Actrice du renouveau

Portrait d'Elise Magnenat.
© Thierry Porchet

A 38 ans, Elise Magnenat n’est pas, contrairement à ce que prédisaient certains de ses proches, rentrée dans le rang.

Animatrice socioculturelle à Pôle Sud et co-fondatrice du Jardin aux 1000 mains, Elise Magnenat œuvre en faveur d’un monde durable

C’est une optimiste réaliste. Une personne qui préfère explorer les possibles plutôt que de sombrer dans le cynisme contre lequel elle se bat. Et cultiver un idéal consolidé au fil du temps. A 38 ans, Elise Magnenat n’est pas, contrairement à ce que prédisaient certains de ses proches, rentrée dans le rang. Bien au contraire. La jeune femme croit encore et toujours à la possibilité d’agir, à son échelle, en faveur d’un monde plus durable. Et continue à lutter, au quotidien, pour défendre l’environnement et les droits humains, «ces deux facettes d’une même médaille». «Parce que, justifie-t-elle, c’est tellement plus intéressant et stimulant de se placer de ce côté de la barrière, de chercher des brèches.» Rien de naïf pour autant dans cette posture. Elise Magnenat s’inquiète de l’état de la Terre et des orientations prises dans les domaines écologique, social, et sanitaire – la pandémie n’étant pour elle qu’un symbole des aberrations du système capitaliste. Elle confie être préoccupée pour l’avenir de sa fille de 3 ans et tente de lui donner le meilleur bagage possible pour affronter la vie. Une crainte aussi liée au genre de son enfant. Mais les injustices sociales comme les dysfonctionnements de la planète attisent la colère de la Vaudoise, la poussent à l’action. Et son amour de la nature et du collectif la ressourcent et entretiennent la flamme de son enthousiasme.

La tête, les mains et le cœur

Animatrice socioculturelle au centre Pôle Sud à Lausanne, au bénéfice d’un master en relations internationales, Elise Magnenat organise et coordonne depuis 2013 les activités du secteur Nature et Santé. Elle crée des espaces de rencontre pour des projets communs. Et épaule différents acteurs intervenant dans cette structure et œuvrant pour un monde plus respectueux du vivant. La démarche s’articule autour de trois axes: comprendre, agir et changer. «La tête, les mains et le cœur pour le dire en d’autres mots», complète la trentenaire. «Il s’agit en premier lieu de saisir les enjeux écologiques et sociaux, puis de mettre en place des solutions pratiques en vue d’un changement de paradigme tant sur le plan sociétal qu’à l’intérieur des individus.» Rien de théorique dans le programme proposé. Initiation à la permaculture, découverte de plantes sauvages comestibles, fabrication de pains, de savons... accompagnent des conférences, projections de films, discussions sur la décroissance et l’écologie. Le public cible se veut le plus large et inclusif possible grâce à une offre particulièrement bon marché. «Les activités rassemblent des personnes de tous les milieux et âges. Nous n’attirons pas seulement des convaincus. Et chacun participe selon ses moyens», précise l’animatrice qui, travaillant à 60%, sait ce que signifie restreindre les dépenses et vivre sans superflu.

Femme des bois

Parmi les initiatives qui touchent le plus la militante: le Jardin aux 1000 mains. Ce potager pédagogique créé sur le domaine de Rovéréaz, sur les hauts de la capitale vaudoise, est cultivé par nombre de volontaires qui s’organisent selon les principes de la permaculture et de la gouvernance partagée. Un travail collectif et des échanges qui enchantent Elise Magnenat, une des chevilles ouvrières du projet lancé il y a six ans. De quoi satisfaire le besoin constant de la Vaudoise de maintenir le contact avec la terre. Et avec une nature qui l’amène à organiser pour les intéressés, une fois par an, des séjours en extérieur en mode «survie douce». «Chaque été, avec une amie, nous proposons un camp d’immersion en forêt de cinq jours. Nous emportons des vêtements chauds et seulement de la farine, du sel, de l’huile et quelques noix. Une nourriture que l’on complète avec la cueillette de plantes sauvages.» Des virées que cette femme des bois relate des étoiles dans les yeux. Au souvenir de bains dans la rivière, de veillées autour du feu, de la beauté de la voûte céleste, de ces moments privilégiés en osmose avec les éléments ou encore de cette vie «en tribu». Peu encline aux dogmes de la religion, Elise Magnenat se sent toutefois reliée spirituellement à la nature, aux rythmes des saisons, au vivant. «Je trouve la nature bien assez magique en elle-même! Pas besoin de rajouter des lutins», sourit celle qui, si elle était un animal, opte pour la chouette. Pour sa vision perçante, mais aussi car c’est un prédateur rappelant que, dans le cycle de la vie, «tout n’est pas rose».

Emerveillement et indignation

Ecoféministe dans l’âme, Elise Magnenat juge nécessaire la convergence des luttes. Ses modèles proches, ces deux grands-mères aujourd’hui décédées, lui ont donné en héritage, l’une la capacité de résilience et de lutte; l’autre celle d’émerveillement et d’indignation. «Je les admire» confie cette native du Scorpion qui associe le bonheur à l’absence de souffrances et à l’importance de sens dans la vie. Soucieuse d’apporter sa pierre à un monde meilleur, la Vaudoise a d’abord aiguisé ses armes dans une ONG active dans la formation de militants de pays du Sud en matière de défense des droits humains avant de rejoindre le WWF International. Une structure dans laquelle elle a travaillé cinq ans où, entourée d’une petite équipe, elle était chargée de la formation d’entreprises à l’écologie. Une expérience qui la laisse mitigée. «Parler de nature dans des salles aseptisées, équipées d’écrans plats... Il y avait un côté absurde et frustrant. Un projet peut-être trop ambitieux», note l’animatrice qui aura aussi peiné, à cette époque, à asseoir sa légitimité, victime des étiquettes «femme, jeune, et issue de surcroît d’une ONG». Aujourd’hui, Elise Magnenat a trouvé une voie professionnelle où sa sensibilité comme sa nature extravertie peuvent davantage s’exprimer. Et attend impatiemment l’arrivée du printemps. Comprenez un renouveau dans tous les sens du terme en phase avec les valeurs de cette idéaliste opiniâtre et pleine d’allant.

© Thierry Porchet