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Au chevet des oiseaux en détresse

oiseau
© Thierry Porchet

En 2022, le centre de soins pour oiseaux sauvages de Cormoret a accueilli 110 pensionnaires. 80 d’entre eux ont pu (re)prendre leur envol.

Véritable mère poule, Dominique Eggler prend sous son aile tous les volatiles indigènes blessés ou tombés du nid qu’on lui apporte. A l’enseigne de Cormoiseaux, son association basée dans le Jura bernois, elle les soigne et les remplume pour pouvoir ensuite les relâcher

Situé à mi-chemin entre Bienne et La Chaux-de-Fonds, Cormoret – le plus petit village du vallon de Saint-Imier – compte une drôle d’oiselle parmi ses quelque 500 administrés: Dominique Eggler, une femme vivant de sa plume qui investit tout son temps et une partie de son argent pour permettre à des volatiles en détresse – oiseaux blessés et oisillons tombés du nid – de (re)prendre leur envol.

Cette sexagénaire habite dans une jolie maison blanche aux volets bleus. Pour y accéder, il faut traverser son jardin, une véritable jungle au caractère sauvage. Un peu, beaucoup à son image. «Ce lieu abrite plein de bestioles: des orvets, des crapauds, des hérissons... J’ai également des fouines et des renards de passage. Et il y a même une hermine qui s’est installée ici durant l’hiver», se réjouit la maîtresse de ce petit Eden.

Deux volières émergent de cette végétation belle et luxuriante. A l’intérieur de la première, des corneilles en convalescence. Dans la seconde, de jeunes passereaux qui piaffent d’impatience à l’idée d’effectuer leur baptême de l’air. «Je leur rendrai la liberté dès qu’ils arriveront à se nourrir seuls.» Il y a aussi trois pensionnaires à demeure: un canard et deux pigeons, qui sont trop vieux et trop cassés pour espérer voler de nouveau de leurs propres ailes.

L’heure de la becquée

Cette maman de deux grands enfants, qui ont quitté le nid, nous invite à entrer dans son humble demeure. Sous les toits, deux pièces réservées à des patients en voie de rétablissement. Une pie y séjourne actuellement. «Elle est farouche et doit le rester, car mon but c’est de la relâcher comme tous les autres oiseaux indigènes que je soigne et remets sur patte.» Pas question qu’ils restent, même si certains – comme cette mésange qui a squatté quelque temps l’une de ses plantes vertes – peinent à quitter cet endroit douillet qui offre gîte et couvert.

Des oisillons se mettent à piailler dès qu’on pénètre dans le bureau, là où Dominique Eggler travaille entre deux becquées. «C’est la nurserie», précise cette dernière, en pointant du doigt une table sur laquelle trônent quelques pots et corbeilles. Elle soulève le linge qui recouvre le récipient le plus proche. De minuscules têtes apparaissent. Avec les yeux fermés, mais des becs grands ouverts. Encore des mésanges, des bleues et des charbonnières. A côté, gazouillent trois autres orphelins: un moineau et deux merles. Un jeune faucon crécerelle les rejoindra bientôt.

Tout ce petit monde a grand-faim. Avec des brucelles, leur nourrice saisit délicatement des vers de farine qu’elle trempe dans l’eau avant de les leur faire avaler. La nichée finit par se calmer. A l’exception d’un volatile miniature qui continue à pépier. «Il me prend pour sa mère.» Notre hôte rigole, tout en couvant du regard ce caneton qui barbote dans une piscine en forme de tortue. «C’est le responsable des gardes-faune qui me l’a confié.» Son travail est reconnu officiellement.

De père en fille

Cette journaliste et communicante a même fondé une association baptisée Cormoiseaux pour financer et pérenniser son action. Parce qu’elle perd encore pas mal de plumes avec son centre de soins pour oiseaux. L’an passé, par exemple, elle a mis la bagatelle de trois à quatre mille francs de sa poche. «J’espère que les cotisations et les dons couvriront tous les frais à terme.» En attendant, elle a cultivé et vendu ce printemps des plantons au profit de son organisation.

Nous quittons le bureau-nurserie pour aller boire un sirop à la salle à manger. Le palmipède de poche suit Dominique Eggler comme son ombre. «Dès que je m’éloigne, il chouine. Enfin, plutôt elle, puisque je l’ai appelée Daisy.». Elle doit même prendre cette minicane avec elle lorsqu’elle fait des courses ou va au resto. «Avec tous ces oiseaux, surtout avec les tout-petits, impossible de prendre des vacances, ni même de m’éloigner de la maison plus de deux heures d’affilée.» S’occuper d’une nichée est un boulot à plein temps, qui l’a contrainte à zapper une fois de plus la grève des femmes ce 14 juin dernier...

Mais d’où lui vient cet amour inconditionnel pour la gent ailée? De son papa sans doute, un ornithologue averti qui a non seulement posé des milliers de nichoirs à hirondelles et à martinets, mais qui volait également au secours des passereaux, corvidés et autres rapaces en perdition. «Il m’a sensibilisée à cette cause, c’est vrai.» Et comme dans toute passion, il y a aussi de l’irrationnel dans l’air: «S’il y a moyen de sauver un oiseau, je ne peux pas m’empêcher de le faire, c’est plus fort que moi!»

L’amour du vivant

L’an passé, la cheville ouvrière de Cormoiseaux a accueilli 110 pensionnaires dans son dispensaire de Cormoret. Près de 80 ont été remis en liberté avec succès. Les autres ont dû être euthanasiés. «Même si c’est pour abréger leurs souffrances, ça reste un crève-cœur», note-t-elle. Taux de réussite: 71%! Une énorme source de satisfaction pour cette bénévole. «Lâcher des oiseaux en pleine forme après avoir reçu des poussins malingres ou des individus blessés, c’est super gratifiant! A chaque fois, je suis comme une gamine, je suis tellement contente que j’ai envie de sauter de joie.»

Au moment de prendre congé, un moineau adulte, qui avait atterri chez elle à la suite d’une violente collision avec une fenêtre, quitte les lieux à tire-d’aile. Sans demander son reste. Le visage de Dominique Eggler s’illumine. «C’est ça mon bonheur, mon moteur, ma motivation.» C’est ça aussi sa contribution à la protection de la nature, à la sauvegarde de la biodiversité. «Comme mon père, j’aime tout ce qui vit», conclut-elle avec un immense sourire. K

Infos et contact sur: Association Cormoiseaux, station de soins à Cormoret, cormoiseaux [at] gmail.com (cormoiseaux[at]gmail[dot]com), 079 174 97 07.

 

Premiers secours

Que faire si l’on trouve un oisillon? D’après la Station ornithologique suisse et l’association BirdLife Suisse, «on ne doit intervenir que lorsqu’on est sûr que l’oiseau est en danger ou abandonné». Pour cela, il faut l’observer à distance pendant une heure pour voir si ses parents se manifestent. Si ce n’est pas le cas, on cherche à localiser le nid pour y remettre l’oisillon. Sans prendre de risques inutiles évidemment.

Enfin, au cas où toutes ces options venaient à échouer, on est en droit de le prendre en charge comme on le ferait avec un volatile blessé ou malade. C’est-à-dire qu’on l’installe dans un contenant si possible sombre (l’obscurité sert à le calmer) et tapissé de papier ménage. Et on contacte la station de soins la plus proche. On peut obtenir les adresses de celles-ci soit en téléphonant à la Station ornithologique suisse (041 462 97 00), soit en visitant le site birdlife.ch.

 

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