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Le grand couac du SECO secoue la caisse de chômage d’Unia

Caisse de chômage
©Archives/Neil Labrador

A ce jour, Unia dit avoir versé près de 90 millions de francs d’indemnités depuis le 6 janvier. Cela a touché 28 000 personnes, ce qui représente 96% des paiements habituels effectués sur la même période.

Alors que l’introduction d’un nouveau logiciel provoque une gabegie à l’échelle nationale, le syndicat a lui aussi été touché. Mais il a trouvé quelques parades.

Ces dernières semaines, il ne fait pas bon d’être un chômeur en Suisse. L’introduction par le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) d’un nouveau système informatique (Sipac 2.0) destiné au traitement des dossiers des demandeurs d’emploi, a provoqué en ce début d’année de graves dysfonctionnements informatiques à l’échelle nationale. Ces secousses sont encore loin d’être entièrement absorbées. Ainsi, des milliers de chômeuses et de chômeurs se plaignent de n’avoir pas perçu leurs indemnités pour les mois de décembre et de janvier. Et si on s’en tient aux témoignages relayés par les médias, nombreux sont ceux qui n’ont pas été en mesure de payer les factures habituelles comme le loyer ou l’assurance maladie. Les frais de rappel se cumulent ainsi pour ces personnes sans que les autorités fédérales, fautives sur ce dossier, s’engagent dans la prise en charge des coûts supplémentaires. Dans leurs communications, les représentants du SECO affirment qu’à l’interne, tout est fait pour trouver des solutions rapides aux problèmes. Ces derniers seraient dus à la complexité de l’environnement informatique et à la présence de plusieurs interfaces s’accordant plutôt avec d’autres systèmes d’exploitation. 

 

Souplesse demandée aux créanciers

Le chaos actuel touche tout particulièrement les caisses cantonales. Le cas genevois, notamment, a fait beaucoup de bruit, avec un nombre conséquent de chômeurs mis en difficulté par les pannes. Tant et si bien que la cheffe du Département de l’économie, de l’énergie et de l’emploi, Delphine Bachmann, a tiré de manière énergique la sonnette d’alarme, tout en demandant aux créanciers de faire preuve de souplesse auprès des chômeurs en retard avec leurs paiements. Mais qu’en est-il d’Unia, dont la caisse de chômage est la plus importante du pays en dehors des prestataires cantonaux? Le syndicat n’a pas échappé aux secousses et a connu lui aussi des retards dans le traitement des dossiers, mais il a trouvé quelques parades qui en ont diminué l’impact. A ce jour, Unia dit avoir versé près de 90 millions de francs d’indemnités depuis le 6 janvier. Cela a touché 28 000 personnes, ce qui représente 96% des paiements habituels effectués sur la même période. Cette évaluation, établie par le SECO, est estimée à 92% pour toutes les caisses nationales. 

Directeur de la caisse de chômage chez Unia et membre du comité directeur, Timur Öztürk considère que le logiciel au cœur des polémiques garde malgré tout des avantages certains: «Il est bien évidemment différent et, en principe, meilleur que l’ancien. De notre côté, nous n’avons pas rencontré de réels problèmes dans son utilisation, bien qu’il y ait encore des aspects à corriger, ce qui est normal lorsqu’on introduit un nouveau système aussi complexe. Sipac 2.0 offre des automatismes qui vont beaucoup aider les collaborateurs. Les problèmes actuels sont plutôt liés à la performance de la gestion des entrées, à tout ce qui touche aux documents que l’assureur scanne ou transmet d’une autre façon sur la plateforme Job-Room. Celle-ci, qui permet de télécharger toute sorte de documents et de remplir des formulaires électroniquement, a été bloquée pendant plusieurs jours à la fin du mois de janvier. Or, cet outil est très important dans la fluidité des processus entre les assurés et les caisses de chômage.» 

 

Nouveaux venus, mal lotis

De ce fait, Unia s’est engagé à avancer les montants dus aux chômeurs dans les cas où ceux-ci seraient pénalisés par les défaillances du logiciel. Mais le directeur assure que, depuis l’introduction du nouveau système, les indemnités ordinaires ont été versées en très large partie et les avances effectuées ont été très minimes. «Le problème ne se situe pas là, mais plutôt auprès des nouvelles inscriptions au chômage. Pour les assurés qui sont arrivés en décembre ou en janvier et, pour certains cas, en novembre, il y a eu des retards importants. La raison est simple: étant confrontées aux problèmes provoqués par le logiciel, toutes les caisses se sont concentrées sur les paiements déjà existants et elles ont pris du retard sur les nouveaux arrivés. Donc, les assurés qui n’ont pas reçu d’argent sont en réalité issus de cette catégorie.»

La réforme voulue par le SECO a fait l’objet d’un long processus d’élaboration, qui a duré une dizaine d’années. En 2023, elle a été introduite dans le secteur des RHT, mais également dans le cadre des réductions du temps de travail provoquées par des intempéries. Une année plus tard, elle a été étendue dans le domaine de l’insolvabilité. Lors de ces premiers pas, le système avait déjà montré des failles préoccupantes et de premières alertes avaient été alors lancées. De son côté, Unia a pris les devants en tenant compte du changement radical des processus qu’imposait le nouveau logiciel. «Nous avons engagé du personnel, nous l’avons formé et préparé au changement, note Timur Öztürk. De nombreux collègues ont intégré par ailleurs le projet du SECO et cela nous a donné un savoir-faire qui s’est révélé crucial. D’autres collaborateurs, encore plus nombreux, ont travaillé plusieurs samedis de suite et vont continuer à le faire en février pour gérer au mieux cette période de basculement. Mais il est aussi évident que, face à une panne comme celle que nous connaissons actuellement, on ne peut pas grand-chose, toutes les précautions et les mesures prises tombent à l’eau.»

Le directeur, qui évolue à la caisse d’Unia depuis plus de trente ans, se veut néanmoins optimiste. Depuis quelques jours, le système a trouvé une certaine stabilité partout en Suisse. Les équipes soufflent un peu et les chômeurs aussi. «Il faut vraiment espérer que cela tienne», conclut Timur Öztürk. 

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