Unia Transjurane dénonce les méthodes de recrutement d’une société régionale

L'entreprise Sonceboz Microtechnique Boncourt SA
© Pierre Noverraz / Archives

Mode de recrutement de Sonceboz inacceptable. Les dispositions de la CCT s’appliquent à tous les travailleurs qu’ils soient résidents ou frontaliers, a rappelé Unia.

Sonceboz Microtechnique publie des offres d’emploi en France en proposant des salaires en euros et sur douze mois au lieu des treize prévus par la CCT

Publiées début mars dans un quotidien français, des offres d’emploi de l’entreprise Sonceboz Microtechnique Boncourt SA ont fait quelque peu le buzz sur les réseaux sociaux jurassiens. Pour son usine de Boncourt, à deux pas de la frontière, la société recrutait différents collaborateurs pour un salaire indiqué en euros et variant, suivant la fonction, de 3200 à 4800 euros nets mensuels versés douze fois par an. Or, Sonceboz est signataire de la Convention collective de travail (CCT) de l’industrie horlogère et microtechnique, qui garantit le paiement d’un treizième salaire…

«Des personnes proches de l’extrême droite en ont profité pour faire leurs choux gras et critiquer les travailleurs frontaliers. Vu la proportion que ça prenait, nous avons dû réagir», explique Patrick Cerf, responsable du secteur industrie d’Unia Transjurane.

Le syndicat a alors publié un communiqué pour dénoncer des «méthodes de recrutement du personnel inacceptables». «Les salaires mentionnés dans l’annonce sont sujets à interprétation dans la mesure où ils sont affichés nets, en euros et que les primes d’équipes sont comprises dans le montant indiqué. Mais ce que nous trouvons scandaleux, c’est qu’il est fait état de douze salaires, ce qui est en violation pure et simple de la CCT», s’indigne le secrétaire syndical. «Les dispositions de la CCT s’appliquent à tous les travailleurs qu’ils soient résidents ou frontaliers», rappelle-t-il.

Regrettable erreur?

Dans un communiqué envoyé à la presse régionale, Sonceboz se défend en affirmant respecter «en tous points les éléments» de la CCT: «Les contrats de travail de l’ensemble des collaborateurs sont établis en francs suisses, les salaires et prestations afférentes (y compris la participation à l’assurance maladie et le 13e mois) sont décomptés en francs suisses» et ne sont payés en euros que sur «demande des employés frontaliers» et versés «au cours du jour». Ce ne serait donc qu’une regrettable erreur.

L’entreprise affirme en outre qu’elle «annonce ses postes à repourvoir en premier lieu à l’Office du travail, à la presse régionale et sur les sites internet». Et, seulement quand elle ne trouve pas le personnel nécessaire, elle «élargit son champ de recrutement». Pourtant, selon le chef du Service de l’économie et de l’emploi, Claude-Henri Schaller, interrogé par Le Quotidien Jurassien, il n’y a eu aucune démarche de Sonceboz en ce sens auprès de l’Office régional de placement, et ce alors que l’Etat a présenté l’année dernière à trois reprises à la société les possibilités d’aides à l’engagement. «Il y a des gens à l’aide sociale ou au chômage qui ne demandent qu’à pouvoir retravailler, qui sont aptes au placement et disponibles du jour au lendemain», a assuré au journal jurassien le haut fonctionnaire «profondément irrité». «Ça nous fait plaisir que le canton réagisse, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons que nous», commente Patrick Cerf.

Unia a informé la Convention patronale de l’industrie horlogère, à laquelle est affiliée Sonceboz, afin qu’elle intervienne auprès de la société.

En attendant, le secrétaire syndical juge cette affaire comme «un cas d’école»: «Dans le contexte des négociations sur l’accord institutionnel avec l’Union européenne, on saisit l’importance des conventions collectives. Sans CCT, c’est la porte ouverte à tous les abus.»