De la Grève du climat à Unia, il n’y a qu’un pas
Près de 2000 manifestants ont arpentés les rues de Fribourg. Un chiffre qui approche des records atteints lors des mobilisations de 2019-2020.
A Fribourg, les manifestants ont demandé des mesures concrètes pour faire face aux canicules à venir. Une cause qui concerne aussi les travailleurs, nous explique le secrétaire syndical Mattéo Ducrest.
La Coalition écologiste Fribourg attendait quelques dizaines de personnes à la marche organisée ce dimanche 20 septembre dans le cadre des manifestations «Pas d’étés à 50 degrés!». Départ de Guin (Düdingen) à 14h et petite balade jusqu’à l’Hôtel de Ville de Fribourg. Mais l’été caniculaire de 2026 a transformé ces dizaines de marcheurs en centaines de manifestants. Tant pis pour la balade, la Coalition établit en urgence un nouveau tracé. Rendez-vous à 16h30 à la Porte de Morat. Une dizaine de personnes sont là, puis une centaine… jusqu’à ce que le Chemin du Palatinat soit bondé.
Face à la foule, Mattéo Ducrest apporte la bonne nouvelle: «Nous sommes 2000!», lance le co-coordinateur de la Coalition écologiste Fribourg, la voix tremblante de bonheur. Il faut dire que cette affluence ravive des souvenirs chez le jeune Fribourgeois. En 2019, alors qu’il avait 17 ans, Mattéo Ducrest était une des figures locales de la Grève du climat. Or, l’écologie concerne aussi tous les travailleurs et toutes les travailleuses. C’est donc logiquement qu’on le retrouve à Unia Fribourg, où il travaille comme secrétaire syndical. Nous l’avons rencontré quelques minutes seulement après la démonstration de force.
Mattéo Ducrest, quel bilan tirez-vous de cette manifestation?
Ça s’est extrêmement bien passé! Il faut dire qu’on pensait d’abord être quelques dizaines, puis, au moment de changer d’itinéraire, on imaginait rassembler entre 300 et 400 personnes. Et aujourd’hui, on est 2000! Ça en fait la plus grande manifestation pour le climat depuis les grèves étudiantes de 2019-2020, qui pouvaient réunir jusqu’à 2500 personnes. On est vraiment pas loin de ces chiffres… Surtout, ça signifie que cette manifestation est le plus grand rassemblement politique de l’année à Fribourg. Ça montre bien que la population fribourgeoise attend des mesures fortes en faveur du climat.
Ces mesures pourraient-elle bénéficier aux travailleuses et aux travailleurs?
Evidemment! Les salariés du nettoyage, de la construction des soins et de tant d’autres branches souffrent lorsqu’ils doivent travailler en période caniculaire. Prendre des mesures pour limiter le réchauffement, c’est aussi protéger la santé de ces employés. Au-delà d’une certaine température, ce ne devrait plus être possible d’exercer une activité en extérieur. Il faudrait donc fermer ces lieux de travail tout en indemnisant les salariés. Ça fait aussi partie des revendications d’Unia.
Ce sont des situations dont vous avez été témoins à Unia Fribourg?
Oui, nous avons été interpellés par de nombreux membres, qui demandent à ce que des actions concrètes soient mises en œuvre pour protéger leur santé. Le lien entre écologie et défense des travailleurs et des travailleuses est de plus en plus compris par tous. Unia fait d’ailleurs partie des organisations qui se sont mobilisées dans le cadre des manifestations «Pas d’étés à 50 degrés!» et j’ai croisé plusieurs collègues d’Unia Fribourg dans le cortège!
Comment passe-t-on de militant pour le climat à secrétaire syndical, comme vous l’avez fait?
L’un n’exclut pas l’autre! Et je trouve qu’il y a une certaine logique dans mon parcours. C’est important pour moi d’exercer une profession qui soit en accord avec mes valeurs et qui contribue à construire un monde meilleur plutôt qu’à empirer la situation. Et puis, d’un point de vue très concret, en organisant des manifestations, on acquiert des compétences qui se trouvent être très utiles dans la fonction qui est la mienne aujourd’hui.
Il y a sept ans, vous faisiez partie des étudiants qui demandaient au Canton de Fribourg de prendre ses responsabilités face à la crise climatique. Aujourd’hui, où en sommes-nous?
Nous avons désormais une loi cantonale sur le climat qui fixe des objectifs – comme la réduction des gaz à effet de serre de 50% d’ici à 2030 – et un plan climat qui détermine comment réaliser ces objectifs. Selon nous, ce plan ne va pas suffisamment loin et il doit être amélioré. Concrètement, on demande l’augmentation des moyens financiers mis à dispositions des différentes mesures prévues par le plan pour atteindre les objectifs légaux que le Canton s’est lui-même fixé. Je pense par exemple au développement des énergies renouvelables, à la rénovation thermique des bâtiments ou à l’amélioration de l’offre de transports publics. Et là je reprends ma casquette de secrétaire syndical, mais je note également qu’il s’agit de domaines qui peuvent créer des emplois où de bonnes conditions de travail devront être garanties. Il y a un vrai intérêt à engager la transition écologique, aussi pour les salariés.