Pétrole et charbon au cœur des investissements suisses

Selon un rapport de l’Office fédéral de l’environnement, notre place financière génère un réchauffement climatique bien au-delà de la limite de 1,5 degré

«La place financière helvétique investit toujours trop dans la production de pétrole et de charbon.» Et ne remplit donc pas les objectifs de l’Accord de Paris. Ce constat n’est ni celui de la Grève du climat, d’Extinction Rebellion, d’associations écologiques ou des Verts, mais de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Celui-ci précise dans un communiqué qui relaie son étude: «La place financière suisse investit aujourd’hui quatre fois plus de moyens dans des entreprises produisant de l’électricité à partir de sources fossiles comme le charbon ou le gaz que dans celles en produisant à partir de sources renouvelables. Quelque 80% des participants détiennent dans leurs portefeuilles des titres d’entreprises extractrices de charbon.» De surcroît, l’OFEV souligne que «plus de la moitié des établissements qui indiquent exclure le charbon de leurs investissements détiennent encore des actions et des obligations d’entreprises extrayant cet agent fossile ou produisant de l’électricité de celui-ci».

Or, «les investissements dans les énergies fossiles peuvent en outre présenter des risques financiers», précise l’Office, qui remarque toutefois quelques lueurs d’espoir: le nombre de titres dans les domaines de l’énergie renouvelable et de la mobilité électrique ne cesse de croître. Et les caisses de pensions prévoient une transition écologique dans 30% de leurs bâtiments.

Un réchauffement de 4 à 6 degrés

Les investissements de la place financière génèrent un potentiel réchauffement de 4 à 6 degrés (soit une menace existentielle pour la civilisation humaine), comme le rapportait l’OFEV lors d’une première étude en 2017. Or, en juin dernier, le Conseil fédéral disait vouloir que la Suisse devienne l’un des principaux centres mondiaux de services financiers durables. «Il pense que cela va se faire automatiquement, car les investissements durables sont rentables. Pourtant, les résultats du test de compatibilité climatique de l’OFEV prouvent que les mesures volontaires ne suffisent pas, explique Christian Lüthi, directeur de l’Alliance climatique*. S’il y a certes une augmentation des investissements durables, ceux dans le charbon et le pétrole continuent.»

Le rating climatique des caisses de pensions, de la Suva et de l’AVS que l’organisation vient de publier montre que «92% du capital de prévoyance n’est pas investi de manière compatible avec la protection du climat». «Seuls 8% des avoirs de prévoyance de la Suisse sont investis par des institutions qui concentrent leurs investissements sur une réduction conséquente des émissions de gaz à effet de serre.»

Pour Christian Lüthi, sans règles contraignantes, les investisseurs ne vont pas changer leurs habitudes: «Il y a une sorte d’idéologie que la diversification doit être maximale. Par ailleurs, les banques offrent des produits allant dans ce sens. Beaucoup de financiers sont aussi dans une logique de court terme uniquement. La crise du Covid a cependant également montré que les investissements durables tiennent mieux le choc.»

Face à ce constat, l’Alliance demande aux autorités d’intégrer immédiatement les dispositions de l’Union européenne «relatives à une meilleure gestion des risques financiers liés au climat et à la réorientation des flux financiers». Christian Lüthi conclut: «La Suisse est clairement en retard. Nous espérons que le Conseil fédéral prenne en compte notre demande. Et des initiatives parlementaires et populaires ne sont pas à exclure.»


*L'Alliance climatique suisse compte 90 organisations membres et partenaires dans les domaines de l'environnement, du développement, des mouvements religieux, de la jeunesse, des syndicats (dont l’Union syndicale suisse) et de la protection des consommateurs. Depuis 2004, elle s'engage en faveur d'une politique climatique juste et durable.