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«Unia nous donne une assise et une crédibilité»

Portrait Mary-Laure Raboud
© Thierry Porchet

Mary-Laure Raboud se réjouit des nouvelles perspectives qui attendent la branche, et a bon espoir que ses revendications aboutissent.

Assistante en pharmacie depuis presque vingt ans, Mary-Laure Raboud se bat au sein du comité vaudois d’Unia pour que la profession soit mieux encadrée et revalorisée. Rencontre.

Rendez-vous est pris avec Mary-Laure Raboud au Cep d’or, un café sur la place du Marché, à Vevey. Hasard de la vie, il se situe juste à côté de la Pharmacie du Marché, là où cette assistante en pharmacie a fait son apprentissage. Elle avait alors 20 ans et sortait d’une maturité gymnasiale. «Je voulais être assistante sociale ou psychologue, mais j’étais aussi passionnée par mes cours d’anatomie et le fait de soigner le corps en plus de l’esprit. Voilà pourquoi j’ai changé de voie.»

Vingt ans plus tard, et après avoir vécu des expériences professionnelles très différentes, Mary-Laure Raboud aime toujours autant son métier. «C’est très varié, on ne sait jamais ce qui nous attend. On a affaire à tous les pans de la société et, notamment, toute une population invisibilisée. C’est un mélange de commerce, de santé et de social: on prend le temps d’écouter et de comprendre les besoins de nos clients.» Maman d’une petite fille depuis huit ans, elle travaille aujourd’hui à Vevey à mi-temps dans une pharmacie indépendante au sein d’une équipe jeune et dynamique. A côté de cela, elle est élue au Conseil communal de Corseaux mais aussi présidente de l’ensemble choral Voix de Lausanne.

Une vie bien remplie, et pourtant, depuis quelques années, Mary-Laure Raboud fait de la place pour son engagement syndical auprès d’Unia dans le comité vaudois des assistantes en pharmacie. «C’est une ancienne collègue qui m’a conviée à une réunion après la pandémie de Covid-19. J’ai pris le train en route. On a lancé plusieurs sondages, une pétition et organisé une table ronde à laquelle on a convié politiques, employeurs et décideurs de la branche. C’était très constructif.» Si sa famille est très politisée, se syndiquer était une première pour Mary-Laure Raboud. «Je l’ai fait, car c’est la cause collective qui m’anime. J’aime les challenges et toute ma démarche dans le comité consiste à fédérer et à faire dialoguer.»

Des salaires trop bas
Ce qui pèche dans le secteur? Le manque d’encadrement et de valorisation. «On se bat pour négocier une convention collective de travail (CCT) qui poserait un cadre afin d’éviter les abus. Par ailleurs, les salaires sont très inégaux et certaines collègues peuvent stagner à 4000 francs toute leur carrière, ce qui est indécent et dérisoire. On revendique au moins 4300 francs sur 13 mois en sortie d’apprentissage ainsi qu’une grille salariale évolutive.» La question de la formation aussi est centrale, à l’heure où les pharmacies sont en passe de prendre un virage important, avec plus de responsabilités, devenant un vrai premier point d’accès au système de santé. «Nous avons besoin de perspectives et d’une vraie volonté de former les équipes pour pallier le manque d’évolution. Aujourd’hui, la formation ressemble davantage à du placement de produits qu’à l’enseignement de compétences de base.»

«Les salaires sont très inégaux et certaines collègues peuvent stagner à 4000 francs toute leur carrière, ce qui est indécent et dérisoire»
Mary-Laure Raboud, assistante en pharmacie

Les choses bougent, doucement mais sûrement. Un groupe de travail a été créé au niveau national. Il est composé de représentants des employeurs et des travailleurs. Sa première séance s’est tenue en juillet. L’objectif: proposer une ébauche de CCT nationale. «Du côté syndical, on grossit gentiment les rangs mais ça reste compliqué de fédérer. Les résultats de nos démarches pourraient être encore plus concrets. Les sondages montrent d’ailleurs qu’il y a une volonté que la branche évolue, mais il faut être patient et persévérant», note Mary-Laure Raboud. Il reste aussi à convaincre les employeurs. «Lors de notre table ronde, la présidente de PharmaSuisse n’avait pas conscience de la précarité de certaines assistantes. Il n’est pas acceptable de devoir avoir recours aux aides sociales pour boucler les fins de mois. On ne vend pas des bonbons mais des médicaments! Nos métiers sont essentiels.»

Manque de personnel
Avec Unia, c’est un échange de bons procédés. «On se complète. Le syndicat connaît le droit du travail, il sait ce qu’on peut demander ou pas. Nous, on a l’énergie et la connaissance du secteur. On trouve ensemble des actions pour visibiliser notre cause. Unia nous donne aussi une assise et une crédibilité.» 

L’urgence d’agir est réelle, car le recrutement est de plus en plus problématique, chez les pharmaciens comme chez les assistantes. «Ils travaillent quelques années, puis ils arrêtent, car c’est mal payé et les horaires sont de plus en plus étendus. Ils s’épuisent. Beaucoup se reconvertissent dans les assurances.»

Malgré tout, Mary-Laure Raboud reste positive. «J’ai très bon espoir que nos combats aboutissent. Et les nouvelles perspectives qui attendent la branche, avec le remboursement de nos gestes à partir de 2027, comme la vaccination, sont réjouissantes.» Ce qu’elle dirait à un ou une jeune qui veut se lancer dans ce métier? «Si tu aimes les gens et que tu veux prendre soin d’eux, alors fonce! C’est un moteur pour tout le reste.»

Une vidéo de Thierry Porchet.

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