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Antifascisme: ne nous laissons pas berner!

Est-ce que vous détestez le fascisme? Oui? Malheureux, ne le criez pas si fort! On risquerait de vous entendre jusque dans le canton de Berne, où les députés de droite du Grand Conseil ont fait adopter mercredi 3 juin un texte qui demande l’interdiction des «groupements d’extrême gauche violents», comme les «antifas» et les «black blocs». Pour les autorités bernoises, un antifasciste doit être traité comme un terroriste d’Al-Qaïda ou de Daech. Il ne s’agit pas là d’une exagération: c’est littéralement ce qu’écrivait le Conseil exécutif (l’équivalent du Conseil d’Etat) dans sa réponse à la motion, qu’elle soutenait évidemment.

Le Gouvernement bernois invitera le Conseil fédéral à examiner la question de l’interdiction de ces groupes. Oui, mais voilà, beaucoup d’organisations se réclament de l’antifascisme. Alors, qui va-t-on dissoudre? Les collectifs de la Grève féministe? Les mouvements écologistes et anticapitalistes? Certains partis trop à gauche? Les syndicats? Gageons que ceux qui ont voté en faveur de la motion ne verraient pas d’un mauvais œil une telle purge. Dans les faits, une telle interdiction sera difficile à mettre en œuvre. En février dernier, le Conseil fédéral répondait déjà à un conseiller national UDC que l’antifascisme «n’est pas un groupe au sens strict, mais plutôt un mouvement hétérogène ou un réseau international informel». Et donc que les conditions ne sont pas remplies pour une interdiction. Néanmoins, cette nouvelle attaque contre les mouvements qui luttent face aux idées racistes, misogynes et homophobes ne doit pas nous laisser indifférents. Car s’attaquer aux «antifas» et aux «black blocs» constitue un premier pas avant une offensive contre toute la gauche.

S’attaquer aux «antifas» et aux «black blocs» constitue un premier pas avant une offensive contre toute la gauche

Et rappelons ici quelques faits: le rapport 2025 du Service de renseignement de la Confédération (SRC) prévoyait qu’en 2026 «les actes de violence [des milieux d’extrême gauche] seront dirigés en priorité contre des biens matériels». On est loin du mode opératoire de l’Etat islamique. Et que dit le rapport du SRC des activistes situés à l’autre bout du spectre politique? Qu’ils se rencontrent principalement de manière clandestine et que, «dans les milieux d’extrême droite violents, il existe de plus une certaine affinité pour les armes». Des groupes fascinés par les fusils et qui se développent en secret… le principal danger n’est-il pas là? Mais non, la priorité à Berne, c’est de demander l’interdiction des antifas. Antifas, qui, rappelons-le, ont justement pour objectif de s’opposer à ceux qui participent à ces rassemblements secrets où on vénère les pistolets et la race blanche et où on déteste les femmes et les immigrés. Eh oui, cela peut sembler fou, mais l’essence même des antifascistes est de lutter contre les fascistes. Une subtilité – pourtant moins secrète que le développement des groupuscules d’extrême droite – qui a visiblement échappé à la majorité bourgeoise du Parlement bernois. En même temps, quand le premier parti du pays, et le plus à droite sur l’échiquier politique, se nomme l'Union démocratique du centre... on comprend que les définitions les plus élémentaires ne soient plus si évidentes aux yeux de certains politiciens.

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