Près de 200 000 personnes demandent aux élus de faire leur boulot
Sur la Place fédérale, 200 soignantes et soignants ont remis, à la trentaine d’élus ayant répondu à leur invitation, l’appel revendiquant la mise en œuvre immédiate de l’initiative populaire pour des soins infirmiers forts.
Un appel largement soutenu réclame aux parlementaires la mise en œuvre intégrale de l’initiative «Pour des soins infirmiers forts». Il n’a pas été entendu.
Le Conseil national est donc resté sourd à l’appel du personnel soignant. Après avoir débattu, les 28 et 29 avril, de la seconde étape de la mise en œuvre de l’initiative «Pour des soins infirmiers forts», il est resté sur la ligne dure défendue par sa Commission de la sécurité sociale et de la santé publique. Et cela malgré l’appel muni de 190 000 signatures qui avait été remis la veille aux parlementaires pour leur demander de respecter la volonté populaire.
Le projet de loi du gouvernement – déjà très édulcoré par rapport à l’initiative plébiscitée par 61% des votants en 2021 – est en effet vidé de sa substance. Le dernier espoir de corriger le tir repose désormais sur le Conseil des Etats, qui doit se saisir à son tour du dossier. «Le Conseil national bafoue ainsi clairement la volonté du peuple, dénonce la Coalition du personnel de santé, dont fait partie Unia. Il ignore les énormes contraintes professionnelles auxquelles les personnels de santé sont soumis depuis des années.»
La Coalition estime que l’initiative sur les soins telle que les personnels de santé l’ont soutenue et défendue «ne sera pas mise en œuvre avec la décision prise aujourd’hui par le Conseil national!». Lors du dépôt de son appel, elle prévenait que cela représenterait «un déni flagrant de démocratie».
Améliorer les conditions de travail
Les soignantes et les soignants revendiquent la mise en œuvre intégrale et immédiate de l’initiative populaire. Pour mémoire, ce texte exigeait notamment des soins de haute qualité, l’amélioration des conditions de travail et des mesures pour remédier à la pénurie de personnel soignant. Entrée en vigueur en 2024, la première étape a mis l’accent sur la formation. La seconde, elle, doit porter sur les conditions de travail dans le secteur des soins infirmiers, qui se caractérisent par une grande pénibilité en termes de charge et d’horaires de travail.
Concrètement, la Coalition du personnel de santé exige que le projet de loi intègre une réduction significative du temps de travail; un ratio de personnel minimal permettant de prodiguer des soins de qualité; une amélioration des suppléments pour le travail de nuit, le week-end et les jours fériés; l’obligation pour tous les employeurs du secteur de la santé de respecter au minimum les conventions collectives et les lois cantonales en vigueur. Enfin, l’alliance demande que ces mesures s’accompagnent d’un financement suffisant.
«Ce n’est plus tenable»
Le 27 avril, au pied de la Coupole fédérale, Giuseppe Grimaldi, un infirmier tessinois, a pris la parole au nom de ses collègues, afin de rappeler à quel point leur travail est essentiel. «Pendant la pandémie, cela a été évident pour tout le monde. Nous étions là. Toujours. Même lorsque le travail devenait insupportable, même lorsque le prix à payer était élevé. […] Des années plus tard, cependant, les problèmes restent les mêmes qu’à l’époque: pénurie de personnel, conditions de travail difficiles et une pression constante qui rend de plus en plus compliqué de garantir la qualité des soins que nous souhaiterions offrir.»
Et l’orateur de s’interroger sur la valeur d’une décision populaire si elle n’est pas mise en application. «Il n’est plus tenable de continuer à demander aux professionnels de compenser individuellement les lacunes du système. Nous voulons pouvoir rester dans cette profession sans nous épuiser au fil du temps.»
Coresponsable de la branche des soins à Unia, Enrico Borelli voit là un véritable cri d’alarme. «C’est une question de respect envers les citoyens qui ont massivement approuvé l’initiative en 2021 et, oserais-je dire, envers les règles les plus élémentaires qui régissent le fonctionnement de l’Etat de droit. A ce jour, l’initiative a été vidée de tout son sens, ce qui n’est pas acceptable. Cela constitue une approche à courte vue compte tenu de l’importance systémique du secteur de la santé pour le fonctionnement de notre société, qui, à la lumière de l’évolution démographique, devrait représenter l’une des priorités absolues de l’agenda politique.»
Le personnel de santé avait déjà voté – lors de la manifestation nationale de novembre dernier à Berne – une résolution prévoyant en dernier recours des mesures de luttes telles que des grèves, si le Parlement devait rester sourd à ses revendications. Pour l’instant, c’est donc vers un bras de fer que l’on se dirige.