De la biodiversité des actions pour une même planète

Manifestation à Berne en septembre 2019.
© Neil Labrador/Archives

Des manifestations massives, comme celle qui a vu 100000 personnes affluer à Berne en septembre 2019 (photo), aux actions de désobéissance civile, les moyens de lutte en faveur de l’environnement sont multiples. Une thématique au cœur du débat qui s’est tenu récemment.

Une conférence a réuni des militants pour le climat autour de leurs différents moyens de lutte. Récit

«Il est temps que les pays responsables des changements climatiques assument leurs responsabilités, car la crise climatique menace déjà la sécurité alimentaire des populations des pays du Sud.» Cet appel est celui des ONG Pain pour le prochain et Action de Carême, en collaboration avec Etre Partenaires. Dans le cadre de leur campagne pour la justice climatique, elles ont organisé jeudi 18 mars une table ronde en ligne avec trois militants pour l’environnement: Anne Mahrer, co-présidente des Aînées pour la protection du climat; Sonja Hediger, médecin généraliste, engagée dans Extinction Rebellion (XR); et Yvan Maillard, spécialiste en justice climatique à Pain pour le prochain. La discussion a été modérée par Raïssa Larrosa, coordinatrice de la Campagne œcuménique qui a rappelé que les populations les plus impactées par les dérèglements climatiques sont celles qui polluent le moins: «Le 10% des plus riches a émis 52% de CO2

L’action judiciaire

L’ancienne conseillère nationale Verte Anne Mahrer témoigne que c’est pour faire face au «manque de volonté politique» qu’elle s’est lancée avec les Aînées pour la protection du climat dans la bataille judiciaire. L’association a ainsi porté plainte contre la Confédération qui ne protège pas les droits fondamentaux, à la santé et à la vie, de sa population. Anne Mahrer rappelle qu’une démarche analogue a été menée auprès de la justice néerlandaise qui a estimé que son gouvernement était coupable. En Suisse, non. «Les juges n’ont pas été assez courageux. Il faut que le droit se climatise, évolue, change. Nous avons fait appel à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Si nous gagnons, tout le monde gagne, en Europe et au-delà», espère la militante soulignant que: «Plus de 1500 actions judiciaires similaires sont en cours partout dans le monde. La loi CO2 est un pas important mais pas suffisant. La Suisse doit être exemplaire et se conformer à ce qu’elle a signé: l’accord de Paris. Attendre est irresponsable. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Or les Etats et les banques ne veulent rien entendre.»

Pétition et soutien au Sud

Yvan Maillard approuve, lui qui a travaillé dans le secteur financier et a fait l’amère expérience de l’inertie des banques. A Pain pour le prochain, il travaille notamment avec des ONG partenaires dans les pays du Sud pour soutenir les populations déjà frappées par les dérèglements climatiques au point que leur sécurité alimentaire n’est plus assurée. «En Indonésie, des ONG protègent les côtes par des plantations de mangroves pour limiter l’érosion. Autre exemple, au Brésil, elles soutiennent les populations indigènes pour empêcher leur expulsion par les multinationales ou les fausses bonnes idées comme le projet Redd de L’ONU qui, pour éviter le déboisement, clôture les forêts. Avec pour conséquences d’interdire l’accès de ces populations à leurs ressources alimentaires. Alors qu’elles savent, elles, prendre soin de leur milieu.»

En Suisse, Yvan Maillard se réjouit des formidables mobilisations citoyennes. Il revient sur la manifestation fin septembre 2019 qui a réuni 100000 manifestants dans les rues de Berne, la marche vers le glacier du Trient et la mobilisation sur la place Fédérale de la Grève du climat et de XR en septembre dernier, ou encore la pétition actuelle de la Campagne œcuménique qui demande à la BNS d’investir de manière responsable*. Cette pétition sera remise lors de l’assemblée générale de la banque le 30 avril prochain.

Désobéissance civile

L’engagement de Sonja Hediger, médecin et activiste de XR, prend sa source dans «les annonces sur l’état de notre planète de plus en plus catastrophiques et angoissantes». Avec la création de XR en Angleterre en automne 2018, la désobéissance civile (avec ses figures illustres tels Gandhi, Martin Luther King, Rosa Parks…) lui paraît alors la voie à suivre. «Ici, je ne peux pas vous dire que cela ait été efficace jusqu’à présent. Par contre, avec la Grève du climat, on participe à un éveil des consciences. Nos perturbations obligent la population à se positionner. Nous avons essuyé beaucoup d’articles négatifs et certains élus sont contre nous. Toutefois, à Lausanne, lors de notre stand au marché, nous recevons beaucoup de soutien. Même si la plupart des gens ne sont pas prêts à venir bloquer avec nous.» La militante souligne aussi que de nombreux militants et sympathisants de XR ont été élus dans le canton de Vaud lors des dernières élections. Et rappelle les revendications de l’organisation: le zéro émission nette de CO2 en 2025 et la restauration des écosystèmes, l’organisation d’assemblées citoyennes, et une déclaration d’urgence climatique par le gouvernement.

Urgence climatique

«Comme pour le Covid, les sept conseillers fédéraux doivent expliquer en conférence de presse publique l’urgence de la situation. Tant que le gouvernement ne le fera pas, la population continuera de penser que ça bouge, qu’il y a une loi CO2, que ça va bien aller. Comme avec la pandémie, le discours doit être très clair pour que les gens acceptent des mesures drastiques mais nécessaires, précise Sonja Hediger. Il faut commencer demain, et pas dans trois ou cinq ans. Moi je rêve qu’on soit 100000 à bloquer le système et à montrer qu’on n’est pas d’accord. Cela ne suffit pas de faire un don à une ONG en se disant qu’ils vont faire le travail pour nous, ou voter vert.» Anne Mahrer abonde: «Je me souviens de l’occupation de Kaiseraugst qui a permis d’éviter la construction d’une centrale nucléaire**. La désobéissance civile, ça marche.» Les trois interlocuteurs se rejoignent sur l’importance de la diversité des modes de lutte, selon les tempéraments propres à chacun. «J’ai choisi l’action directe, car c’est festif et coloré. Cela me convient mieux que de rédiger une plainte de 160 pages avec un avocat comme l’ont fait les Aînées pour le climat», sourit Sonja Hediger.

Et Yvan Maillard de conclure: «Les actions se font à tous les niveaux: au niveau juridique et politique, par des blocages et des manifestations, et en votant. La loi sur le CO2 doit être acceptée, même si elle ne va pas assez loin. Sinon on fait le beurre du lobby pétrolier qui a lancé ce référendum.»