Unia s’insurge contre les «retraites anticipées» de Nestlé
Une quinzaine de personnes travaillait sur la ligne de production Special T, située sur le site Nestlé d’Orbe.
La fermeture de la ligne Special T a entraîné le licenciement de huit salariés, dont sept de plus de 58 ans. La proposition faite par l’entreprise ne leur permettra pas de partir sereinement à la retraite, dénonce le syndicat.
Leur fin de carrière aura un goût résolument amer. Nestlé a annoncé le licenciement de huit travailleurs et travailleuses, sacrifiés à la suite de l’arrêt de la ligne de production de la gamme Special.T, sa marque de thé en capsules fabriqué à Orbe, dans le Nord vaudois. Parmi eux, sept ont plus de 58 ans, un âge où il est plus difficile de retrouver un emploi, surtout que plusieurs d’entre eux ont travaillé plus de vingt ans pour le géant de l’agroalimentaire. C’est donc très logiquement que les salariés touchés avaient accueilli avec soulagement la proposition de retraite anticipée avancée par Nestlé pour compenser cette mise sur le carreau en fin de carrière.
Mais le diable se cache dans les détails. Munis de la proposition de Nestlé, plusieurs travailleurs ont demandé conseil à Unia Vaud. «Ils voulaient savoir si cet arrangement leur permettrait vraiment de partir à la retraite, explique Nicole Vassalli, responsable du secteur Industrie à Unia Vaud. Nous aurions été ravis si ça avait été le cas, car cela aurait signifié que l’entreprise a à cœur d’accompagner ses employés licenciés. Une majorité d’entre eux auraient été très satisfaits.» Mais les conclusions du syndicat sont claires: «En réalité, il ne s’agit pas d’une retraite anticipée, contrairement à ce qui a été annoncé aux salariés, assène la syndicaliste. Du moins, pas d’une retraite anticipée qui leur permette de vivre sereinement. A nos yeux, une préretraite implique un pont AVS jusqu'à l'âge ordinaire de la retraite, ainsi qu’une compensation des cotisations LPP, afin que le travailleur n'ait pas une perte importante à ce niveau et puisse toucher à 65 ans une rente semblable à celle qu’il aurait eue s’il avait été salarié jusqu’à l’âge de la retraite. Or, dans ce cas, il s’agit d’une simple indemnité de départ, insuffisante pour compenser les énormes trous qui se formeront dans leur caisse de pension.»
Une rente atrophiée
Une situation d’autant plus problématique que c’est précisément en fin de carrière que les travailleurs cotisent le plus. Après avoir analysé l'impact de cette «retraite anticipée» sur leurs rentes, une partie des salariés touchés a décidé de s’inscrire au chômage… ce qui montre bien que la solution proposée par le groupe – qui a enregistré un bénéfice net de 9 milliards de francs en 2025 – n’est pas une vraie préretraite. Mais alors combien les travailleurs perdraient en partant réellement à la retraite avec la proposition de Nestlé? «C’est difficile à dire, car cela dépend de la situation personnelle de chaque salarié touché et des possibles lacunes de prévoyance, indique Nicole Vassalli. Mais on peut dire que les pertes sont importantes, de l’ordre de plusieurs centaines de francs par mois sur leur rente. Ils sont déçus du traitement qu’ils reçoivent, alors que, pour certains, ils ont voué une grande partie de leur carrière à Nestlé. Ce ne devrait pas être aux salariés de payer l’addition lorsque les décisions de la direction de Nestlé se soldent par un échec.»
Le syndicat a été mandaté pour négocier une meilleure offre pour les employés licenciés. «Mais la direction a fait preuve d’une fermeture totale, se désole la secrétaire syndicale. Ils nous ont dit qu’ils ne proposeraient rien de plus.» Face à ce constat, Unia Vaud a tenu à faire savoir aux autres travailleurs le sort qui était réservé à ceux qui ne seront plus leurs collègues à partir du 1er janvier 2027. «Nous avons organisé un tractage à la sortie du site et les autres employés pensaient que les licenciés bénéficiaient d’une vraie préretraite. Ils étaient heureux de pouvoir en discuter avec nous. Certains nous ont confié que le Nestlé d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a une dizaine d’années, c’est-à-dire un employeur qui met le salarié en haut de ses priorités. La réputation du groupe, en Suisse comme dans le monde, s’effrite.»