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«Plus on tarde, plus ce sera difficile»

Martine Rebetez
© Olivier Vogelsang

«Le soleil brille assez en Suisse pour nous permettre l’autonomie énergétique», estime Martine Rebetez, jugeant la dépendance énergétique du pays à l’égard de l’étranger très dangereuse.

La scientifique Martine Rebetez alerte sur le réchauffement climatique depuis plus de trente ans. Elle soutient l’initiative pour un fonds climat, en votation le 8 mars.

Le 8 mars, la Suisse vote sur un sujet crucial, soit l’initiative pour un fonds climat lancée par le Parti socialiste et les Verts, et soutenue par les syndicats, des ONG, le Parti évangélique et les Jeunes vert’libéraux. L’objet, intitulé «Pour une politique énergétique et climatique équitable: investir pour la prospérité, le travail et l’environnement», propose que la Confédération investisse chaque année de 0,5% à 1% de son PIB (soit entre 4 et 8 milliards de francs environ) dans la transition énergétique, notamment la rénovation des bâtiments, les transports publics, les énergies durables et la formation. Ce fonds permettrait, selon le comité d’initiative, la création de nombreux emplois (lire L’ES du 23 janvier) et l’accroissement de notre autonomie face aux Etats pétroliers.

La droite, elle, brandit le spectre de l’endettement et, à terme, de l’augmentation des impôts. Ce que réfutent les défenseurs de l’initiative pour qui le financement doit être socialement équitable et ne pas toucher au pouvoir d’achat. Ils rappellent que, dans les années 1950, de grands barrages ont été construits grâce à des investissements publics de l’ordre de 2% à 4% du PIB. C’est cette même fourchette d’apports financiers pour le climat que prône le GIEC pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050… A noter encore qu’un fervent partisan du frein à l’endettement, Jean-Pierre Danthine, ancien vice-président de la Banque nationale suisse, soutient le fonds climat. 

Climatologue à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage et professeure à l’Université de Neuchâtel, Martine Rebetez a participé à une conférence en ligne sur le fonds climat, organisée par le Parti socialiste le 2 février. La scientifique tire la sonnette d’alarme depuis plus de trente ans. Elle écrivait en 2002 déjà La Suisse se réchauffe. Effet de serre et changement climatique. Une 5e édition complètement revue et mise à jour est parue en 2022. Entretien.

En tant que climatologue, que pensez-vous du fonds climat?
Je suis favorable, même si les montants proposés, entre 4 et 8 milliards, sont très faibles par rapport à ce que nous dépensons pour le pétrole et le gaz. Je rappelle que 8 à 12 milliards de francs sont versés chaque année par la Suisse à des Etats plus ou moins instables, plus ou moins en guerre et plus ou moins autoritaires. De surcroît, nous subventionnons énormément les produits pétroliers au travers des investissements de la BNS, de l’UBS et de fonds de pension notamment. Au vu de la situation internationale, cette dépendance à l’étranger est très dangereuse. Le soleil brille assez en Suisse pour nous permettre l’autonomie énergétique. Nous sommes dans un processus de transformation de nos réseaux électriques en un système délocalisé, beaucoup plus résilient. Chaque bâtiment peut avoir sa propre production et injecter le surplus dans le réseau. Les techniques existent et fonctionnent bien, mais cela nécessite d’importants investissements, auxquels pourrait contribuer un fonds climat. La Suisse est à la traîne dans cette mutation au niveau mondial, surtout par rapport aux pays nordiques dont la mobilité douce est meilleure et le parc automobile électrique beaucoup plus développé. Un véhicule électrique ou une pompe à chaleur réduisent la consommation énergétique d’un facteur quatre par rapport à l’utilisation de mazout ou d’essence.

Selon le comité d’initiative, chaque franc investi pour le climat rapporte davantage à l’économie et à la société. La crise climatique coûte déjà beaucoup à la Suisse, soit près d’un milliard de francs par an. Le Conseil fédéral lui-même, pourtant contre le fonds climat, estime les coûts à 34 milliards à l’horizon 2060… 
Si on retarde les investissements dans la transition énergétique pour s’extraire du pétrole, on va payer trois fois: des années supplémentaires de consommation, la transition qu’il faudra bien faire tôt ou tard et des crédits carbone à l’étranger – qui n’ont par ailleurs aucun véritable effet sur le climat. L’augmentation de température est extrêmement forte depuis les années 1980. On est en train de dépasser le 1,5°C de réchauffement mondial. En Suisse, c’est deux fois plus rapide, déjà 3 degrés. Il y a urgence sur le plan de l’indépendance énergétique et du climat. Les progrès sont trop lents. Au niveau de la Confédération, il y a un ralentissement dans la sortie des énergies fossiles. Les lobbies pétroliers au Palais fédéral et ailleurs sont très puissants. La désinformation continue, mais sous une autre forme qu’il y a trente ans. La Suisse consomme énormément d’énergies fossiles, un tiers sur son territoire, deux tiers ailleurs. 

Restez-vous optimiste malgré tout?
Le tournant énergétique va forcément se faire, c’est inéluctable. Le problème, c’est que plus on tarde, plus ce sera difficile et plus cela coûtera cher. L’industrie pétrolière le sait aussi, mais elle veut profiter de cette manne financière le plus longtemps possible, au détriment de l’intérêt commun et de la vie sur la planète. 

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