L’initiative du chaos essuie un net rejet
Au stamm de la gauche et des syndicats, à Berne, Vania Alleva, présidente d’Unia, et Nico Lutz, membre du comité directeur, ont célébré avec d’autres l’échec de l’initiative du chaos.
Près de 55% des votants ont dit non au texte de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!». Gros soulagement à gauche et dans les syndicats, dont le combat n’est pas fini.
Au terme d’une campagne intense, c’est finalement le «non» qui l’emporte, comme les derniers sondages le laissaient prévoir. L’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!» a été rejetée par près de 55% des votants. Un résultat d’autant plus net que le taux de participation est relativement élevé, à près de 59%.
C’est un gros soulagement pour la gauche et les syndicats, qui se sont beaucoup impliqués dans la campagne. «Le peuple s’est majoritairement prononcé contre de nouvelles discriminations et en faveur de la protection des salaires et des droits fondamentaux des travailleuses et travailleurs», se réjouit Unia dans un communiqué de presse. «La libre circulation des personnes et donc le droit de s’établir en Suisse ou dans les États membres de l’UE avec un statut de séjour régulier, de travailler sans discrimination salariale et de vivre avec sa propre famille demeurent garantis. La question d’un retour au statut inhumain de saisonnier est balayée.»
Le signe d’un mécontentement
Toutefois, pour le syndicat, la proportion de «oui» montre que «le mécontentement face aux inégalités croissantes et aux salaires trop bas, avec parallèlement une détérioration des conditions de travail et une augmentation du coût de la vie, est énorme.» Vania Alleva, présidente d’Unia, estime qu’il y a «des problèmes réels, concernant le pouvoir d’achat, les loyers, les primes d’assurance maladie. Mais l’initiative de l’UDC n’aurait rien résolu car c’est le résultat de la politique voulue par la majorité bourgeoise du Parlement. Maintenant, il faut s’attaquer à cela de manière concrète, en s’opposant aux attaques contre les salaires minimums, en exigeant l’application immédiate de l’initiative pour des soins infirmiers forts et en défendant le paquet de mesures d’accompagnement aux accords bilatéraux III.»
Unia en appelle ainsi à des décisions urgentes, notamment pour améliorer la situation des salariées et des salariés, et renforcer la protection des salaires. Le syndicat se félicite par ailleurs du fait que sa campagne a été portée dans la rue et dans les entreprises par des centaines de membres du syndicat. «Ce travail de persuasion mené par la base était essentiel pour stopper une fois de plus l’attaque de l’UDC contre les droits et les salaires des travailleuses et travailleurs.»
Non au repli et à la xénophobie
Même réaction du côté de l’Union syndicale suisse (USS), qui note qu’en rejetant l’initiative de l’UDC, «la population suisse a dit non au repli sur soi et à la xénophobie. Ce non exprime le refus clair d’un retour en arrière vers des temps sombres, marqués par le statut de saisonnier et la privation de droits pour certaines personnes.» Pour autant, ajoute la faîtière, «la politique ne peut pas reprendre comme si de rien n’était. Les salarié-e-s en Suisse font face à de nombreux problèmes, notamment une progression insuffisante des salaires, un chômage élevé, la discrimination des travailleuses et travailleurs âgés ainsi qu’une pénurie de logements abordables.» L’USS considère que l’initiative dite du chaos n’apportait aucune solution aux problèmes de la population et qu’elle aurait au contraire eu de graves répercussions politiques et économiques pour la Suisse.
Pierre-Yves Maillard, président de l’USS, avoue un certain soulagement. «Avec le cumul de gens hostiles à l’immigration et de ceux hostiles au bétonnage et à la croissance, dont ils ne voient pas les fruits, on ne savait pas trop quel serait le résultat de la votation. Mais je suis très content que nous ayons réussi à mener une campagne factuelle et rationnelle pour montrer les effets concrets qu’aurait eu l’application de cette initiative. Il n’y aurait pas eu moins d’immigration, mais une immigration plus précaire, avec moins de droits, et donc, une pression accrue sur les salaires.»
Quant au mécontentement exprimé par ceux qui ont voté «oui», Pierre-Yves Maillard juge que la gauche et les syndicats doivent maintenant fixer leur propre agenda et présenter leurs propres solutions, par exemple via des initiatives populaires. «On a vu que nous, nous pouvons gagner, comme ça a été le cas avec la 13e rente AVS.»