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Les femmes sont prêtes pour 2023!

Les femmes d'Unia derrière une banderole s'opposant à AVS21.
© Mattia Lento

Unies, les femmes d’Unia sont déterminées à se mobiliser.

La 11e Conférence des femmes d’Unia s’est tenue à Bellinzone. Les participantes se sont clairement opposées à AVS 21 et préparent déjà la grande mobilisation du 14 juin 2023

En 2020 déjà, la dernière conférence des femmes d’Unia avait été un succès avec la présence de 120 participantes. Cette année, le record a été surpassé, puisque 160 personnes ont répondu présente à la 11e Conférence des femmes d’Unia qui a eu lieu les 20 et 21 mai à Bellinzone, au Tessin.

L’un des thèmes phares évoqués a été la question des retraites. Sans surprise, les femmes d’Unia se sont fermement opposées au relèvement de l’âge de leur retraite prévu par la réforme AVS 21, au cœur d’une résolution et dans la rue, lors d’une action.

«Avec AVS21, les femmes devraient travailler un an de plus et toucher leurs rentes un an de moins, a souligné Vania Alleva, présidente d’Unia. Et la droite veut passer à la retraite à 67 ans pour tout le monde. AVS 21 est inacceptable!»

Au cours de leurs discussions, les femmes d’Unia ont rapporté que trop souvent, les revenus des travailleuses restent bas toute leur vie à cause d’une activité professionnelle à temps partiel qui leur est imposée. Les raisons? Ce sont les femmes qui s’occupent le plus souvent des enfants et de leurs proches. Les métiers dits féminins sont les plus mal payés. Les femmes ont difficilement accès aux postes les plus prestigieux et, donc, les mieux rémunérés. Les chiffres ne peuvent pas le nier: les femmes gagnent 20% de moins que les hommes encore en 2022, à travail égal. «Les inégalités se perpétuent au-delà de la carrière professionnelle», explique Aude Spang, secrétaire nationale Unia à l’égalité. «Les contributions des femmes au 2e pilier sont moindres et, à l’âge de la retraite, elles touchent un tiers de rente en moins que les hommes. Ce sont donc les salaires trop bas et les rentes des femmes qu'il faut augmenter, pas l'âge de leur retraite!»

Pour les militantes, il est urgent de résoudre les vrais problèmes de la prévoyance vieillesse, à savoir permettre aux retraités et aux retraitées de vivre dignement, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Plutôt qu’AVS 21, la résolution des femmes appelle à voter en faveur de la 13e rente AVS et de l’initiative de la BNS, la seconde proposant une «manière concrète de financer efficacement et équitablement» la première à partir des avoirs populaires de la Banque nationale.

Grève massive en préparation

L’autre grand thème était la grève féministe à venir du 14 juin 2023. «Trois ans après celle de 2019, qui a rassemblé un demi-million de personnes dans la rue, il y a eu une prise de conscience collective mais les discriminations dans le monde du travail et les inégalités salariales sont encore trop nombreuses, regrette Aude Spang. La réforme des retraites AVS 21 est une nouvelle attaque contre leurs droits: c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase!»

Dans leur résolution, les femmes se réjouissent que les questions d’égalité ou encore de violences sexistes soient beaucoup plus présentes dans le débat public, et surtout que les femmes aient pris conscience des oppressions qu’elles subissent, mais elles déchantent aussi. «Force est de constater que, malgré une présence accrue des femmes au Parlement, la plupart des objets visant à réaliser l’égalité ont été rejetés. Et comme s’il se moquait de nous, le Parlement a voté l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes, osant la présenter comme une mesure pour l’égalité. Le Conseil fédéral a présenté une stratégie Egalité 2030 qui ressemble à une coquille vide, proposant des mesures déjà vues, sans ambition, non accompagnées de ressources financières et visant l’horizon 2030, alors que nous avons déjà beaucoup trop attendu.»

Pour toutes ces raisons, elles ont décidé de se mobiliser de nouveau le 14 juin prochain, et encore plus fortement l’année prochaine, dans la rue, sur les lieux de travail, de vie et d’études. «Le 14 juin 2023 sera une date qui marquera de nouveau l’histoire des luttes féministes en Suisse!» assure la syndicaliste.

Et parce que l’égalité est l’affaire de tout le monde, les femmes d’Unia demandent plus de moyens, humains et financiers, pour mener à bien cette lutte, et l’engagement de tous et toutes!

Unies avec les maçons

Enfin, une dernière résolution a été adoptée en solidarité avec les salariés de la construction dans leur lutte pour de meilleures conditions de travail. Pour rappel, la convention du secteur arrivant à échéance à la fin de l’année, les partenaires sociaux ont entamé les négociations. La Conférence des femmes a exprimé son soutien notamment pour mettre fin à la pression sur les délais et donc aux conséquences sur la santé et pour en finir avec les journées de travail à rallonge qui ne permettent pas de concilier vie privée et vie professionnelle. Elle a également appelé à participer à la grande manifestation de la construction du 25 juin qui aura lieu à Zurich.

Femmes d'Unia.
La 11e Conférence des femmes d’Unia a rassemblé 160 participantes. © Mattia Lento

 

Rencontres inspirantes

Outre les trois résolutions adoptées par la 11e Conférence des femmes d’Unia, des ateliers ont été mis sur pied le samedi, en vue de préparer la mobilisation pour la grève féministe de 2023 et d’envisager la concrétisation de la charte des femmes de l’Union syndicale suisse pour un syndicalisme féministe. Nouveauté, les ateliers ont été en partie organisés et animés par les membres, avec ou sans la participation des secrétaires syndicales. Les thèmes étaient les bas salaires et la revalorisation des métiers féminins, le racisme et les discriminations au travail, le dumping salarial et l’exploitation des migrantes et des frontalières, et la féminisation des syndicats.

Le jour d’avant, une table ronde sur les discriminations multiples a réuni des femmes en lutte dans différents secteurs et pays afin qu’elles partagent leurs expériences avec les femmes d’Unia. Il y avait des militantes du collectif tessinois Badanti, des aides familiales qui luttent pour leurs droits malgré des conditions de travail très précaires, des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles à Paris qui ont mené une grève durant de nombreux mois et en sont sorties victorieuses, et enfin des travailleuses frontalières de l’industrie Riri dans le Tessin qui ont mené il y a quelques semaines une grève exemplaire. «Ces cas concrets montrent que les femmes peuvent s’organiser, lutter et gagner! C’est une belle inspiration pour la grève féministe à venir», conclut Aude Spang.

Pour la partie festive de cette rencontre sur deux jours, les participantes ont eu droit à une performance de Drag King, une forme de spectacle issue de la communauté LGBTIQ+ où une femme sur scène, à travers une apparence typiquement masculine, satirise les comportements machistes et joue avec les stéréotypes de genre. Le groupe Verso Sud, d’Italie méridionale, a ensuite pris le relai pour la partie musicale.


Moment de cohésion et de sororité

Femmes d'Unia.

 

En l’absence d'Eleonora Failla, présidente de la Commission femmes, Angelica Sorrentino, vice-présidente de la section Sopraceneri, Unia Tessin et Moesa, a assuré la présidence de la conférence. Retour sur ces deux jours intenses


Comment avez-vous vécu cette conférence?

L’ambiance était formidable! C’est comme si nous avions besoin d’être ensemble, de nous retrouver. Ce n’est pas la première conférence à laquelle je participe, mais j’ai vraiment senti l’union entre nous, comme si nous étions toutes des sœurs. On dit souvent que les femmes entre elles ont du mal à se mettre d’accord, eh bien, c’était tout le contraire: j’ai rarement ressenti une telle cohésion.

Sur la forme, c’était aussi fantastique, car les militantes étaient les protagonistes de cette conférence. Nous avons eu la parole tout du long, nous avons écouté les histoires de chacune, et c’était très satisfaisant. Nous sommes parties motivées comme jamais, déterminées à aller de l’avant!

Qu’avez-vous retenu des ateliers et des discussions?

Les grévistes nous ont livré des témoignages poignants qui montrent que, malheureusement, en 2022, les femmes sont encore maltraitées et insultées sur leur lieu de travail, et c’est inacceptable. Des moments si forts que nous avons vécu leur histoire comme si c’était la nôtre, c’était très émouvant. D’ailleurs, quand elles sont parties, elles ont dit qu’on leur avait redonné de la force pour continuer la lutte.

De la même manière, nos consœurs syndicalistes venues d’Allemagne et d’Autriche nous ont rapporté les problématiques que rencontraient les femmes au travail dans leur pays, et on se rend compte que les problèmes se répètent, ici et ailleurs. Les femmes ne sont pas appréciées à leur juste valeur et, pourtant, leur rôle est crucial dans nos sociétés. Il est urgent que les femmes obtiennent le respect qu’elles méritent!

Pourquoi est-il capital que les femmes se mobilisent?

Le 14 juin 2019, nous avons envoyé un signal très fort, et nous avons été largement soutenues par les hommes. Quelle est la réponse du Conseil fédéral? Une augmentation de l’âge de la retraite des femmes alors qu’elles sont toujours sous-payées et ont des rentes de misère. Rien n’a changé! AVS 21 est une réforme alibi, mais tout le monde sait que la Suisse a les ressources suffisantes pour financer les retraites, c’est juste une question de volonté politique.

Pour les femmes d’Unia, passer le relai aux jeunes sur le marché du travail et corriger les inégalités salariales seraient déjà un pas vers l’augmentation des cotisations AVS.

Nous avons pris la décision de faire une grande grève en 2023, mais notre message est clair: la mobilisation ne commence pas, et ne se termine pas, le 14 juin: nous devons agir dès maintenant pour enfin changer les choses.

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