certaines personnes essaient de nous le faire croire, c’est une journée de rassemblement et de lutte de tous les travailleurs pour leurs droits», a-t-elle rappelé en préambule. Ces droits sont attaqués de toutes parts, à l’image de l’âge de départ à la retraite en France et en Suisse. «Partout, les Etats au service de la finance veulent flexibiliser le temps de travail pour les ouvriers, que nous soyons toujours à la disposition de notre patron et cela jusqu’à notre mort. La guerre des classes d’autrefois est toujours valable aujourd’hui.» Alors, entre les menaces au travail, le chantage au chômage et à la délocalisation, les cadeaux fiscaux pour les riches, les inégalités de sexe, le racisme, le fascisme, «qui s’installe partout», «nous avons de quoi nous révolter et c’est en luttant tous ensemble que nous pouvons gagner». «Nous devons nous battre pour des conditions de travail justes, pour des salaires décents, pour la protection sociale. La solidarité entre travailleurs est la clé de notre force collective. Nous devons nous unir et faire face aux défis mondiaux tels que le changement climatique, la pauvreté, les inégalités. Syndiquons-nous et soyons fiers d’être syndiqués!»

Très applaudie, Catherine Comte a conclu son intervention en appelant à la mobilisation pour la grève des femmes. «Nous les femmes, nous ne devons plus être traitées comme de la main-d’œuvre bon marché et facilement exploitable», a-t-elle dit, en invitant les hommes à être là aussi «pour montrer votre solidarité». Prenant la parole ensuite, Cécile Mermet, du PS du Val-de-Travers, est revenue sur la longue lutte des femmes pour l’émancipation. «Malgré les progrès accomplis, l’égalité n’est pas encore atteinte», a-t-elle souligné, en citant les inégalités salariales, la difficulté à concilier vie de famille et vie professionnelle, les stéréotypes de genre ou encore la violence à l’égard des femmes. «Il faut batailler, il faut s’obstiner.» Rendez-vous est donc pris le 14 juin. Une pause prolongée sera organisée dans les usines du Vallon avec un rassemblement à Fleurier. Secrétaire syndicale d’Unia Neuchâtel, Derya Dursun espère rassembler un demi-millier de personnes.

Représentante du POP neuchâtelois, Léa Aligisakis, a, de son côté, insisté sur la nécessité de l’unité du mouvement social: «La droite n’arrête pas sa politique aux divisions de genre ou d’âge qu’elle aime cependant nous appliquer pour mieux nous diviser. Les travailleurs, n’oublions pas que cela comprend aussi les personnes en formation, celles et ceux qui effectuent un travail non payé, les chômeurs et les retraités.» Tandis que Mathias Bobillier, étudiant en soins infirmiers et président des Jeunes POP neuchâtelois, a, lui, fustigé le sauvetage de Credit Suisse: «Pendant que les milliards pleuvent sur les banques, le Parlement refuse d’indexer les rentes AVS au coût de la vie.»

Après ces discours, en écoutant des chansons révolutionnaires et populaires, les participants ont eu le loisir de s’attabler entre copains et camarades. Les syndicalistes d’Unia et les militants du POP proposaient une paella et leur traditionnelle soupe aux pois; pendant que sur le stand du PS, on pouvait signer la nouvelle initiative cantonale «Primes maladie: stop à la hausse!».

Près de 80 personnes se sont pressées au 1er Mai du Val-de-Travers. Dans le reste du canton, des cortèges se sont élancés dans les rues de Neuchâtel et du Locle.

Texte Jérôme Béguin
Photo Thierry Porchet


Valais: «Quand trop c’est trop, il faut savoir se révolter!»

1er Mai à Sion.

 

Un 1er Mai décliné au féminin pour le Valais romand. Emmenées par la présidente de l’Union syndicale valaisanne, Francine Zufferey, les trois oratrices ont fait de ce moment convivial, sur la place du Scex à Sion, une première étape de la mobilisation du 14 juin.
Vice-présidente d’Unia, Véronique Polito a dit sa colère contre les attaques qui redoublent d’intensité alors qu’il y a à peine trois ans, durant la crise du Covid, on remerciait depuis les balcons le personnel soignant qui devait travailler jour et nuit, les vendeuses et les employés de la logistique qui devaient faire des journées à rallonge. «L’invisible était devenu enfin visible. Mais la réponse aux applaudissements ne s’est pas fait attendre. Fin 2021 déjà, le Parlement s’est décomplexé et a recommencé à distribuer des gifles.» Et de lister la hausse de l’âge de la retraite des femmes et les 7 milliards d’économies réalisées sur leur dos. Puis, la guerre en Ukraine avec l’explosion des prix de l’énergie, des denrées alimentaires. La hausse des primes maladie et des loyers. Et cette année, la révision de la LPP. «Et c’est à ce moment-là que KKS, notre conseillère fédérale libérale, est venue au secours de Credit Suisse et a fait le cadeau du siècle à UBS: 259 milliards de liquidités et de garanties étatiques libérés en quatre jours, sans conditions, pour sauver un système bancaire irresponsable et immoral. 259 milliards, c’est cinq fois plus que les réserves de l’AVS accumulées en 75 ans! Quatre jours, face à 75 ans…» Pour Véronique Polito, cette décision est celle de trop: «Quand trop c’est trop, il faut savoir se révolter!»
Assistante en soins et santé communautaire depuis 36 ans à l’hôpital de Sion, Marie-Pascale Zufferey du SSP a dit les énormes difficultés du personnel soignant, sa lutte permanente contre l’épuisement, les départs dans la profession. Elle a expliqué que les mesures du Conseil fédéral prises après le succès de l’initiative sur les soins ne répondent pas à l’urgence de la situation: «Il n’y a rien contre le véritable fléau du secteur de la santé: le manque d’effectifs et la pénurie de personnel. On nous propose d’être encore plus flexibles, encore plus corvéables, d’être des variables d’ajustement! On tente de réglementer les sous-dotations, c’est un cercle vicieux, les gens s’en vont, épuisés.» Elle a aussi plaidé pour le renforcement du service public, pour une caisse maladie publique et pour «du temps, du respect et des sous!».
Rappelant la «gigantesque grève féministe de 2019», Sandra Previti, du groupe d’intérêts femmes d’Unia Valais, a déploré que rien n’ait avancé depuis. «Au contraire, les choses ont même empiré!» Elle a rappelé la place centrale des femmes dans la société, entre les «héroïnes» du Covid, les mères qui assument une large partie du travail non rémunéré, les petits revenus et qui, au terme de leur vie active, se retrouvent avec des retraites de misère. Elle a aussi fustigé les violences sexistes et les discriminations racistes et de genre. «Ces inégalités et ces discriminations ne sont pas des fatalités. Elles dépendent de la volonté politique des élus et de l’arbitraire des patrons», a-t-elle souligné avant d’inviter «à une grève féministe massive le 14 juin!».
Après ces appels à la mobilisation, les quelque 150 participants ont pu applaudir le groupe de danses albanaises Medvegja et déguster une spécialité mijotée par l’association Rajo, ou «espoir» en somalien.

Texte et photo Sylviane Herranz


Genève: Environ 2000 personnes ont battu le pavé

1er Mai à Genève.

 

A Genève, la Journée internationale des droits des travailleurs a commencé à la rue Dancet en fin de matinée, devant le Monument érigé à la mémoire des Brigadistes suisses partis en 1936 pour défendre la République espagnole et combattre les armées fascistes.

La Communauté genevoise d’action syndicale a rappelé l’importance de la solidarité internationale en ce jour de luttes, apportant notamment son soutien aux Français qui se battent contre la réforme des retraites.

Indira Huilca était également présente. Sociologue et femme politique péruvienne, elle est la fille de Pedro Huilca, ancien grand leader syndical assassiné en 1992. «Le Pérou vit actuellement une lutte démocratique contre un régime qui ne cesse de violer les droits humains. Nous continuerons jusqu’à la démission du gouvernement et nous comptons sur votre solidarité!» Un moment rassembleur entre militants latino-américains, iraniens et suisses.

Place ensuite au cortège. Les manifestants ont commencé à affluer sur la place Lise-Girardin. Les personnes se retrouvent, les banderoles se déploient et les tronçons s’organisent. Une demi-heure plus tard, le coup d’envoi est lancé. Comme chaque année, ce sont les ramoneurs, au nombre de huit, qui ouvrent le défilé. Droit derrière eux, la banderole de tête du 1er Mai, portée notamment par Helena Verissimo de Freitas, secrétaire régionale adjointe d’Unia Genève, et la socialiste Carole-Anne Kast, fraîchement élue conseillère d’Etat, donne le ton: «Prix, loyers, primes, inégalités, température, grandes fortunes: tout augmente, sauf les salaires et les rentes!»

Le défilé a pris la direction du pont du Mont-Blanc pour rejoindre le centre-ville, puis Bel-Air et a terminé sa course au parc des Bastions, en milieu d’après-midi. Au total, les syndicats genevois ont recensé près de 2000 personnes. Des habitués, et des nouveaux.

On y a retrouvé les traditionnels partis de gauche et les syndicats. Unia avait placé son slogan sous le signe du «Non à Ettlin!» et de la protection du salaire minimum. Les horlogères ont, elles, appelé à l’égalité salariale et le groupe des retraités était aussi bien représenté. La question de la réforme LPP figurait également au cœur du débat. Les collectifs féministes, en route vers la grève du 14 juin prochain, étaient bien présents.

L’association de défense des retraités (AVIVO) a marqué le coup en véhiculant les manifestants les plus âgés à bord de vélos-taxis. Sur ces derniers, on pouvait lire: «La 13e rente, il la faut mais subito!» ou encore «1000 francs pour les rentiers les plus précaires».

Pour le volet international, de nombreux représentants de la communauté kurde ont grossi les rangs de la manifestation, de même que d’autres de la coordination latino-américaine, des militants pro-Palestiniens ou encore des défenseurs du peuple iranien.

Pas de black bloc cette année, ni de mouvement paysan, mais un tronçon massif de soutien à Jérémy, un jeune activiste du climat incarcéré depuis la mi-mars préventivement pour sabotage dans une gravière détenue par Holcim, dans la campagne genevoise.

La manifestation, qui s’est déroulée dans la bonne humeur, au son des tambours et de divers slogans, s’est achevée aux Bastions, où la partie festive a pris le relais.

Texte Manon Todesco
Photo Olivier Vogelsang


Saignelégier: Une fête aux couleurs féminines

1er Mai à Saignelégier.

 

Ouvert par des femmes en lutte, l'important cortège du 1er Mai interjurassien qui s'est déployé dans les rues de Saignelégier a réuni quelque 300 personnes. Le défilé a été marqué par des exigences d'égalité entre femmes et hommes ainsi que par la volonté d'obtenir de meilleurs salaires et d'assurer des retraites décentes. A l'heure des discours, une douzaine de militantes sont montées sur scène pour appeler à la grève des femmes du 14 juin, énonçant tour à tour les revendications et les dénonciations qui marqueront cette manifestation d'ampleur nationale.

Texte et photo Pierre Noverraz


Fribourg: En présence de retraités déterminés

1er Mai à Fribourg

 

La question des salaires a figuré au cœur de la manifestation fribourgeoise qui a rassemblé quelque 300 personnes. Aux militants syndicaux, se sont joints d’autres collectifs dont les Aînés pour le climat et la Grève féministe appelant à la mobilisation du 14 juin. A noter, dans le cortège, la présence des retraités d’Unia réunis derrière une banderole de leur confection.


 

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