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Ici, on creuse, on se bat et on vit

tunnel du Gothard
©Mattia Lento

Parmi les excavateurs et les mineurs à l’œuvre dans les galeries, le taux de syndicalisation est traditionnellement élevé et la cohésion entre collègues solide.

Visite du chantier de construction du deuxième tunnel autoroutier du Gothard, pôle d’action d’Unia pour la défense de l’emploi, de la sécurité et de la dignité des travailleurs.

Les travaux de construction du deuxième tube du tunnel autoroutier du Gothard se poursuivent sans relâche, à Airolo (TI). Il s’agit d’un chantier routier gigantesque qui emploie, directement ou dans les secteurs connexes, plusieurs centaines de travailleurs et de travailleuses. Pour Unia, c’est un centre important pour l’activité syndicale. Le défi consiste à maintenir de bonnes conditions de travail pour les ouvriers du bâtiment, à garantir la sécurité, à élargir le nombre de syndiqués et, enfin, à créer une communauté solidaire. 

A l’Infocentro du chantier, juste à côté des voies de la gare d’Airolo, la lumière du matin traverse la salle aux poutres apparentes. Une vingtaine de personnes sont assises en cercle: il s’agit d’un public hétérogène et bilingue, composé de membres de différents syndicats venus au Tessin pour assister à un séminaire organisé par l’institut de formation de l’Union syndicale suisse, Movendo, consacré à l’organisation syndicale autour du grand chantier du Saint-Gothard. On y trouve des menuisiers, des charpentiers, des conducteurs de transports publics, des employées et des employés de la restauration, des retraités, des fonctionnaires et des secrétaires d’Unia. Parmi eux se trouve également Giuseppe Anello, électricien de chantier et militant d’Unia. 

Excavatrice énorme

C’est Gianluca Bianchi, secrétaire syndical d’Unia Tessin et Moesa, qui, aux côtés de Fiora Pedrina de Movendo, ouvre la séance en expliquant la mission d’Unia: suivre le chantier du deuxième tunnel du Saint-Gothard. Il pose d’emblée deux questions, sans détour, qui mettent en lumière le sens de ces deux journées: «Pourquoi le chantier du Saint-Gothard est-il si important pour le syndicat, au point d’y affecter un secrétaire à temps plein exclusivement consacré à cet ouvrage? Peut-on tirer des enseignements de ce contexte pour les luttes dans d’autres secteurs?»

La réponse ne se trouve pas dans des statistiques abstraites, mais sur une grande affiche étalée sur une table non loin de là, autour de laquelle tout le monde se rassemble. Au centre se trouve une photo de l’énorme excavatrice, la fraise mécanique, longue de 108 mètres: le cœur opérationnel, le point le plus profond et le plus exposé du chantier, une sorte de vaisseau spatial sur lequel une cinquantaine de travailleurs se relaient. Du centre du panneau partent des dizaines de flèches noires qui mènent aux nombreux secteurs impliqués dans le chantier: il y a les responsables des transports, des matériaux d’excavation, du béton, du fer et de l’acier, les ateliers électriques et mécaniques, la logistique, les agents de sécurité, les responsables de la sécurité et de l’environnement, l’administration, les services techniques, l’hébergement et la restauration. C’est la représentation concrète d’un concept clé: «Ce chantier n’est pas un simple ouvrage, c’est une véritable filière intersectorielle du travail, souterraine et en surface, avec ses atouts et ses contradictions», explique M. Bianchi, en montrant la carte. «Une filière composite à laquelle s’ajoute un secteur connexe qu’il ne faut pas négliger», note-t-il. 

Sur le front, parmi les excavateurs et les mineurs à l’œuvre dans les galeries, le taux de syndicalisation est traditionnellement élevé, la cohésion entre collègues solide et les conditions contractuelles, régies par la Convention collective nationale-cadre (CNM) du bâtiment et par un avenant spécifique, très bonnes. Pour Gianluca Bianchi, «ce sont d’excellents chiffres, mais il faut rester vigilant sur des questions telles que la sécurité, la santé et l’application de la convention collective». En s’éloignant du cœur du chantier, la réalité apparaît plus fragmentée. Un exemple parmi d’autres est l’usine de segments en béton – ces segments préfabriqués massifs qui revêtent les parois du tunnel – où le syndicat peine à s’implanter: «Ici, comme dans d’autres contextes, les conditions ne sont pas à la hauteur de celles des mineurs, les rythmes de travail sont irréguliers, le taux de rotation du personnel est élevé», commente Gianluca Bianchi.

Un autel votif

L’usine de segments a constitué l’une des étapes de la visite du chantier prévue l’après-midi, qui faisait partie intégrante du programme de deux jours du séminaire Movendo (qui sera réitéré les 2 et 3 septembre 2027). Une visite qui a également conduit tout le monde à l’intérieur de la première partie du tunnel, où se trouve un autel votif dédié à la patronne des mineurs: sainte Barbe. Une expérience qui a laissé tout le monde bouche bée et permis d’admirer de près certains des aspects techniques abordés lors du séminaire, ainsi que de voir les mineurs et les ouvriers à l’œuvre. En outre, il a été possible d’observer les environs, en particulier la cantine et le dortoir qui accueillent les mineurs. C’est là que Gianluca Bianchi rencontre quotidiennement ceux qui travaillent sur le Saint-Gothard: «Les mineurs demandent des informations, de l’aide, ils échangent avec moi sur divers aspects de leur travail.» Mais ce n’est pas tout: «Il faut garder à l’esprit qu’Airolo est une grande communauté, où les gens passent la majeure partie de leur temps loin de leur famille. Il faut tout mettre en œuvre pour que ceux qui sont ici se sentent bien. Des aspects tels que la cantine et la qualité des dortoirs ne sont pas secondaires, par exemple.»

Un esprit de communauté qui réserve parfois des surprises. L’électricien Giuseppe Anello, dont la famille vit à Catane, n’a plus le mal du pays et s’est attaché au Tessin: «Avec le temps, j’ai appris à aimer ces lieux. Il suffit de s’éloigner un peu de l’autoroute – qui, de toute façon, sera bientôt recouverte et remplacée par un parc – pour se retrouver immédiatement plongé dans le calme et la tranquillité. Désormais, je me sens chez moi ici aussi.» 

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