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Ces humains sont quand même pénibles! Non seulement, ils refusent de travailler 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, mais ils veulent disposer de temps avec leur famille et avoir des vacances. Et comme si cela ne suffisait pas, ils ont l'outrecuidance d'exiger un salaire! Tandis qu'une machine ou un ordinateur, vous les payez une fois à l'achat et ils travaillent ensuite pour vous à volonté, jusqu’à être bons pour la casse. Exactement comme les esclaves à une époque dont certains semblent nostalgiques. Ainsi, alors que les milieux patronaux et leurs relais parlementaires tentent par tous les moyens d’étendre le travail du dimanche, Migros a décidé de ne pas prendre de pincettes pour contourner les restrictions légales à ce propos. Comment? En supprimant les travailleurs, pardi! 

Le géant orange vient en effet d’inaugurer à Genève un magasin dit «autonome», comprenez: sans personnel. Enfin, sauf l’agent de sécurité présent en permanence et sans compter le travail de préparation des rayons en amont. En revanche, aucune caissière ni personne pour s’occuper du réassort dans cette Migros de dernière génération, qui fonctionne en self-service le dimanche. Après les caisses automatiques, on franchit là un pas de plus vers le grand remplacement. Non pas celui des populations locales par des migrants – la grande phobie de l’extrême droite – mais celui, bien moins chimérique, des travailleuses et des travailleurs par l’intelligence artificielle (IA). Du point de vue patronal, il peut paraître tentant de se passer d’employés humains, trop humains, dont la productivité est variable, qui sont susceptibles d’avoir des coups de mou ou de tomber malades, et avec lesquels vous êtes parfois obligé de négocier.

Un robot n’a peut-être pas besoin de dormir, de manger et de prendre des pauses. Il ne réclame peut-être jamais d'augmentation et ne se met pas en grève. Mais il ne va pas non plus remplir son caddie au supermarché

Mais la classe possédante devrait prendre garde à l’effet boomerang. Si de plus en plus de personnes, supplantées par l'IA, se retrouvent sans travail – donc sans le sou – à qui vendra-t-elle les produits que ses usines entièrement automatisées auront fabriqués et les services que ses algorithmes fournissent? Sans salaire, pas de consommation. Sans consommation, pas de bénéfices pour les entreprises ni de dividendes pour les actionnaires. A quoi bon pousser la porte d’une Migros – autonome ou pas – si vous n’avez pas un kopeck en poche? Un robot n’a peut-être pas besoin de dormir, de manger et de prendre des pauses. Il ne réclame peut-être jamais d'augmentation et ne se met pas en grève. Mais il ne va pas non plus remplir son caddie au supermarché. Il ne va pas s’acheter le dernier modèle de smartphone pour commander en ligne des chaussures livrées par drone. Les patrons devraient d’ailleurs se méfier: eux-mêmes ne sont pas à l'abri d'être un jour mis au rebut par des algorithmes. Certains semblent avoir compris qu'ils risquaient d'être les prochains sur la liste puisqu'ils ont commencé à faire marche arrière, après avoir massivement supprimé des postes au profit de l'intelligence artificielle. Ils se sont aperçus que cette dernière n'est pas non plus infaillible et que certaines tâches sont mieux effectuées par un bon vieux cerveau humain. Gardez donc le vôtre, il peut encore servir! 

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