Pour plus de solidarité!

Ombre d'une chaîne humaine.
© Thierry Porchet

L’Union syndicale suisse a présenté ses priorités 2020. Elle oppose solidarité et lutte contre les inégalités à une concurrence sauvage et plaide pour une économie qui profite à tous

Enrayer le recul de la solidarité: voilà l’objectif principal que poursuivra cette année l’Union syndicale suisse (USS) à travers différents projets passant notamment par un renforcement de l’AVS, une campagne nationale sur les salaires, le développement des conventions collectives de travail ou encore la défense des prestations transitoires pour les chômeurs âgés. Lors de sa conférence de presse annuelle tenue jeudi dernier à Berne, l’Organisation faîtière a souligné, étude à la clef, la nécessité de développer une économie au service de toute la population. L’analyse en question, réalisée par Daniel Lampart, économiste en chef et premier secrétaire de l’USS, démontre comment les mécanismes de désolidarisation mis en œuvre depuis les années 1990 ont débouché sur une détérioration de la situation sociale et salariale de la classe laborieuse dans de nombreux pays, y compris la Suisse.

Pour une 13e rente

Président de l’USS, Pierre-Yves Maillard s’est inquiété de l’important creusement des inégalités de revenus et de patrimoine au cours de ces trois dernières décennies. «L’accumulation du capital dans les mains de quelques-uns et sa thésaurisation dans les entreprises ont pour effet une stagnation, en termes réels, du pouvoir d’achat de très larges parties de la population.» Si quelques succès, a estimé le responsable de l’USS, ont été remportés en Suisse sur le front des rémunérations les plus basses, il s’est dit fortement préoccupé par les attaques plus ou moins frontales à l’encontre de systèmes destinés à garantir un revenu aux retraités, aux chômeurs, aux personnes en situation d’invalidité. Au niveau de la baisse des rentes dans le 2e pilier, censée être compensée par le 3e, l’USS dénonce une privatisation rampante de la prévoyance vieillesse, dont les banques et les assurances sont les principales bénéficiaires. Cette année, les syndicats passeront à l’offensive pour renforcer l’AVS en lançant, en mars, une initiative pour une 13e rente. Ils s’engagent en outre, à travers le compromis trouvé sur la LPP par les partenaires sociaux, pour une amélioration des retraites des femmes, des personnes travaillant à temps partiel et des bas revenus.

Fermer la parenthèse néolibérale

Pierre-Yves Maillard a également évoqué les formes insidieuses de la désolidarisation de la société générées par la précarisation du travail «déguisée sous de supposés nouveaux fonctionnements liés au numérique», par l’externalisation, la sous-traitance de prestations, le recours croissant aux contrats temporaires. Et le syndicaliste d’énumérer les risques que génère une économie n’améliorant pas le sort de tous ceux qui la font tourner. Sentiment d’exclusion ou de révolte. Défiance à l’égard des autorités. Impressions que les couches sociales vivent des destins séparés. «Résultat: l’impossibilité pour toute réforme ou projet d’envergure d’emporter l’adhésion d’une majorité, dans l’opinion comme en votation populaire. Pour éviter d’entrer dans cette impasse, il faut que l’Etat retrouve son rôle de stratège et que de puissants mécanismes de solidarité se développent de nouveau.» Pour le président de l’USS, ce n’est qu’à ce prix que seront recréées unité et cohésion pour relever les défis actuels, entre réchauffement climatique et relations avec nos voisins. «Nous voulons, en 2020, fermer cette longue parenthèse néolibérale.»

Les CCT, bases de la solidarité

Vice-présidente de l’USS et présidente d’Unia, Vania Alleva a mis en garde, dans le climat actuel, contre les dangers pesant sur les conventions collectives de travail (CCT), «institutions centrales et incontournables de la solidarité au sein des branches». La syndicaliste a rappelé le rôle clef de ces accords pour limiter une concurrence sauvage, menant «à une lutte de tous contre tous où le “plus fort” gagne». Fixant des normes minimales en matière de salaires et de conditions de travail, les CCT, a précisé la numéro 2 de l’USS, assurent un combat «à armes égales entre les employeurs». «Elles empêchent les entreprises de dumping sans scrupules d’évincer du marché celles qui sont sérieuses.» Aussi s’est-elle réjouie du nombre accru de CCT signées ces dernières années et, partant, du développement positif des salaires dans différentes branches. Pas de quoi toutefois calmer les inquiétudes et baisser la garde. Vania Alleva a insisté sur l’importance des mesures d’accompagnement, et des contrôles et des sanctions contre les infractions aux CCT. «Soit tout ce que l’UDC entend supprimer avec son initiative dite de résiliation. Son acceptation serait une catastrophe pour tous les salariés, même pour la moitié d’entre eux qui ne sont pas soumis à une CCT.» Soucieux de ce scénario, les syndicats ont annoncé se lancer fermement dans la bataille.

Campagne pour les salaires

Les pressions politiques ne sont pas seules à préoccuper les organisations de travailleurs qui dénoncent aussi celles de milieux patronaux. Avec, à la clef, des hausses de salaires individuelles au lieu d’augmentations générales, des rémunérations basses pour près d’un demi-million d’employés, une précarisation croissante des conditions de travail (explosion des contrats temporaires, économie de plateforme). Autant d’abus contre lesquels l’USS se battra, prévoyant notamment une campagne salariale interbranche assortie d’une manifestation nationale en septembre, le renouvellement de CCT arrivant à échéance ou encore un engagement pour résister et réglementer l’ubérisation du marché du travail. «Notre société est en crise, car les institutions de la solidarité ne mettent pas suffisamment de limites à la concurrence et aux profits... Cette solidarité institutionnelle ne nous sera pas offerte. Elle ne nous l’a jamais été. Elle est le résultat de longues luttes sociales que les syndicats et les salariés ont menées et devront encore mener. Il n’en sera pas autrement en 2020 ni les années suivantes...» a conclu la vice-présidente.