Aller au contenu principal
Menu

Thèmes

Rubriques

abonnement

Quand la transition écologique commence vraiment par la base

ouvriers italiens
©Fabbrica Ex Gkn

Constitués en collectif, les ouvriers de l’entreprise italienne GKN se sont mobilisés pour sauver l’usine.

L’un des plus longs conflits sociaux de l'histoire européenne est aussi un projet visionnaire de reconversion écologique de la production automobile. Celui des ouvriers de l’entreprise italienne GKN.

Le bruit de fond pendant l’appel téléphonique avec Dario Salvetti, ouvrier métallurgiste et membre du collectif des travailleurs de GKN, n’est pas celui d’un bureau, mais celui d’une usine qui s’obstine à respirer. La conversation est interrompue à plusieurs reprises: des collègues sans salaire depuis des mois demandent des spécifications techniques, des coordinations rapides sur les équipes et les opérations de maintenance. Depuis plus de 1700 jours, les ouvriers de l’ancien sous-traitant automobile GKN de Campi Bisenzio, aux portes de Florence, ne se contentent pas de monter la garde aux portes, mais s’occupent également des machines, nettoient les locaux, protègent un patrimoine technologique et social auquel ils s’identifient viscéralement, partie intégrante d’un territoire qu’ils veulent défendre contre la désindustrialisation et la spéculation immobilière effrénée. La lutte de Salvetti et de ses compagnons n’est pas seulement une question d’emplois, mais porte en elle une idée radicale de la société, un projet visionnaire comme peu d’autres en ces temps qui nous semblent si dramatiquement dystopiques.

Levée de boucliers 
Le collectif des travailleurs de GKN s’est fait connaître à l’été 2021, en pleine pandémie, lorsque plus de 400 ouvriers de l’usine ont reçu un licenciement sans préavis par e-mail de la part de la direction, sous les ordres du fonds financier britannique Melrose Industries, propriétaire de GKN depuis 2018. L’objectif: augmenter encore les profits d’une entreprise en bonne santé en la délocalisant à l’étranger. Tout cela après avoir reçu, au fil des ans, des subventions publiques du Gouvernement italien. Un licenciement auquel tous les ouvriers se sont fermement opposés, en installant un piquet de grève à l’intérieur de l’usine et en organisant une résistance qui a rassemblé dans la rue des dizaines de milliers de citoyens solidaires. 

C’est toujours Salvetti qui se souvient de ces moments: «Nous étions dans un pays traumatisé par la pandémie, accablé par la crise économique, et un licenciement de ce type a provoqué une incroyable vague d’indignation et de solidarité.» Quelques mois après le début de la mobilisation, on s’est rendu compte que, dans cette bataille, de nombreux travailleurs et travailleuses – y compris les journalistes, précaires eux-mêmes, qui se précipitaient à Campi Bisenzio pour couvrir le sit-in – projetaient leurs inquiétudes, leur colère et leurs espoirs personnels. L’histoire du collectif, nous raconte Salvetti, a toutefois commencé avant le licenciement: «GKN a toujours été liée à Fiat et les ouvriers ont réussi à maintenir vivantes au fil du temps les traditions de lutte de cette usine. Surtout au moment où, pendant la crise financière de 2008, l’industrie automobile italienne a été confrontée à un choix relevant du chantage: soit les droits, soit le travail.» Des traditions de lutte qui, pour Salvetti, délégué syndical de longue date, riment avec la Fédération italienne des ouvriers métallurgistes (Fiom-Cgil). 

«La Fiom a toujours été très forte chez GKN. Au fil du temps, cependant, nous avons réalisé que nous voulions aller plus loin et nous avons donc créé, à la suite du rachat de l’usine par Melrose, un collectif qui viendrait épauler la représentation syndicale traditionnelle. Nous voulions rester encore plus vigilants face à un nouveau propriétaire qui semblait boycotter la production et violait ouvertement les accords syndicaux. Pour mieux surveiller le contexte de production, nous nous sommes donc inspirés de la tradition des conseils d’usine actifs à Turin dans les années 1920 et dans toute l’Italie dans les années 1970.»

Des montagnes russes 
Depuis les licenciements de 2021, le conflit chez GKN a été une succession de hauts et de bas, entre espoirs, sabotages, relances et redémarrages. Après les premières mobilisations incroyables, les premières hypothèses de réindustrialisation ont été avancées. Salvetti s’en souvient: «Dans une telle position de force au départ, nous ne visions pas simplement la récupération de l’usine, mais une victoire sociale plus grande impliquant l’ensemble du secteur automobile italien et la société dans son ensemble. Nous visions une reconversion soutenue par le public pour faire partie d’une filière produisant des bus électriques.» 

Tout était prêt pour redémarrer, mais le nouveau propriétaire, qui avait succédé à Melrose, s’est avéré être à la solde d’un fonds financier qui voulait faire échouer toute tentative de redémarrage afin de pouvoir spéculer ensuite sur le plan immobilier. «Ce premier projet ayant échoué, le modèle argentin de réindustrialisation a pris le relais: sauver l’usine sans modifier les rapports de force à l’extérieur.» A partir de ce moment-là, Leonard Mazzone, chercheur à l’Université de Florence, qui s’était déjà intéressé en tant que spécialiste aux usines récupérées par la base, est également entré en jeu et est devenu le coordinateur du groupe de réindustrialisation. 

En quête de soutiens financiers
Le collectif, Mazzone et d’autres «intelligences solidaires» ont ainsi élaboré un nouveau plan industriel qui prévoyait et prévoit toujours la production de vélos électriques de transport (cargo bikes). Ceux-ci ont déjà été fabriqués et vendus sous forme de prototypes, y compris en Suisse, ainsi que la production de panneaux solaires spéciaux, c’est-à-dire non pas de masse, mais adaptés aux besoins spécifiques de la clientèle et à ceux des bâtiments. Un projet qui semblait sur le point de démarrer depuis longtemps déjà.

«Nous avons passé plusieurs contrôles techniques, commerciaux et financiers, nous avons réussi à obtenir la création d’un consortium industriel régional public, nous avons levé des fonds privés, et pourtant nous sommes toujours au point mort. Un investisseur important nous a retiré son soutien à la dernière minute et le consortium public n’a pas encore été activé. L’été dernier, nous nous sommes retrouvés à la croisée des chemins: tout abandonner ou nous en remettre aux dons de la base. Nous avons opté pour la deuxième option et avons lancé une campagne intitulée «Une action contre le réarmement », toujours en cours. Nous devrons revoir à la baisse le plan de reconversion, mais nous ne voulons et ne pouvons plus attendre.»

Inscriptions jusqu’au 9 avril sur: unia.ch/fr/actualites/evenements/detail/a/24124

Une formation en ligne sur la transition écologique dans l’industrie MEM

Le cas italien de l’usine GKN Firenze constitue un cas d’école en matière de reconversion écologique dans le secteur de l’industrie MEM. Ce projet, qui a suscité un grand intérêt en Europe, rebondit en Suisse à travers une formation distillée par vidéo qui permettra de saisir de près les éléments essentiels de cette aventure industrielle pas comme les autres. Il sera question de la reconversion écosociale qui a permis à ce site autrefois consacré à la production d’arbres de transmission pour voitures de se réorienter vers la conception de vélos de transport et de panneaux solaires. On y évoquera également, durant les échanges par écrans interposés, la mise en œuvre du projet sur le plan technique et les résistances politiques rencontrées. La discussion se déroulera en présence de Leonard Mazzone, chercheur à l’Université de Florence et coordinateur du groupe de réindustrialisation, ainsi que de Dario Salvetti, travailleur et membre du collectif GKN. La modération sera assurée par le journaliste d’Area Mattia Lento. Les échanges se dérouleront en italien avec traduction simultanée en allemand. 

Pour aller plus loin

Fin de la grève chez Samvaz : «La proposition de la direction est insultante»

Grévistes Samvaz.

La direction de Samvaz a refusé toute amélioration du plan social réclamé par le personnel. Unia confirme saisir l’office de conciliation, entraînant de facto l’arrêt de la grève.

Les grévistes de Samvaz misent sur une conciliation

Entreprise Samvaz

En l’absence de réponse à leur proposition de plan social les grévistes du département bois de Samvaz, soutenus par Unia, ont saisi l’office de conciliation. Non sans avoir une surprise...

Le personnel de Samvaz en grève depuis une semaine

Grève à Samvaz

Septième journée de grève pour le personnel du département bois de Samvaz à Châtel-St-Denis. Soutenus par Unia, les employés licenciés pour fin septembre attendent toujours en ce...

«Vous agissez avec courage!»

Soirée de soutien aux grévistes de Samvaz.

Plus de huitante personnes ont participé le 16 juillet à la soirée de solidarité avec les grévistes de Samvaz à Châtel-St-Denis, luttant pour un meilleur plan social. Temps forts.