Le goût amer de l’huile de palme

Des enfants au travail dans des plantations d'huile de palme.
© Solidar Suisse

Des dizaines de milliers d’enfants de migrants vivent dans les plantations où s’approvisionnent Nestlé et d’autres entreprises alimentaires. Sans droits, ils sont contraints de travailler aux côtés de leurs parents.

Solidar Suisse montre comment Nestlé, en achetant auprès de certaines plantations de Malaisie, se rend complice de l’exploitation des travailleurs et de leurs enfants

En Suisse, un produit sur six dans le commerce de détail contient de l’huile de palme. Un tiers de cette huile est importé de Malaisie, dont une grande partie provient de l’Etat de Sabah, sur l’île de Bornéo. Là-bas, plus de 85% des cultures sont consacrées à l’huile de palme. Si la monoculture intensive d’huile de palme est une vraie catastrophe écologique, Solidar Suisse lève le voile sur le désastre humain qu’elle engendre par ailleurs. Dans sa nouvelle enquête, l’ONG nous informe que la récolte des fruits de palmier, dangereuse et difficile, est principalement effectuée par des travailleurs migrants indonésiens. Ils sont exactement 1,2 million, et 70% d’entre eux sont sans papiers, plongés dans une insécurité et une précarité extrêmes.

Selon le rapport, les fréquents raids policiers les obligent à se cacher au milieu des plantations. «Ils sont à la merci des propriétaires de plantations, qui confisquent non seulement leurs permis de travail, mais aussi souvent leur passeport indonésien. Leurs salaires sont souvent insuffisants pour vivre.» Abduh, un cueilleur rencontré sur place, raconte: «Mon revenu dépend de la récolte. Quand il y a peu de fruits, mon revenu est faible. Parfois, ce n'est même pas assez pour la nourriture.»

Enfants au travail

Pire, il y aurait entre 50000 et 200000 enfants vivant dans ces plantations avec leurs parents. La Malaisie ne délivrant pas de certificat de naissance aux fils et aux filles de travailleurs migrants, ils n’existent officiellement pas, sont écartés des écoles publiques et n’ont pas accès aux soins médicaux. La seule chose à leur portée? Le travail dans les plantations, effectué en soutien de leur famille, bien avant leur majorité… «Je suis née et j'ai grandi dans la plantation et je n'ai jamais pu aller à l'école. Depuis toujours, j'aide mes parents à ramasser les fruits», révèle Ati.

Nestlé doit prendre ses responsabilités

Les investigations de Solidar Suisse ont mené directement à Nestlé, l’une des entreprises helvétiques les plus friandes de cette denrée, qui s’approvisionne directement dans les plantations de Sabah. Une fois transformée, l’huile de palme est utilisée par le géant de l’agroalimentaire pour ses confiseries, ses sauces et ses plats cuisinés.

Pour l’ONG, il ne fait nul doute que, si le prix de l’huile de palme est si bas, raison pour laquelle elle a autant de succès dans le commerce, c’est en partie parce que la main-d’œuvre est exploitée, mal payée et soumise à des conditions de travail déplorables. «Une réussite économique qui se fait au détriment des individus et de l'environnement», insiste Solidar Suisse, qui demande à Nestlé davantage de transparence mais aussi de veiller à la décence des conditions de travail dans les plantations dans lesquelles elle se fournit.

Pour Simone Wasmann, coauteure de cette recherche, la multinationale doit intervenir: «Si Nestlé est vraiment sérieuse en matière de responsabilité sociale et de durabilité, alors l'entreprise doit maintenant agir auprès de ses fournisseurs et de ses partenaires commerciaux à Sabah. Nestlé doit veiller à ce que les travailleurs soient employés de façon légale et qu'aucun enfant ne soit exploité.»

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