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L’amiante, principale cause des décès d’origine professionnelle

Intervention d'Unia sur un chantiers de rénovation.
© Thierry Porchet

Avec les travaux de rénovation des bâtiments, le nombre de salariés exposés à l’amiante va croître de 4% en Europe, indique la CES. A Genève, en 2020, Unia était intervenu sur le chantier de rénovation d’une école où la substance cancérigène était présente. De nombreux ouvriers y travaillaient sans protection.

Sur le Vieux-Continent, quelque 90000 personnes meurent chaque année d’un cancer lié à l’amiante, alerte la Confédération européenne des syndicats réclamant des mesures strictes

«Durant trop longtemps, des travailleurs ont payé de leur vie l’absence de normes de sécurité adéquates. Nous savons aujourd’hui que l’amiante est la menace la plus meurtrière sur le lieu de travail. Il n’y a aucune place pour les demi-mesures», a déclaré Claes-Mikael Stahl, secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats (CES). Le responsable syndical s’exprimait par voie de communiqué de presse à l’occasion de la Journée internationale de commémoration des travailleurs morts ou blessés au travail, le 28 avril dernier. Son intervention était aussi directement liée au fait que l’UE examine actuellement la limite d’exposition à la fibre meurtrière. «La Commission et le Conseil européen veulent la maintenir à un niveau dangereusement élevé afin de réduire les coûts pour les entreprises, soit 10000 fibres par m3», dénonce la CES, notant que cette valeur limite est la même, voire plus haute, que celle appliquée en Allemagne, au Danemark, en France et aux Pays-Bas, «n’améliorant en rien la situation d’un tiers de la population de l’Union européenne». La faîtière syndicale souligne que la Commission internationale de la santé au travail, soutenue par le Parlement européen, plaide elle pour un ratio maximal de 1000 fibres par m3, soit dix fois moins.

«Arrêtons cette pandémie»

«Cela réduirait de 884 à 26 le nombre de décès dus à un cancer lié à l’amiante au cours des quarante prochaines années», ajoute la CES, se référant à une étude de la Commission européenne. Une réduction pour le moins impérative. Selon la faîtière syndicale, 90000 personnes meurent chaque année sur le Vieux-Continent d’un cancer lié à l’amiante, constituant la cause principale des décès d’origine professionnelle; 4 à 7 millions de salariés sont en outre exposés à la substance cancérigène – un nombre qui croîtra encore de 4% au cours de la prochaine décennie en raison de la rénovation des bâtiments prévue dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe. «Cette rénovation bien nécessaire conduira à une augmentation du nombre de travailleurs exposés à l’amiante. Les leaders européens ont donc la responsabilité morale de leur assurer les conditions de travail les plus sûres possibles», a noté encore Claes-Mikael Stahl. Même réaction de Tom Deleu, secrétaire général de la Fédération européenne des travailleurs du bâtiment: «Arrêtons cette pandémie. La vague de rénovations est essentielle, mais elle doit être organisée de manière sûre pour les travailleurs. Nous devons abaisser le niveau d’exposition, nous devons former ces travailleurs et les protéger.» Pour illustrer les conséquences d’une mesure sacrifiant la sécurité des salariés sur l’autel des profits, les syndicats ont publié une série de témoignages de personnes dont la vie a été brisée par la maladie à la suite d’un contact avec l’amiante dans le cadre professionnel. En voici deux d’entre eux à titre d’exemple.

Témoignages

Propos recueillis par la CES

Isidoro Aparicio, victime

«J’ai une série de cicatrices aux poumons. Tous les six mois, je suis examiné à l’hôpital. On ne m’a jamais informé des risques que présentait mon travail. J’ai commencé à travailler dans le métro de Madrid dans les années 1960, tout d’abord comme conducteur et, après avoir réussi un concours public, dans les ateliers du département pneumatiques. J’étais technicien et j’avais un assistant. Nous réparions les systèmes d’ouverture des portes qui fonctionnaient au moyen de courroies en amiante. Pour faire en sorte que l’amiante adhère un peu mieux, nous le mettions en bouche. Une véritable horreur. Toutes ces informations sont restées cachées. Ce qui me met le plus en colère, c’est que l’on ne m’a jamais rien dit, que les personnes qui en sont responsables s’en sortent indemnes et qu’aucune d’entre elles n’a jamais rien voulu savoir à ce sujet. Le personnel médical du métro devait pourtant être aussi au courant. J’ai subi une opération et de nombreux tests ont été faits. Lorsque je suis allé prendre connaissance des résultats, l’oncologue m’a dit que mes poumons étaient atteints. Depuis lors, je suis étroitement suivi. Je remercie les syndicats, leurs avocats, le bureau du procureur et l’inspecteur du travail pour leur aide.

Je suis de plus en plus fatigué. J’aimais faire des randonnées en montagne, mais j’en suis incapable aujourd’hui parce que cela m’épuise. C’est comme une épée de Damoclès. A tout moment, ce qui me ronge de l’intérieur pourrait s’éveiller et je pourrais en mourir. Je souhaiterais aussi que ce genre de situation ne se présente plus jamais. Les politiciens devraient s’excuser, ils n’ont jamais exprimé de regrets pour ce qui nous est arrivé.»


Maria Jesús et Yolanda Masa García, famille de victimes

«Notre père est mort en 1997, à l’âge de 66 ans, d’un mésothéliome pleural, une maladie sans possibilité de traitement et terriblement pénible pour toute la famille. Elle finit par vous étouffer. Lorsque les symptômes ont empiré, les médecins nous ont parlé des liens possibles entre son travail et les membres de la famille proche. Lorsque notre père est mort, ma sœur avait 26 ans, j’en avais 32. Notre mère, Matilde Garcia Lopez, femme au foyer, avait 65 ans lorsqu’elle est devenue veuve.

Nous recevions périodiquement des nouvelles d’anciens collègues de notre père, décédés durant ce temps. En janvier 2003, notre mère a commencé à souffrir de maux de dos qui se sont progressivement aggravés. Nous pensions que cela était dû à des douleurs musculaires ou à une mauvaise posture. Mais les douleurs ont encore augmenté. Après plusieurs examens médicaux à l’hôpital universitaire de Palencia et à celui de Valdecilla, la confirmation est tombée lors d’une visite à la clinique universitaire de Navarre: notre mère a été diagnostiquée comme souffrant d’un mésothéliome pleural en mai de la même année. Ce type de cancer est spécifique d’un contact direct avec l’amiante, notamment avec les vêtements de travail contaminés. Elle est décédée le 24 septembre 2003. Depuis lors, notre famille reste en état d’alerte face à ce terrible fléau qu’est l’amiante.»

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