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«Si les travailleurs ne demandent rien, ils n’ont rien»

bâtiment Ronin
© Thierry Porchet

Fait-on face à un licenciement collectif par salves? C'est ce que craint Unia Genève, qui demande des précisions à la société dont le bâtiment se trouve à Vernier.

L’entreprise genevoise Ronin Primeurs a licencié de nombreux collaborateurs et paie ceux qui restent par à-coups. Unia Genève dénonce une mauvaise gestion.

Le portrait dressé par Unia Genève est effrayant. Début août, la société Ronin Primeurs faisait face à plus de 150 poursuites, pour un montant nominal total de plus de 6 millions de francs. Ceci alors que l’entreprise semblait encore dans une très bonne forme il y a quelques années seulement. Pour comprendre le déclin fulgurant de ce géant du secteur alimentaire à Genève, les yeux se tournent vers le nouveau propriétaire de l’entreprise, Julien George, à la tête de la boîte depuis 2021 et connu pour avoir administré plusieurs sociétés en liquidation, en faillite ou en dissolution administrative en France ou au Luxembourg. Depuis son arrivée, l’entreprise créée en 1969 accumule les factures non-payées, les retards de paiement de salaires et même dernièrement les licenciements. Yan Giroud, responsable du secteur industrie pour Unia Genève, est en contact depuis des mois avec les travailleurs, qui n’en peuvent plus. Il décrit l’impossible dialogue avec la direction.

Yan Giroud, depuis quand les salariés de Ronin Primeurs ont-ils contacté Unia pour dénoncer leurs conditions de rémunération?
Les premières rencontres avec des travailleurs syndiqués datent d’avril. Le problème principal, c’étaient les arriérés de salaire. Certains avaient également des craintes concernant leur caisse de prévoyance, qui a résilié son contrat avec Ronin fin mars à cause de créances non-payées. Suite à ces premiers contacts, nous nous sommes rendus sur le lieu de travail pour discuter avec d’autres salariés. Arrivé sur place, le directeur nous a barré l’accès, nous empêchant de parler aux travailleurs inquiets.

Avez-vous pu parler avec la direction par la suite?
Nous avons envoyé un courrier à Ronin Primeurs pour le mettre en demeure de verser les salaires et d’apporter des précisions sur les assurances sociales non-payées. La société nous a garanti dans sa réponse que les salaires des collaborateurs constituaient une priorité absolue, qu’une partie importante des salaires avait été payée et que le solde suivrait dans les prochains jours. C’était il y a plus d’un mois… Et depuis, plus de nouvelles.

Comment réagissent les employés?
Ils sont révoltés par la situation. Leur salaire ne tombe pas, mais eux doivent payer leur loyer et leurs courses. Sinon, ils risquent eux-mêmes de se retrouver aux poursuites. Le problème, c’est que comme la faillite n’a pas été prononcée, ils seront pénalisés s’ils démissionnent, à moins d’entreprendre des démarches juridiques complexes. Et la stratégie mise en place par Ronin Primeurs pour contrer la grogne et être accusé de cessation de paiement, c’est de verser certaines sommes aux employés quand ils se plaignent. Cent francs par-ci, deux-cent francs par-là, avec la promesse que ça repartira bientôt. Si les travailleurs ne demandent rien, ils ne reçoivent rien, alors qu’on parle d’un salaire pour lequel ils ont déjà travaillé. C’est indigne.

Dans un article de la Tribune de Genève, Julien George assure que la société compte 58 collaborateurs, alors que vous annoncez une baisse plus lourde des effectifs de Ronin Primeurs, qui comptait environ 80 employés en début d’année. Les chiffres du propriétaire vous semblent-ils fiables?
Ce n’est en tout cas pas ce que remarquent les travailleurs sur le terrain. Ils font état d’une trentaine de collaborateurs encore présents, au maximum. L’entrepôt est quasiment vide, les employés n’ont plus rien à faire… Mais ce qui est certain concernant les renvois, c’est que les salariés qui étaient ouvertement membres du syndicat et qui ont tapé du poing sur la table ont été licenciés.

Au-delà du sort des travailleurs, c’est aussi toute la population qui risque de passer à la caisse en cas de faillite…
Effectivement. Même si les autorités parviennent à récupérer le bâtiment, cela pourrait ne pas suffire pour éponger toutes les dettes. Et il faudra tout de même donner leurs salaires impayés aux employés, régler les impôts, l’AVS, la LPP, etc… Et qui paierait? Les collectivités publiques, donc nous tous. Les autorités doivent agir. 

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