Unia publie les résultats d’un vaste sondage mené durant la canicule estivale auprès des travailleurs de la construction. Et demande des mesures fortes pour protéger les salariés.
Un travailleur de la construction sur six a déjà été victime d’un malaise lors de la canicule de cet été ou témoin du malaise d'un collègue dans le cadre du travail. C'est le résultat choc obtenu par Unia lors d’un sondage mené auprès de mille salariés du secteur dans toutes les régions de Suisse. Et il ne s'agit pas de la seule réalité mise au jour par l'enquête (lire encadré): globalement, le syndicat constate que la santé des ouvriers n'est pas suffisamment assurée sur les chantiers en cas de canicule.
Si la thématique du travail lors de fortes chaleurs était sur toutes les lèvres cet été à cause des températures extrêmes ressenties par toutes et tous, elle n'est pas nouvelle pour le syndicat Unia. En 2023 déjà, une pétition munie de la signature de 20 000 travailleurs demandait que des mesures soient prises. «Depuis, de nombreuses discussions ont eu lieu avec tous les acteurs, relève Simon Constantin, coresponsable du secteur Construction d’Unia. Mais maintenant, il faut passer de la parole aux actes!» Nico Lutz, membre du comité directeur d’Unia, résume: «Pendant qu’on parlemente, les travailleurs, eux, paient cette inaction de leur santé.»
Large consensus
La situation est d’autant plus absurde que les solutions existent et qu’un large consensus existe quant au fait que des mesures doivent être prises pour garantir la sécurité des travailleurs. «Le souci, c’est qu’il y a trois problématiques auxquelles nous devons apporter des solutions: les règles doivent être claires, les pénalités en cas de retard suspendues et les heures perdues en cas d’arrêt du chantier indemnisées, détaille Simon Constantin. Si on ne règle pas les trois d’un coup, ça coince.»
Après des mois de discussions, le syndicat se veut maintenant très clair: des avancées doivent se concrétiser pour ne pas faire revivre le même enfer aux travailleurs de la construction l’année prochaine. Et la première mesure pour améliorer les situations qui ne respectent pas l’intégrité physique des employés, c’est d’effectuer des contrôles, une tâche qui doit être effectuée par la Suva. Mais, au vu des résultats obtenus par Unia dans son sondage national, les contrôles ne sont pas suffisants. «La Suva doit tout mettre en oeuvre pour être en mesure de faire respecter ses propres dispositions visant à protéger la santé des ouvriers, estime le coresponsable du secteur Construction d’Unia. Si elle ne peut pas ou ne veut pas le faire, un autre organisme doit être mandaté pour le faire.»
33 degrés: la limite
Parmi les autres mesures jugées nécessaires par le syndicat, on retrouve notamment l’adaptation de l’indemnité en cas d’intempéries – un dispositif conçu pour l’hiver et qui ne correspond pas à la réalité des arrêts liés à la canicule – et l’inscription contraignante de la limite des 33 degrés dans l’Ordonnance sur les travaux de construction. «Il faut bien comprendre que quand Météosuisse annonce 33 degrés, il ne fait jamais cette température sur le chantier, précise Simon Constantin. Entre le bitume, l’absence d’ombre et les pièces métalliques, le mercure monte bien plus haut.» Il est donc impératif de faire respecter cette mesure pour éviter les soucis de santé, voire les malaises. «Un malaise sur un chantier, ce n’est jamais anodin, rappelle le syndicaliste. Sur un échafaudage ou aux commandes d’une machine, le moindre malaise risque vraiment de mettre la vie des travailleurs en danger.»
Unia attend désormais une vraie prise de conscience politique quant à l’urgence de la situation vécue par les quelque 100 000 ouvriers qui font la Suisse chaque jour. Les solutions existent, charge aux autorités et aux entreprises de les mettre en œuvre rapidement