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Les grands PDG gagnent en moyenne 78 fois plus que les salariés

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En 2024, le directeur de Novartis a gagné en une année ce qu'une personne recevant 4000 francs par mois gagnerait en 400 ans.

Oxfam a analysé les 100 plus grandes entreprises européennes, dont neuf ont leur siège en Suisse. L’enrichissement des actionnaires y est privilégié, aux dépens des employés.

«Il faut se serrer la ceinture.» On connaît ce refrain repris en chœur par les plus grandes entreprises à la moindre demande des salariés. Pourtant, cette maxime ne semble pas s’appliquer aux actionnaires de ces sociétés. Dans son rapport sur les inégalités divulgué le 9 juin, la confédération d’ONG Oxfam analyse en détail le fonctionnement des 100 plus grandes entreprises d’Europe.

Et ses conclusions sont édifiantes. Entre 2022 et 2024, les actionnaires ont capté en moyenne 70% des bénéfices produits par les acteurs scrutés, et donc par leurs travailleurs. Travailleurs qui, eux, ont vu leurs salaires augmenter deux fois moins vite que les dividendes sur les vingt dernières années. «Nos résultats indiquent que ces entreprises priorisent les intérêts des plus privilégiés – principalement les actionnaires et les cadres supérieurs – au détriment des autres parties prenantes concernées par les activités économiques de l’entreprise, comme les travailleurs, les collectivités ou les personnes marginalisées», note le rapport. 

L’ONG Solidar Suisse a analysé le document. «La Suisse joue un rôle central dans cette dynamique qui alimente les inégalités, note l’ONG. Chez Nestlé, Novartis, Swiss Re et Zurich Insurance, le taux de distribution des bénéfices dépasse 100% en 2024. Autrement dit, ces entreprises versent à leurs actionnaires davantage qu’elles ne gagnent.» Ce qui met un coup à l’idée selon laquelle les actionnaires mériteraient cet argent en raison des «risques» pris. «Lorsque les actionnaires sont systématiquement rémunérés, même lorsque les entreprises affichent des déficits, alors les risques sont inexistants», souligne Oxfam.

400 ans pour rattraper le PDG de Novartis

Les directeurs de ces sociétés sont aussi très privilégiés. En Suisse, notons le cas de Novartis, qui a payé son PDG Vasant Narasimhan 19,2 millions de francs en 2024, ce qui en faisait le deuxième directeur le mieux rémunéré des sociétés analysées par Oxfam. A titre de comparaison, une personne payée 4000 francs par mois – soit l’équivalent du salaire minimum sur lequel les Vaudois ont voté dimanche 14 juin – aurait dû commencer à travailler il y a 400 ans, en 1624, pour amasser cette somme.

Ces très grandes entreprises contribuent à creuser les inégalités dans d’autres domaines. Les femmes ne représentent par exemple que 10% des postes de direction les plus élevés. Oxfam souligne d’ailleurs que les PDG et les présidents de ces grosses sociétés ont plus de chance de s’appeler «Jean» (ou un équivalent dans une autre langue) que d’être une femme… Et ce n’est pas mieux concernant l’écologie: en 2024, les 100 plus grandes entreprises européennes étaient responsables de 26% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Le droit du travail est aussi en danger, selon le rapport d’Oxfam. Le nombre de personnes au sein des entreprises qui peuvent porter la voix des employés a baissé, passant de 32,4% en moyenne en 2022, à 30,3% en 2024. «Même si cette baisse n’est pas drastique, elle reste inquiétante, indique Sylvie Arnanda, responsable communication de Solidar Suisse. Le pouvoir est entre quelques mains, et les autres travailleurs ont toujours de moins en moins leur mot à dire. C’est pour cela qu’il est important de sensibiliser les employés, afin qu’ils puissent ensuite agir, par exemple via un syndicat.»

Et d’ajouter que des réponses existent, aussi en Suisse. «Les inégalités sont le fruit de choix politiques et économiques. Il faut donc des actions politiques et économiques pour les combattre, à l’image de l’initiative pour des multinationales responsables.» Le texte est actuellement en consultation à Berne.

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