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A Saint-Prex, après le choc, la lutte continue

Le personnel a participé à une action syndicale le 17 mai, réclamant du respect.
© Thierry Porchet

Le personnel a participé à une action syndicale le 17 mai, réclamant du respect.

La direction de Vetropack a confirmé son intention de fermer l’ultime verrerie de Suisse et de procéder à des licenciements dès à présent. Soutenu par les syndicats, le personnel se mobilise désormais pour l’ouverture de négociations en vue d’un plan social

«Pas de licenciements sans plan social.» C’est actuellement le mot d’ordre d’Unia et du personnel de Vetropack, après que la direction a annoncé le 14 mai, de manière brutale, sa décision définitive de fermer l’usine de Saint-Prex. Les propositions des travailleurs et des travailleuses qui démontrent la viabilité de la dernière verrerie de Suisse ayant été balayées, l’enjeu est désormais d’obtenir des négociations pour un plan social. Et également qu’aucun licenciement ne soit prononcé avant la signature de celui-ci.

Mardi 21 mai, des discussions ont enfin été entamées à ce sujet avec la direction. Mercredi en fin d’après-midi, au moment de boucler ce numéro, une réunion était toujours en cours. «Le dossier reste tendu, souligne Nicole Vassalli, secrétaire syndicale d’Unia. Nous demandons toujours la même chose. L’ouverture de vraies négociations, et pas de simples discussions, en vue d’un plan social, et l’arrêt des licenciements tant que ce dernier n’est pas sur pied.»

La direction avait l’intention d’envoyer des lettres de licenciement dès ce vendredi 24 mai. Cinq renvois sont déjà prévus en juillet, puis 89 en août, puis 87 autres jusqu’en décembre 2025, comme l’indique un courrier de Vetropack à l’attention de la Direction générale de l’emploi et du marché du travail de l’Etat de Vaud. Par ailleurs, cette lettre annonce 181 licenciements au lieu des 175 préalablement prévus en mars. Selon Unia, cela ouvre, de fait, une nouvelle procédure de consultation puisque le nombre est plus élevé.

Une semaine orageuse

Retour sur la semaine orageuse ayant précédé l’ouverture de ces discussions. Le 15 mai, peu avant que le tonnerre ne gronde dans le ciel de Saint-Prex, les travailleurs de Vetropack se sont réunis dans la mal nommée salle de la Paix de la verrerie. Deux assemblées générales ont été organisées par la commission du personnel (Cope) et les syndicats Unia et Syna, afin que tous les ouvriers puissent décider de la suite de la lutte. En cet après-midi pluvieux, devant les travailleurs oscillant entre tristesse, déception et colère, Nicole Vassalli a mentionné: «La direction nous a expliqué qu’elle n’était pas obligée de négocier un plan social.»

Questions, commentaires, propositions de lutte suivies d’applaudissements nourris, ont fusé dans la grande salle. A l’unanimité, le personnel a alors donné mandat à Unia pour qu’il exige qu’aucun licenciement ne soit signifié avant la négociation et la signature d’un plan social. Une requête conforme à la convention collective de travail de l’entreprise. 

N'ayant à ce moment-là pas reçu de réponse de la direction à cette demande, le personnel a ensuite participé à une action syndicale le vendredi 17 mai, et accroché sur un portail de l’usine une banderole exigeant «pas de licenciements sans plan social».

Le mépris de la direction

Le fait que la direction de Vetropack annonce sa décision définitive de fermer l’usine à la presse, avant même d’en informer ses employés et les syndicats, a choqué. Le président de la commission du personnel a expliqué en avoir été averti par une journaliste. Cette manière méprisante de communiquer a offusqué les employés et Nicole Vassalli: «La direction a balayé les propositions des travailleurs et des travailleuses qui démontrent pourtant la viabilité de l’usine vaudoise. Dans leur réponse à notre rapport, de nombreuses erreurs et approximations prouvent que les responsables n’ont pas étudié sérieusement notre projet et que sa décision était prise bien avant la procédure de consultation.»

Pour le groupe de travail réunissant les syndicats et des travailleurs, il s’agissait donc d’une décision stratégique du groupe ayant pris le parti d’investir ailleurs en Europe, sans fondement ni économique ni technologique concret. Rappelons également que, lors de la période de consultation, la Confédération, le Canton et les communes sont intervenus pour le maintien du site, offrant même des aides financières en vertu de la Loi sur le climat et l’innovation.

Par ailleurs, Unia ne perd pas espoir qu’un repreneur dépose une offre de rachat, afin de maintenir des emplois industriels sur le site. Mais, si c’était le cas, Vetropack serait-il prêt à vendre?

Témoignages de travailleurs à l’annonce du maintien de la fermeture

«Nous sommes déçus. C’est inacceptable que, dans le pays des grandes organisations des droits de l’homme, on nous traite comme ça. Nous, nous avons toujours respecté notre patron. Nous ne sommes pas des numéros. Nous sortons un million de bouteilles par jour et on nous jette comme une chiclette.»

«Nous sommes fâchés. Nous nous sentons trahis. Nous travaillons énormément, à Noël, à Nouvel An, aux anniversaires de nos enfants… Nous avons un seul week-end complet de libre par mois. Nous ne voulons pas partir avec des cacahuètes. Nous voulons du respect.»

«On pensait que Monsieur Cornaz, le directeur, était exemplaire. Et aujourd’hui, on apprend que non. C’est une fierté de travailler ici, sinon on ne serait pas là depuis si longtemps. Pour ma part, je suis trop vieux pour trouver un travail et trop jeune pour être à la retraite. On nous a usés, et maintenant on nous jette comme une vieille chaussette.»

«La motivation est au point zéro. Notre projet était très bon, mais dans leur tête, c’était déjà décidé. On a déjà un pied dehors. Nous sommes là depuis 20, 30 ou 40 ans. Ici, c’est toute une vie. Nous sommes traités comme… je ne sais même pas quel mot choisir.»

Propos recueillis par Aline Andrey / photo Olivier Vogelsang

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