En Valais, on renforce la protection contre la canicule sur les chantiers
En 2027, une puce électronique rendra plus efficace le relevé des données climatiques et des valeurs corporelles des ouvriers.
Une enquête d’Unia menée sur 41 chantiers du canton révèle de graves manquements dans l’application des normes existantes. Tout va changer dès 2027.
On ne pourrait mieux mesurer, à l’échelle nationale, les conséquences du dérèglement climatique qui frappe la planète qu’en se rendant sur les chantiers du pays. Les vagues successives de canicule – série en cours – continuent de mettre à rude épreuve des milliers d’ouvriers, confrontés à des conditions de travail intenables. Ce constat est corroboré ces jours-ci par une enquête menée par Unia Valais. Le syndicat a effectué des contrôles sur quarante et un chantiers de la plaine du Rhône, de Collombey-Muraz à Brigue, afin d’évaluer le respect par les entreprises des mesures destinées à protéger les salariés en période de fortes chaleurs. Les résultats sont préoccupants. En tenant compte des quatre niveaux d’alerte fixés par l’État, chacun impliquant des mesures graduelles, 88 % des entités contrôlées ne respectent pas les dispositifs en vigueur.
Taux de conformité nul
Le bilan est d’autant plus inquiétant qu’un protocole existe déjà en Valais pour surveiller la situation et répondre de manière adéquate aux épisodes de fortes chaleurs. C’est ce que rappelle Serge Aymon, secrétaire syndical d’Unia Valais et responsable du secteur de la construction et de l’artisanat: «Sur le territoire concerné, un réseau de vingt-sept sondes WBGT permet de mesurer la température, le rayonnement solaire, l’humidité et le vent. Parallèlement, les autorités cantonales ont édicté des directives et défini quatre niveaux d’alerte qui rendent obligatoires différentes mesures sur les chantiers. Enfin, en 2025, cent bracelets capables de mesurer la température corporelle des ouvriers et de déclencher une alerte en cas de dépassement des seuils autorisés ont été distribués.»
Les contrôles réalisés en 2026, qui ont concerné le gros œuvre, le génie civil, mais aussi les entreprises de paysagisme ainsi que les professionnels de la couverture et de la charpente, montrent une bonne application des mesures correspondant aux deux premiers niveaux d’alerte. En revanche, au troisième niveau – qui prévoit une surveillance accrue de l’état de santé des travailleurs, un aménagement des horaires, une adaptation du rythme de travail, des pauses supplémentaires et régulières, le suivi des travailleurs isolés ainsi que la mise à disposition d’équipements de protection individuelle (EPI) –, 20 % des entreprises ne respectaient pas les exigences. Au quatrième niveau d’alerte, le taux de conformité est tombé à zéro. Aucune des entreprises contrôlées ne limitait les efforts physiques des ouvriers, ne surveillait les troubles liés aux fortes chaleurs ni ne faisait appel à un médecin du travail pour évaluer les conditions de travail et la mise en œuvre des mesures préconisées.
Fixer des sanctions
Ce constat a conduit Unia à transmettre son rapport à l’Association valaisanne des entrepreneurs (AVE). «À notre surprise, ses représentants n’ont contesté ni les résultats ni la méthodologie de l’enquête. Au contraire, lors d’une réunion qui s’est tenue le 31 juillet, nous sommes parvenus à définir sept nouvelles mesures, dont l’entrée en vigueur est prévue en 2027.» La plus significative concerne l’introduction d’une puce électronique développée par la HES-SO Valais, destinée à améliorer le suivi des données climatiques et des paramètres physiologiques des ouvriers. Fixée sur les vêtements, elle émettra un signal sonore et des vibrations dès qu’un seuil critique sera dépassé. Le travailleur devra alors interrompre son activité, se mettre à l’ombre et s’hydrater. Dès 2027, des inspecteurs assermentés effectueront également des contrôles sous l’autorité des commissions paritaires, dans le cadre de l’Association pour le renforcement des contrôles sur les chantiers de construction (ARCC).
L’urgence climatique entraîne ainsi des avancées notables en matière de sécurité sur les chantiers. «Depuis 2020, nous recevons des signaux d’alerte en provenance des chantiers, où les ouvriers dénoncent des conditions de travail de plus en plus difficiles durant l’été», souligne Serge Aymon. La prochaine étape consistera à instaurer un régime de sanctions à l’encontre des entreprises de construction qui ne respecteraient pas les prescriptions en vigueur. À ce jour, aucun dispositif légal ne prévoit encore de telles sanctions dans ce domaine.