«Nous ne serons pas des esclaves»

Les peuples de l’Est de l’Europe ne veulent plus être les esclaves des temps modernes, des multinationales et des gouvernements à leur solde. Alors que d’immenses manifestations se poursuivent en Serbie contre le pouvoir autoritaire, un mouvement d’envergure a eu lieu en Hongrie. Démarré en décembre, il s’est élevé contre une nouvelle loi sur le travail, nommée «loi esclavagiste» par les opposants. Adoptée le 12 décembre, la loi autorise jusqu’à 400 heures supplémentaires par année, contre 250 auparavant. Des heures sup’ à payer dans un délai de trois ans. Une flexibilisation totale, qui fera payer aux salariés tout ralentissement des commandes. Durant plusieurs semaines, des milliers de travailleurs ont manifesté aux cris de «Nous ne serons pas des esclaves!», exigeant le retrait de la loi, une hausse de 10% du salaire minimum, la réforme des retraites et le maintien du droit de grève. Un droit réduit comme peau de chagrin par le gouvernement réactionnaire de Viktor Orbán: aucune fédération syndicale ne peut désormais appeler à la grève. Seul un syndicat d’entreprise y est habilité, pour deux heures si les négociations n’ont pas abouti, voire une journée par la suite.

Bravant ces restrictions, les ouvriers de l’usine Audi de Györ, au nord-ouest de la Hongrie, ont mené une grève de sept jours fin janvier, revendiquant une hausse des salaires de 18%. Toute l’usine, comptant près de 13000 employés, dont 8700 syndiqués, était à l’arrêt. Une démonstration de force qui a ébranlé l’industrie automobile allemande, certains sites devant cesser leur activité, faute d’approvisionnement. La ville de Györ est en effet devenue le plus grand site de fabrication de moteurs du monde. De très nombreux constructeurs allemands, comme Audi, Porsche ou Mercedes, ont délocalisé leur production en Hongrie, attirés par des salaires extrêmement bas: en Slovaquie, les travailleurs d’Audi gagnent 25% de plus que les ouvriers hongrois, en République tchèque 28%, en Pologne 39%, et en Allemagne 400%... Le compte est vite fait, d’autant que la Hongrie offre aussi un des taux d’imposition des entreprises les plus bas d’Europe avec 9%. 

Grâce à leur arrêt de tavail, les salariés d’Audi ont obtenu une augmentation de 18%. La grève avait été soutenue par les travailleurs allemands de la branche et leur syndicat IG Metall. La section de Bavière dénonce la «spirale infernale» de recherche de profit avec les bas salaires, «menaçant les collègues des autres pays». Un des dirigeants d’IG Metall, Wolfang Lemb, a pour sa part expliqué que la Hongrie était devenue un laboratoire d’essai pour les constructeurs allemands. Il évoque des expérimentations en matière de réduction des coûts du travail, mesures qui, dans son pays, doivent être soumises au syndicat et aux comités d’entreprise. Ainsi, une usine hongroise de Mercedes teste le travail en équipe de 12 heures. Ailleurs, des modèles réduisant salaires et congés lors d’interruption de la production sont essayés. Avec la complicité du «populiste» Orbánet de sa «loi esclavagiste». Au moment où partout en Europe les salaires sont remis en cause, la résistance des ouvriers hongrois pourrait, comme l’a souligné le site hongrois Mérce, «faire des émules au niveau européen». Il est temps de renverser la vapeur!