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Combattre le sabotage des salaires minimums

Alors que les insoutenables vagues de chaleur semblent être provisoirement derrière nous, une autre question épineuse repointe son nez à l’heure de la rentrée et nous replace au cœur du périmètre helvétique et des préoccupations liées au monde du travail. On veut parler des salaires minimums légaux, dont le ricochet des débats au sein de la Berne fédérale avait abouti, au mois de juin dernier, à une prise de position difficilement acceptable. Il faut s’en souvenir, aux portes de l’été, le Parlement avait acté par le vote une motion défendue à l’origine par le député Erich Ettlin. Par son projet, l’élu du Centre visait à donner la primauté aux salaires fixés par les conventions collectives de force obligatoire sur les salaires minimums adoptés ou en voie de l’être à l’échelle cantonale et communale. L’adoption de ce principe, hautement préjudiciable aux travailleuses et travailleurs du pays aux revenus les plus faibles, a fait bondir les syndicats et les partis de gauche. Tant et si bien qu’une récolte de signatures a été lancée dans la foulée – elle avance à grands pas – en vue d’un référendum destiné à contrecarrer une décision qui a tout du sabotage.

Car, en l’espèce, la position de la majorité bourgeoise ayant voté favorablement le texte transgresse plusieurs principes régissant la démocratie en Suisse. Il convient de rappeler tout d’abord combien cette position bafoue l’avis exprimé dans les urnes par des dizaines, voire des centaines de milliers de citoyens. À Zurich comme à Winterthour, en passant par Lucerne, ville pionnière, le dispositif qui garantit des revenus dignes a été plébiscité par le peuple et il est désormais opérationnel. D’autres centres urbains envisagent de rejoindre le mouvement: à Berne, Bienne et Schaffhouse, le processus est lancé. Cette tache d’huile vertueuse ne cesse donc de se répandre, y compris au niveau cantonal. Neuchâtel a ouvert la voie il y a longtemps déjà; Genève, le Tessin et Bâle-Ville sont aussi du peloton, tandis que le Jura entend améliorer le dispositif pour intégrer des catégories professionnelles laissées sur le bas-côté. Une initiative été lancée dans ce but. Enfin, le Valais a déposé à son tour une initiative, ce qui amènera à terme les citoyennes et citoyens à se prononcer dans les urnes.

Peu importe qu’on prive une partie de la population d’une amélioration de son pouvoir d’achat, bénéfique pour l’économie. Le camp bourgeois fait valoir des impératifs relevant du cynisme

Contre toute logique et à rebours d’une dynamique honorable qui a tout d’une révolution sociétale, une majorité de parlementaires a donc décidé d’ignorer les légitimes aspirations du peuple. Peu importe que les coiffeuses ou les travailleuses du nettoyage textile – pour ne citer que quelques catégories – doivent renoncer à des centaines de francs sur leurs fiches de paie. Peu importe que le manque à gagner fasse basculer des milliers de citoyens dans l’aide sociale. Et peu importe, enfin, que l’on prive cette population d’une amélioration de son pouvoir d’achat, bénéfique pour l’économie nationale comme pour la santé financière des ménages. À cela, le camp bourgeois fait valoir, une fois encore, des impératifs qui relèvent du cynisme.

Notons, pour conclure, que fossoyer les salaires minimums légaux revient à se moquer d’une loi, celle sur l’égalité, dont on fête cette année les 30 ans. Car les premières études l’ont montré: l’introduction d’un barème salarial digne a permis de gommer en partie les écarts existant entre les revenus des hommes et ceux des femmes. C’est dire si la campagne qui va se déployer ces prochains mois nous confronte à un véritable enjeu de progrès social. Et une fois encore, dans la bataille qui s’annonce, l’impératif du bien-être collectif doit l’emporter sur toute autre considération défendue par le camp bourgeois. 

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