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Main-d’œuvre méprisée

Syndicats interdits ou muselés, grévistes criminalisés, arrestations arbitraires, violences, assassinats même: les droits des travailleuses et des travailleurs font l’objet d’attaques frontales dans le monde, comme le révèle la Confédération syndicale internationale (CSI) dans son dernier rapport sur la thématique. Selon ce document, dixième du genre, la crise historique du coût de la vie sévissant à l’échelle planétaire s’accompagne d’une répression des revendications, pourtant légitimes, des classes laborieuses. D’un bout à l’autre du globe, dans des Etats à revenu élevé comme à faible revenu, des salariés, bien qu’étranglés par une spirale inflationniste entretenue par un appétit immodéré d’entreprises, sont empêchés de lutter pour de meilleures conditions de travail et de rémunérations. Les espaces démocratiques rétrécissent comme peau de chagrin. La palme des pays traitant le plus mal la population active revient à l’Equateur, la Tunisie, le Bangladesh, la Biélorussie, l’Egypte, l’Eswatini, le Guatemala, le Myanmar, les Philippines et la Turquie. Sur les 149 passés en revue, ces dix-là battent tous les records des outrages. Mais la dégradation est générale, marquée par un recul des droits des salariés et un regain de brutalité des forces de l’ordre face au mécontentement. Et cela pas seulement dans une République liberticide comme l’Iran par exemple, où des manifestants ont été emprisonnés et agressés par la police pour avoir participé aux célébrations du 1er Mai. Mais aussi en France où les rassemblements contre la réforme des retraites ont généré des violences policières, des arrestations aveugles et des attaques au gaz lacrymogène. L’Elysée a même, note encore la CSI, réquisitionné des travailleurs pour les empêcher de participer aux mouvements. Nombre de gouvernements et d’employeurs méprisent ainsi la main-d’œuvre juste bonne, à leurs yeux, à produire de la richesse pour d’autres. Les 87% des pays auscultés violent allègrement le droit de grève. En Belgique, au Cambodge, au Canada, en Espagne, en Iran et au Togo, on n’hésite pas à engager des poursuites à l’égard de ceux qui poseraient les outils; 77% des Etats ont par ailleurs empêché des travailleurs migrants, du personnel domestique, temporaire, de l’économie informelle et de plateforme ou encore de zones économiques spéciales de constituer un syndicat ou de s’y affilier; 42% ont restreint la liberté d’expression et de réunion. Les entraves à la négociation collective, le recours à des organisations de travailleurs alibis créées par des employeurs, les obstacles visant à empêcher l’enregistrement de syndicats font également partie de pratiques trop largement répandues sur la planète. Pire encore: dans huit pays, des syndicalistes ont payé de leur vie leur engagement. Sans oublier les violences et l’accès limité ou inexistant à la justice dans respectivement un tiers et plus de la moitié des régions étudiées.

Cette situation s’avère particulièrement inquiétante dans un monde toujours plus fracturé et instable où se creuse le fossé des inégalités. Piétiner et restreindre les droits des salariés, s’attaquer à leurs libertés civiles, réagir avec brutalité à l’expression d’oppositions légitimes portent atteinte aux fondements mêmes des démocraties. Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de jouer la carte de l’écoute et du dialogue; d’offrir des salaires dignes, des emplois décents et une protection sociale. Il faut mettre un terme à la violence directe ou larvée à l’encontre de travailleurs toujours plus corsetés, censés seulement courber l’échine et se taire quand bien même ils sont exploités et n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Aujourd’hui plus que jamais, il s’agit de permettre aux syndicats de remplir leur mission essentielle, rempart aux dangers d’une déréglementation encore élargie et de tensions sociales aussi compréhensibles que potentiellement explosives...